‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 334 sur 788 · ACTE II, SCÈNL III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNL III

CIEOPATP.E.

II occupait leur trùno, et craignnit leur présence, Et celte justii crainte assurait ma puissance. Mes ordres en étaient de point en point snivis (.tuand je le menaçais du retour de mes (ils : \o\ant ce foudre prêt à suivre ma colère, Quoi i|u'il me plût oser, il n'osait me déplaire; El, contoiU malgré lui du vain titre de roi. S'il régnait au lieu d'eux, ce n'était que sous moi.

Je le dirai bien plus. Sans violence aucune J'aurais vu .\icanor épouser liodngune.

Si, content de lui plaire et de nie dédaigner, II eOt vécu chez elle en me laissant régner. Son retour me fâchait plus que son hyniénée, Et j'aurais pu l'aimer s'il ne l'eill couronnée. Tu vis comme il y fit des efforts superflus : Je fis beaucoup alors, et ferais encor plus S'il était quelque voie, infâme ou légitime. Que m'enseignât la gloire ou que m'ouvrît le crime, (.lui me put conserver un bien que j'ai chéri Jusqu'à \erscr pour lui tout le s.'uig d'un mari. Dans l'étal pitoyable où m'en réduit la suite, Délices de mon cœur, il faut que je te quitte; On m'y force, il le faut : mais on verra iiuel fruit En recevra bientôt celle qui m'y réduit. I.'amiiur (jue j'ai pour toi tourne en haine pour elle : Autant que l'un fut grand l'autre sera cruelle; Et, puisque en te i)erdant j'ai sur qui m'en venger, Ma perle est supportable et mon mal est légiT.

LAUMCE.

(Juoi ! vous parlez encor de vengeance et de haine Pour celle dont vous-même allez faire une reine!

CLF.Ol'AIRE.

Quoi! je ferais un roi pour être son époux, ¥a m'exposer aux traits de son juste courroux ! N'apprendras-lu jamais, âme basse et grossière, A voir par d'autres yeux que les yeux du vulgaire'? Toi qui connais ce peuple, et sais qu'aux champs de Lâchement d'une femme il suit les étendards; [Mars Que, sans .\ntiochus, Tryphon mefit dépouillée; Que sous lui son ardeur fut soudain réveillée; Ne saurais-tu juger que, si je nomme un roi, C'est pour le commander, et combattre pour moi? J'en ai le choix en main ;ivec le droit d'afni-sse. Et, jiuisquil en faut faire une aide à ma faiblesse. Que la guerre sans lui ne jieut se rallumer. J'userai bien du droit que j'ai de le nommer. On ne montera point au rang dont je dévale, Qu'en épousant ma haine au lieu de ma rivale : Ce n'est qu'en me vengeant qu'on me le peut ravir; El je ferai régner qui me voudra servir.

LAOK ICE .

Je vous connaissais mal.

ClillPATRE.

Connais-moi tout enlière.

Quand je mis Rodogune en tes mains prisonnière. Ce ne fut ni pitié, ni respect de son rang. Qui m'arrêta le bras, et conserva son sang. La mort d'Antiocluis me laissait sans armée.

Et d'une lroiq)e en hâte à me suivre animée, lîeaucoup dans ma vengi'ance ayant lini leurs joui-s. M'exposaient à son frère, et faible et sans secours. Je me voyais perdue à moins d'un tel otage : II vint, et sa fureur craignit jiour ce cher gage; II m'imposa des lois, exigea des serments. Et moi, j'accordai tout pour obtenir du temps. Le temps est un tri''sorplus grand qu'on nr pcuteroirc: J'en obtins, cl je crus obtenir la victoire. J'ai pu reprendre baleine, et sous de faux ap|uvis... Mais voici mes deux fils que j'ai mandi's e\prè>. Écoute, et tu verras quel est cet hymém'e Oii se doit terminer celle illustre journée.

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