‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 302 sur 788 · ACTE III, SCEKi: III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCEKi: III

DORANTE

^olllnle-le.^ par leur nom, dis de mes imprudeuces. Mais serait-ce en effet celle que tu me dis.'

CtlTON.

Envoyez vos portraits à de tels rtourdis,

Ils gardent un .secret avec extrême adresse.

C"est sa femme, vous dis-je, ou du moins sa maîtresse.

Ne l'avez-vous pas \ u tout changé de couleur?

DOUANTE.

Je l'ai vu, comme atteint d'une vive douleur. Faire de vains efforts pour cacher sa surprise. Son désordre, Clilon, tuoiitre ce qu'il déguise. Il a pris nu prétexte à sortir ]ironiptement. Sans se donner loisir d'un mot de compliment.

CLITON

Qu'il fera dangereux rencontrer sa colère!

H va tout renverser si l'on le laisse faire,

Et je vous tiens pour mort si sa fureur se croît;

Mais surtout ses valets peuvent bien marcher droit ;

Malheureux le premier qui fâchera son mnl'Ire!

l'our autres cent louis je ne voudrais j)as l'être.

DO HANTE

La chose est sans remède, en soit ce qui pouria :

S'il fait tant le mauvais, peut-être ou le verra.

Ce n'est pas qu'après tout, Cliton, si c'est sa femme,

Je ne sache étouffer cette naissante flamme;

Ce serait lui prêter un fort mauvais secours

(Jue lui ravir l'honneur en conservant ses jours:

D'une belle action j'en ferais une noire.

J'en ai fait mon ami, je prends part à sa gloire,

Et je ne voudrais pas qu'on pût me reprocher

De servir un brave homme au prix d un bien si cher.

CLITON

Et s'il est son amant?

DORANTE

Puisqu'elle me préfère, Ce que j'ai fait pour lui vaut bien qu'il me défère; Sinon, il a du cœur, il en sait bien les lois, Et je suis résolu de défendre son choix. Tandis, pour un moment trêve de raillerie. Je veux entretenir un peu ma rêverie.

(Il prend le porUait de Mélisse. 1

Merveille qui m'as enchanté, Portrait à qui je rends les armes, As-tu bien autant de bonté Comme tu me fais voir de charmes?

Hélas! au lieu de l'espérer, Je ne fais que me figurer Ijue tu te plains à cette belle.

Que tu lui dis mon procédé. Et que je te fus inlidèle Sitôt que je t'eus possédé.

Garde mieux le secret que moi, Daigne en ma faveur te contraindre :

Si j'ai pu te manquer de foi.

C'est m'imiter que de t'en plaindre.

Ta colère, en me punissant,

Te fait criminel d'innocent; . ^ Sur toi retombent les vengeances...

CLITON, lui ôtant le pnrtKdt.

Vous ne dites, monsieur, que des extravagances. Et parlez justemeni le langage des fous. Donnez, j'entretiendrai ce portrait mieux que vous; Je veux vous en montrer de meilleures méthniles, Et lui faire des vœux plus courts et plus commodes.

.\dorable et riche beauté, Qui joins les effets aux paroles, Merveille qui m'as enchanté Par tes douceurs et tes pistoles, Sache un peu mieux les partagt'r; Et, si lu nous veux obliger k dépeindre aux races futures L'éclat de les faits iuou'is, (iarde pour toi les conlitures Et nous accable de louis.

Voilà parler en homme.

D(iRANlE.

Arrête les saillies.

Ou va du moins ailleurs débiter tes folies. Je ne suis pas toujours d'humeur à t'écouter.

CLITO.X.

Kt je nesuis jamais d'humeur à vous flatter: Je ne vous puis souffrir de dire une sottise ; Pour un double intérêt je prends celte franchise: L'un, vous êles mon maître, et j'en rougis pour vous; L'autre, c'est mou talent, et j'en deviens jaloux.

DOUANTE.

Si c'est l.i ton kileiil, nja faule est sans exemple.

CLlTOiN.

Ne me ren\ ii'z point, le vôtre est assez ample ; Et, puisque enfin le ciel m'a voulu départir Le don d'extravaguer, comme à vous de mentir, l'omiiie je ne mens point devant Votre Excellence. Ne dites ;i mes yeux aucun-e extravagance; N'entreprenez sur moi, non plus que moi sur vous.

DORANTE

Tais-toi: le ciel m'envoie un entretien plus doux ; L'ambassade revient.

CLITON

Que nous apporle-t-elle?

DORANTE

Maraud, veux-tu toujours quelque douceur mnn elle?

CLITON

Non pas, mais le passé m'a rendu curieux:

Je lui regarde aux mains un peu pi ulùt qu'aux }cux'.

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