‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 328 sur 788 · L.10NICE · texte numérisé non relu

L.10NICE

Pi^ut-on plus dignement mériter la couronne?

ti);ack.xe.

Je ne suis point surpris de ce qui vous étonne;

Confident de tous deux, prévoyant leur douleur, J'ai prévu leur constance et j'ai plaint leur malheur. .Mais, de grâce, achevez l'histoire commencée.

LAOMCE.

Pour la reprendre donc où nous l'avons laissée. Les Parihes. au combat par li's nôtres forcés. Tantôt presque vainqueurs, tantôt presque enfoncés, Sur l'une et l'autre armée également heureuse Virent longtemps voler la victoire douteuse; Mais la fortune enfin se lourna contre nous, Si bien qu'Antiochus, percé de mille coups. Prés de tomber aux mains d'une troupe ennemie, Lui voulut dérober les restes de sa vie, l!l, préférant aux fers la gloire de périr, Lui-même par sa main acheva de mourir.

La reine, ayant appris cette triste nouvelle, Ku reçut tôt après une autre plus cruelle : Que Nicanor vivait; que, sur un faux rapport. De ce premier époux elle avait cru la mort; Que, piqué jusqu'au vif contre son hyménée. Son âme à l'imiter s'était déterminée, Lt que, pour s'affranchir des fers de son vainqueur. Il allait épouser la princesse sa so?ur; C'est cette Rodogune, où l'un et l'autre frère Trouve encor les appas qu'avait trouvés leur père.

La reine envoie en vain pour se justifier; On a beau la défendre, on a beau le prier. On ne rencontre en lui qu'un juge inexorable; Et son amour nouveau la veut croire coupable : Son erreur est un crime ; et, pour l'en punir mieux. Il veut même épouser Rodogune à ses yeux. Arracher de son front le sacré diadème Pour ceindre une autre tète en sa présence même; Soit qu'ainsi sa vengeance eût plus d'indignité. Soit qu'ainsi cet li\men eût plus d'autorité. Et qu'il assurât mieux par celte barbarie .Aux enfants qui naîtraient le trône de Syrie.

Mais, tandis qu'animé de colère et d'amour Il vient déshériter ses fils par son retour, Et qu'un gros escadron de Parthcs pleins de joie Conduit ces deux amants, et court comme à la proie, La reine, au désespoir de n'en rien obtenir, Se résout de se perdre on de le prévenir. Elle oublie un mari qui veut cesser de l'être, Qui ne veut plus la vuir iju'en implacable maître; El, changeant à regret son amour en horreur. Elle abandonne tout à sa juste fureur.

Elle-même leur dresse une embûche au passage, Se mêle dans les coups, porte partout sa rage. En pousse jusqu'au bout les furieux effets. Que vous dirai-je enfin'.' les Partbes sont défaits; Le roi meurt, et, dil-on, par la main de la reine; Rodogune captive est li\rée à la haine. Tous les maux qti'un esclave endure dans les fers, Alors sans moi, mon frère, elle les eût soufferts. La reine, à la gêner prenant mille délices. Ne commettait qu'à moi l'ordre de ses supplices; Mais, quoi que m'ordonnât cette âme toute en feu, Je promettais beaucoup, et j'exécutais peu.

ACTi: !, SCÈNE V.

L^ l'arllip cepenJanl en jure la venpiance; S(ir nous ;i. main armée il fond en diligence, Nous surprend, nous assiège, et t'ait un tel effort, (,tiii', la villi' aux aliois, on lui parle d'accord. Il veut fermer l'oreille, enllé de l'avantage; Mais, voyant parmi nous Rodogunc en otage, , Kniin il craint pour elle et nous daigne écouter; Et c'est ce ([u'aujourd'liui l'on doit exécuter. La reine de l'Egypte a rappelé nos princes Pour remettre à l'aîné son irùne et ses provinces. Rodogunc a paru, sortant de sa prison,

ktlomine un soleil levant dessus notre horizon. Le l'arthe a décampé, pressé par d'autres guerres Contre l'Arménien qui ravage ses terres; D'un ennemi cruel il s'est fait notre appui; l.a paix liiiit la liaiiie, et, pour comble aujourd'hui, l)uis-je (lire df hoiine ou mauvaise fortune? Nos deux princes ton? deux adorent Rodogune.

Tl.MAGÈM-.

Sitôt ijuils ont paru tous deux en cette cour. Ils ont vu Rodogune, et j'ai vu leur amour; [dre. Mais, comme étant rivaux nous les trouvons à plain- Connaissant leur vertu, je n'en vois rien à craindre. Pour vous qui gouvernez cet objet de leurs vœux...

LAOÎilCE.

Je n'ai point ciicor \ u qu'elle aime aucun des deux.

TIMAGÈNE

Vous me trouvez mal propre à cette confidence, Et peut-être à dessein je la vois qui s'avance. Adieu : je dois au rang qu'elle est prête à tenir Du moins la liberté de vous entretenir.

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