‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 348 sur 788 · CLÉOPATRE, SÉLEUCUS · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, SÉLEUCUS

CLÉOP.iTP.E.

Savez-vous, Séleucus, que je me suis vengée?

SÉLECCUS.

Pauvre princesse, hélas!

CLÉOPATRE

Vous déplorez son sort !

Quoi! l'aiiniez-vous?

SÉLEUCUS

Assez pour regretter sa morl.

CLÉOPATRE

Vous lui pouvez servir encor d'amant fidèle; Si j'ai su me venger, ce n'a pas été d'elle.

SÉLEUCHS.

0 ciel ! et de qui donc, madame? '

CLÉOPATRE

C'est de vous.

Ingrat, qui n'aspirez qu'à vous voir son époux; De vous qui l'adorez en dépit d'une mère; De vous, qui dédaignez de servir ma colère; De vous, de qui l'amour, rebelle à mes désirs, S'oppose à ma vengeance et détruit mes plaisirs.

ACTK V, SCENE F.

SELEOCl'S.

lie moi?

CLKOPATRK.

Do toi, piTlIclel ignore, dissirmili" I-i' mal quo tu dois craiiuliv et le l'eu qui te liiùle; Et, si pour l'ignorer lu crois t'en garantir. Du moins en l'apprenant commence à le sentir. Le trône était à toi par le droit de naissance; Rodogtine avec lui tombait en ta puissance; Tu di'A ais l'épouser, tu devais être roi 1 Mais, comme ce secret n'est connu que de moi. Je puis, comme je veux, tourner le droit d'aînesse, Et donne à ton rival ton sceptre et ta maîtresse.

SÉLËDCOS.

A mon l'rère'?

CLÉOI'ATnC.

C'est lui que j'ai nommé l'aiué.

SÉLEUCDS

Vous ne m'affligez point de l'avoir couronné : Et, par une raison qui vous est inconnue, Ries propres sentiments vous avaient prévenue : Les Liens que vous ni'ôtez n'ont point d'attraits si doux Que mon coeur n'ait donnés à ce frère avant vous : Et, si vous bornez là toute votre vengeance. Vos désirs et les miens seront d'intelligence.

CLÉOCATRE .

C'est ainsi qu'on déguise un violent dépit; C'est ainsi qu'une feinte au dehors 1 assoupit, Et qu'on croit amuser de fausses patiences Ceux dont en l'âme on craint les justes détiances. ,

SÉLEUCDS.

Quoi! je conserverais quelque courroux secret!

CLÉOPAIRE.

Quoi ! lâche, tu jiourrais la perdre sans regret. Elle de ([ui les dieux te donnaient l'hyménée, Elle dont tu plaignais la perte imaginée.'

SELEliCUS.

Considérer sa perte avec compassion, Ce n'est pas aspirer â sa possession.

CLtOPATRE.

(.hie la mort la ravisse, ou ([u'un ri\al l'emporte, La douleur d'un amant est également forte; Et tel qui se console après l'instant fatal Ne saurait voir son bien aux mains de son rival : Piqué jusques au vif, il lâche à le reprendre; Il fait de 1 insensible, afin de mieux surpiendre: D'autant plus auinjé, que ce qu'il a perdu Par rang ou par mérite à sa flamme était dii.

SÉLEICUS.

Peut-être: mais enfin par quel amour de mère Pressez-vous tellement ma douleur contre un frère.' Prenez-vous intérêt à la faire éclater?

CLÉOPATRE

J'en prends à la connaître et la faire avorter; J'en prends à conserver malgré toi mon ouvrage Des jaloux attentats de ta secrète rage.

SÉI.EICUS.

Je le veux croire ainsi; mais quel autre intérêt Nousfaittousdeuxalnésquandetcorameil vousplait?

Qui des deux vous doit croire, et par quelle justice Faut-il qiu' sur moi seul tombe tout le supplice. Et que du même amour dont nous sommes blessés Il soit récompensé quand vous m'en punissez?

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