‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 327 sur 788 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Massurer de celui qui mest plus précieux : Heureux si, sans attendre un fâcheux droit d'afnesse, Pour un trûne incertain j"en obtiens la princesse, Et puis par ce partage épargner les soupirs Oui naîtraient de ma peine ou de ses déplaisirs!

Va le voir de ma part, Timagène, et lui dire (Jue pour cette beauté je lui cède lempire; Mais porte-lui si haut la douceur de régner, (.lu a cet éclat du trône il se laisse gagner; (^tu'il s'en laisse éblouir jusqu'à wf pas connaître A quel prix je consens de l'accepter pour maftie.

Timagène <'en v:i, tU le prince conlinui-' ;"( park-r ii [.aonice.*

Kt vous, en ma faveur voyez ce cher ol jet, El lâchez d'abaisser ses yeux sur un sujet (Jui peut-être aujourd'hui porterait la couronne. S'il n'attachait les siens a sa seule personne, Et ne la préférait à cet illustre rang [sang.

Pour qui les plus grands cœurs prodiguent tout leur

tTimajjèue renli'p sur le Uiéjlrf.

TIMACK.NE.

Seigneur, le prince vient; et votre anionr lui-même Lui peut sans interprète offrir le diadème.

AMIOCIILS.

Ahl je tremble; et la peur d'un trop juste refus Pend ma langue muette et mon esprit roiifus.

scè.m: III

DÉrXUCUS, ANTIOCHUS, TIJUGlî.NE, LAONICE. SÉLEDCUS.

\ .US pui^-je en confiance expliquer ma pensée?

J.MIOCHUS.

l- riez; notre amitié par ce doute est blessée.

SÉLEICUS.

ii.J.s! c'est le malheurque je crains aujourd'hui. L'égalité, mon fivrc, en est le ferme appui ; C'en est le fondement, la liaison, le gage, Et, voyant d'un côté toiuljer tout l'avantage, Avec juste raison je crains qu'entre nous deux L'égalité rompue en rompe les doux nœuds, Et que ce jour fatal à l'heur de notre vie Jette sur l'un de nous trop de honte on d"en\ie.

AKTIOCIRS.

Comme nous n'avons eu jamais qu'un sentiment. Cette peur me touchait, mon frère, également; Mais, si vous le voulez, j'en sais bien le remède.

SÉLELCIS.

Si je le veux ! bien plus, je l'apporte et vous cède Tout ce que la couronne a de charmant en soi. Oui, seigneur, car je parle à présent à mon roi. Pour le trône cédé, cédez-moi Itodogune, Et je n'envierai point votre haute fortune. Ainsi notre destin n'aura rien de honteux. Ainsi notre bonheur n'aura rien de douteux; Et nous mépriserons ce faible droit d'ainesse. Vous, satisfait du troue, et moi, de la princesse.

ANTIOCRDS.

llelas!

SEIEDCDS.

Recevez-vous l'offre svec déplaisir?

AMIOCHDS.

Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisir. Qui, de la même main qui me cède un empire. M'arrache un bien plus grand, et le seul où j'aspire?

SÉLEOCCS

Piodogune?

AXTIOCntS.

Elle-même; ils en soni h-s témoins.

SÉLELCOS.

Quoi I restimez-vous tant?

AMIOCHUS.

(Juoi I l'esiimez-vous moins?

SÉLEUCl'S.

Elle vaut bien un trône, il faut que je le die.

AMiocins.

Elle vaut à mes yeux tout ce qu'en a l'Asie.

SÉLEl'CCS.

Vous l'aimez donc, mon frère?

ANTlOCniS.

Et vous l'aimez aussi :

C'est là tout mon malheur, c'est là tout mon souci. J'espérais que l'éclat dont le trône se pare Toucherait vos désirs plus qu'un objet si rare; Mais aussi bien qu'à moi son prix vous est connu. Et dans ce juste choix vous m'avez prévenu. Ah! déplorable prince 1

SÉLEDCUS.

