SCENE
l'iidc.vs, ruixiiKiîiE. cuisra.
PIIOCAS.
Enlin, madame, il esttemps de vous rendre. Le besoin de l'État défend de plus attendre; H lui faut des Césars, et je me suis promis D'en voir naître bientôt de vous et de mon fils. Ce n'est pas exiger grande reconnaissance Des soins que mes bontés ont pris de votre enfance. De vouloir qu'aujourd'hui, pour prix de mes bien- Vousdaigniezarcepter lesdonsquL' je vousfais. | faits. Ils ne font point de honte au rang le plus sublime ; Ma couronne et mon fils valent bien quelque estime : Je vous les offre encore après tant de refus; Mais apprenez aussi que je n'en souffre plus; (Jue de force ou de gré je me veux satisfaire; [père; Qu'il me faut craindre en maître, ou me chérir en lit que, si votre orgueil s'obstine à me ha'ir, (Jui ne peut être aimé se peut faire obéir.
PULCIIÉRIE.
J'ai rendu jusqu'ici cette reconnaissance
\ ces soins tant vantés d'élever mon enfance,
(Jue, tant qu'on m'a laissée en quelque liberté.
J'ai voulu me défendre avec civilité.
Mais, puisqu'on use enfin d'un pouvoir tyrannique.
Je vois bien qu'à mon tour il faut que je m'explique,
(Jue je me montre entière à l'injuste fureur,
Kl parle à mon tyran en fille d'empereur.
Il fallait me cacher avec quelque artifice Que j'étais Pulcliérie et fille de Maurice, Si tu faisais dessein de méblouir les yeux Jusqu'à prendre tes dons pour des dons précieux. Vois quels sont ces présents dont le refus t'étonne : Tu me donnes, dis-tu, ton fils et ta couronne; Mais que me donnes-tu. pui.'ique l'une est à moi, Et l'autre en est indigne, étant sorti de toi'.'
Ta libéralité me fait peine à comprendre : Tu parles de donner quand tu ne fais que rendre ; Et, puisque avecque moi tu veux le couronner, Tu ne me rends mon bien que pour te le donner. Tu veux que cet hymen que tu m'oses prescrire
Porte dans ta maison les titres de l'empire,
Et de cruel tyran, d'infâme ravisseur,
Te fasse vrai monarque et juste possesseur.
.\e reproche donc plus à mon âme indignée
Qu'en perdant tous les miens tu m'as seule épargnée:
Cette feinte douceur, cette ombre d'amitié,
Vint de ta politique, et non de ta pitié.
Ton intérêt dès lors fit .seul cette réserve :
Tu m'as laissé la vie afin qu'elle te serve;
Et, malsfir dans un trône où tu crains l'avenir.
Tu ne m'y veux placer (|ue pour t'y maintenir;
Tu ne m'y fais monter que de peur d'en descendre :
Mais connais Pnichérie, et cesse de prétendre.
Je sais qu'il m'appartient, ce trône où tu tesieds. Que c'est à moi d'y voir tout le monde à mes pieds; Mais, conmie il est encor teint du sang de mon père. S'il n'est lavé du tien, il ne saurait me plaire; Et ta mort, que mes vœux s'efforcent de bâter, Est l'unique degré par où j'y veux monter : Voilà quelle je suis et quelle je veux être. Qu'un autre t'aime en père, ou te redoute en maître, Le co-ur de Pulchérie est trop haut et trop franc Pour craindre ou pour flatter le bourreaudeson sang.
pnocAS.
J'ai forcé ma colère à te prêter silence. Pour voir à quel excès irait ton insolence : J'ai vu ce (jui t'abuse et me fait mépriser, Et t'aime encore asse»pour le désabuser.
N'estime plus mon sceptre usurpé sur ton père, .M ijue pour l'appuyer ta main soit nécessaire. Depuis vingt ans je règne, et je règne sans toi : Et j'en eus tout le droit du choix qu'on fit de moi. Le trône où je me sieds n'est jias un bien de race : L'armée a ses raisons pour remplir cette place; .'^on choix en est le titre; et tel est notre sort. Qu'une autre élection nous condamne à la mort. Celle qu'on fit de moi fut l'arrêt de Maurice; J'en vis avec regret le triste sacrifice : Au npos de l'Etat il fallut l'accorder; Mon cœur, qui résistait, fut contraint de céder; Mais, pour remettre un jour l'empire eu sa famille. Je fis ce que je pus, je conservai sa fille, Et, sans avoir besoin de titres ni d'appui, Je te fais part d'un bien qui n'était plus à lui.
l'CLCHÉRIE.
Un chétif centenier des troupes de Mysie,
Qu'un gros de mutinés élut par fantaisie.