Ah! destin trop contraire!

AMICICIILS.

(Jue ne ferais-je point contre un autre qu'un frère!

SÉLEL'CLS.

0 mon cher frère ! ô nom pour un rival trop doux ! (Jue ne ferais-je point contre un autre que vous !

.AXTIOCHL'S.

Où nous vas-tu réduire, amitié fraternelle?

SÉLECCUS.

Amour, qui doit ici vaincre de vous on d'elle?

AMiocnos.

L'amour, l'amour doit vaincre, et la triste amitié i\e doit être à tous deux qu'un objet de pitié. L'n grand creur cède un trône, et le cède avec gloire : Cet effort de vertu couronne sa mémoire: Mais lorsqu'un digne objet a pu nous enflanuuer, (.lui le cède est un lâche et ne sait pas aimer.

fie tous deux Rodogune a charmé le courage; Cessons par trop d'amour de lui faire un outrage : Elle doit épouser, non pas vous, non pas moi. Mais, de moi, mais de vous, quiconque sera roi. La couronne entre nous flotte encore incertaine; Mais sans incertitude elle doit être reine. Cependant, aveuglés dans notre vain projet. Nous la faisons tous doux la femme d'un sujet! Régnons; l'ambition ne peut éire que belle. Et pour elle quittée, et reprise pour elle ; Et ce trône, où tous deux nous osions renoncer, .^'ouliaitons-le tous deux, afin de l'y placer : C'est dans notre destin le seul conseil à prendre;

RODOGUNE

Nous pouvons nous en plaindre, et nous devons l'alsÉiEiTus. [tendre.

Il fjiit Piicor plus faire, il faut qu'en ce grand jour Notre amitié Iriomphc aussi bien que l'amour.

L'es deux sièges fameux de Thébes et de Troie, Qui mirent l'une en sang, l'autre aux llammes en

[proie, N'eurent pour fondements à leurs maux, infinis fjue ceux que contre nous le sort a réunis. Il sème entre nous deux toute la jalousie Qui dépeupla la Grèce et saccagea l'Asie; In même espoir du sceptre est permis à tous doux; Pour la même beauté nous faisons mêmes va^ux. Thébes périt pour l'un, Troie a brûlé pour l'autre. Tout va choir en ma main ou tomber en la vôtre En vain votre amitié tâcliait à partager; Et, si j'ose tout dire, un titre assez léger. Un droit d'aînesse obscur, sur la foi d'une mère, Va combler l'un de gloire, et l'autre de misère. One de sujets de plainte en ce double intérêt Aura le malheureux contre un si faible arrêt! Que de sources de haine! Hélas! jugez le reste. Craignez-en avec moi l'événement funeste, Ou plutôt avec moi faites un digne effort Pour armer voire cœur contre un si triste ,-orl. Malgré l'éclat du trône et l'amour d'une femme, faisons si bien régner l'amitié sur notre âme, Qu'étouffant dans leur perte un regret suborneur. Dans le bonheur d'un frère on trouve son bonheur. .Mnsi ce qui jadis perdit Tlièbes et Troie Dans noseœurs Hiien\ unis ne versera que joie : .\iusi notre amitié, triomphante à son tour. Vaincra la jalousie en cédant à l'amour; Kt lie notre destin bravant l'ordre barbare. Trouvera des douceurs aux maux qu'il nous prépare.

.\NTlûCHUS.

Le pourrez-vous, mon frère'?

SÉLtUClS.

Ah ! que vous me pressez ' Je le voudrais du moins, mon frère, et c'est assez; Et ma raison sur moi gardera tant d'empire, Que je désavouerai mon cœur s'il en soupire.

AM'IOCHCS.

J'embrasse comme vous ces nobles sentiments. Mais allons leur donner le secours des serments. Afin qu'étant témoins de l'amitié jurée. Les dieux contre un tel coup assurent sa durée.

.«ÉLECCUS.

Allons, allons l'étreindre au pied de leurs autels Par des liens sacrés et des nœuds immortels.

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