Oser arrogamment se vanter à mes yeux
D'être juste seigneur du bien de mes a'ieux !
Lui qui n'a pour l'empire autre droit que ses crimes.
Lui qui de tous les miens fit autant de victimes,
l!rûire s'être lavé d'un si noir attentat
En impulant leur perte au repos de l'État!
Il fait plus, il me croit digne de cette excuse!
Souffre, souffre à ton tour que je te désabuse :
Apprends que si jadis quelques séditions
Usurpèrent le droit de ces élections.
L'empire était chez nous uu bien héréditaire:
Maurice ne l'obtint qu'en gendre de Tibère;
IIEIIACLIUS.
Et l'on voit depuis lui remonter mou destin Jusqu'au grand TIhcmIosc, et jusqu'à Constantin, Et je pourrais avoir l'âme assez abattue...
PiincAS.
Eii bien, si tu le veux, je te le restitue. Cet empire, et consens encor que ta fierté Impute à mes remords l'effet de ma bonté ; Dis que je te le rends et te fais des caresses, Pour apaiser des tiens les ombres vengeresses. Et tout ce qui pourra sous quelque autre couleur Autoriser ta haine et flatter ta douleur; Par un dernier effort je veux souffrir la rage Qu'allume dans ton comr celte sanglante image. Mais que t'a fait mon fils'.' était-il, au berceau. Des tiens que je perdis le juge ou le bourreau'? Tant de vertus qu'en lui le monde entier admire Ne l'ont-elles pas fait trop digne de l'empire? En ai-je eu quelque espoir qu'il n'ait assez rempli? Et voit-on sous le ciel prince plus accompli? Un cœur comme le tien, si grand, si magnanime...
rCLCIlKRlE.
Va, je ne confonds point ses vertus et Ion crime; Comme ma liaine est juste et ne m'aveugle pas, J'en vois assez en lui pour les plus grands États; J'admire chaque jour les preuves qu'il en donne; J'honore sa valeur, j'estime sa personne. Et penche d'autant plus à lui vouloir du bien, Que, s'en voyant indigne, il ne demande rien. Que ses longues froideurs témoignent qu'il s'irrite De ce qu'on veut de moi par delà son mérite. Et que de tes projets son cœur triste et confus Pour m'en faire justice approuve mes refus. Ce (ils si vertueux d'un père si coupable, S'il ne devait régner, me pourrait être aimable; Et cette grandeur même où tu veux le porter Est l'unique motif qui m'y fait résister. Après l'assassinat de ma famille entière, Quand tu ne m'as laissé père, mère, ni frère. Que j'en fasse ton lils légitime héritier! Que j'assure par là leur Ironeau meurtrier! Non, non; si tu me crois le cœur si magnanime Qu'il ose séparer ses vertus de Ion crime, Sépare les présents, et ne m'offre aujourd'hui Que ton fils sans le sceptre, ou le sceptre sans lui. Avise; et, si lu crains qu'il le fût trop infâme De remettre l'empire en la main d'une femme. Tu peux dès aujourd'hui le voir mieux occupé. Le ciel me rend un frère à ta rage échappé; On dit qu'Iléraclius est tout prêt de paraître : Tyran, descends du trône, et fais place à ton mallre.
PIIOCAS.
A ce compte, arrogante, un fantôme nouveau. Qu'un murmure confus fait sortir du tombeau, Te donne cette audace et cette confiance! Ce bruit s'est fait déjà digne de la croyance. Mais...
PDLCIIlir.lE.
Je sais qu'il est faux : pour t'assurer ce rang Ta rage eut trop de soin de verser tout mon sang ;
Mais la soif de ta perte en cette conjoncture Me fait aimer l'auteur d'une belle imposture. Au seul nom rie Maurice il te fera trembler. Puis(iu'il se dit son fils, il \eut lui resscinhler; Et cette ressemblance où son courage aspire Mérite mieux que toi de gouverner l'empire. J'irai par mon suffrage affermir cette erreur, L'avouer pour mon frère et pour mon empereur, El dedans son parti jeter tout l'avantage Du peuple convaincu par mon premier hommage.
Toi, si quelque remords te donne un juste effroi, .Sors du trône, et le laisse abuser comme moi ; Prends cette occasion de le faire justice.
l'iioc.vs.
Oui, je me la ferai bientôt par ton supplice : .Ma bonté ne peut plus arrêter mon devoir; .Ma patience a fait par delà son pouvoir. Qui se laisse outrager mérite qu'on l'outrage ; Et l'audace impunie enfle trop un courage. Tnnne, menace, brave, espère en de faux bruits, Fortifie, affermis ceux qu'ils auiont séduits; Dans ton âme à ton gré change ma destinée; Mais eliuisis pour demain la inorl ou l'hyménée.