‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 390 sur 788 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

l'iiocAS. ii!';it.\f.i.iis, i'ii.ci]i':nii:, jrAP.TiAN,

Cl'ilSl'K. CAL.BliS.

criisic.

Scigih ur. vousdevez tout au grand cœur d'Exupère ; Il est 1 uiiiiiue auleur de nos meilleurs destins : Lui seul et ses amis ont domiilé vos mutins; Il a fai! prisonniers leurs chefs qu'il vous amène.

riiocAs.

Dis-lui qu'il me les garde eu la salle prochaine; Je vais de leurs complots m'éclaircir avec eux.

^Crispe s'en vn, cl IMiocas parle à Hcraclius.)

Toi cependant, ingrat, sois mon fils si .tu veux. En l'état où je suis, je n'ai plus lieu de feindre. Les mutins sont domptés, et je cesse de craindre.

v.\ Piilclicrte.)

Je vous laisse. tous trois. Use hien du moment Que je prends pour en faire un juste châtiment; El, si tu n'aimes mieux que l'un et l'autre meure. Trouve, ofl choisis mon fils, et lépsuse sur l'heure; Autrement, si leur sort demeure encor douteux, Je jure à mon retour qu'ils périront tous deux. Je ne veux point d un lils dont l'implacable iiaine Prend ce nom pour afiront et mon amour pour gène. Toi...

, l'DLCUl'.niE.

Xe menace point; je suis prêle à mourir. pnocAs.

A mourir! jusque-là je pourrais te chérir! N'espère pas de moi celte faveur suprême; Et pense...

riLCMÈr.iE.

A quoH tyran?

l'IlOCAS. *

A m'épouser îiioi-même Au n)ilieu de leur sang à tes pieds répandu.-

l'ILCUÉRlE.

Quel supplice !

ri;ocAS.

11 est grand pour toi ; mais il t'oSt dû. Tes mépris de la mort bravaient trop ma colère. H est en toi de perdre ou de s.iuver ton frère; Et du moins, quelque erreurqui piiisseltoe troubler, J'ai trouvé les movcns do te faire trembler.

scèim: V

llÉnACUL.S, ilARTIAN, PL'LCllLlilE.

ffi- l'CLCIlÉlilE.

1-6 lâche, il vous llaltait lorsqu'il tremblait dans l'à- .Mais tel est d'un tyran le naturel infâme : *■ [me. Sa douceur n'a jamais qu'un mouvement contraint; S'il ne craint, il opprime; et, s'il n'opprime, il craint. L'une et l'autre fortune en montre la faibles.<e; L'une n'est qu'insolence, et l'autre que bassesse. A peine est-il sorti de ses lâches terreurs. Qu'il a trouvé pour moi le comble des horreurs.

.Mes frères, puisque enfin vous voulez tous deu\ !'(■■- Si vous in'aimezensœur.faitesle-moiparaftre. [tre,

iiÉr.Aci.ius.

Que pouvons-nous tous deux lorsqu'on ttanclie nos

rcLcuÉiiE. (jours?

Un gi'Uéreux conseil est un puissant secours.

MAr.llAN.

Il n'est point de conseil qui vous soit salutaire Que d'épouser le fils pour éviter le père : L'horreur d'un mal plus grand vous y doit disposer.

poiciiÉr.iE.

Qui me le montrera, si je veux l'épouser? Et, dans cet hyménée à ma gloire funeste, Qui me garantira des périls de l'inceste?

aARTlAX.

Je le vois trop à craindie et pour vous et pour nous; Mais, madame, on peut prendre un vain titre d'époux. Abuser du tyran la rage forcenée, Et vivre en frère et sœur sous un feint hyménée.

PCLCIlÉniE.

Feindre et nous abaisser à celte lâcheté!

HÉR.iCLIUS.

Pour tromper un tyran, c'est générosité. Et c'est mettre, en faveur d'un frère qu'il vous douno, Deux ennemis secrets auprès de sa personne. Qui, dans leur juste haine animés et constants. Sur l'ennemi «ommun sauront prendre leur temps. Et terminer bientôt la feinte avec sa vie.

PlLCUtRlE.

Pour conserver vos jours et fuir mon infamie, • Feignons, vous le voulez, et j'y résiste en vain. Sus donc, qui de vous deux me prêtera la main? Qui veut feindre avec moi.' qui sera mon compliL-'?

uéi;aculs.

Vous, prince, »^i le ciel iiispire l'artifice.

JlAr.TIAN.

Vous, que veut le lyrîn pour fils obstinément.

UÉB.ACLllS.

Vous, qui depuis quatre ans la servez en amant.

MAP.TUX". • ■

Vous saurez mieux que moi surprendre sa tendresse.

IIÉRACIICS.

Vous saurez mieux que moi la traiter de matlresfe.

IIARTIA.V.

Vous aviez commencé tantôt d'y consentir.

llLlîACLIUS.

ruiciii.niE.

Ali! priiipos, votro Cd'ur ne peut si' iliMiienlir; lil. vous l'avez tous doux trop grand, Irop inagnaniini', Pour souffrir sans iiorreur l'omliro iiirinc d'un crinir. Jo vous connaissais Irop pour juger autrement lit de votre conseil et de l'événement; l'I je n'y déférais que pour vous voir dédire, [pire; T<inte fourljc est lionicuse aux. cœurs nés pour l'cm- Princcs, atleudons tout, sans consentir a rien.

nér.ACLUJS.

Admirez cependant quel malheur est le mien : L'oli?cure vérit; (|nc de mon sang je signe. Du grand nom qui me perd ne me peut rendre digne; On n'en croit pas ma mort ; et je perds mon trépas, Puisque, mourant pour lui, je ne le sau\c pas.

MAr.lIAM.

Voyez d'autre côté quelle est ma destinée, Aladame : dans le cours d'une seule journée, Je suis lléraclius, Léonce, Martian; Je sors d'un empereur, d'un tribun, d'un tyran. De tous trois ce désordre en nn jour me fait naître. Pour me faire mourir enfin sans me connaître.

pci.ciiéi;ic.

Cédez, cédez tous deux aux rigueurs de mon sort : Il a fait contre vous un violent effort. Votre malheur est grand; mais, quoi qu'il en succède, La mort qu'on me refuse en sera le remède; Et moi... Mais que nous veut ce porlide?

scèam: VI

iiKr,.\CLius, ruLCiiÊiiii:, j!.u,ti.\>', ami.ntas.

AMIMAS.

Mon hras Vient de laver ce nom dans le sang de Phoeas.

iniRACLUIS.

Que nous dis-tu?

AJUMAS.

Qu'à tort vous nous prenez pour traîlres; Ou'il n'est plus de tyran ; que vous êtes les maîtres.

in-i;ALLiis.

De quoi?

AÏUNTAS.

De tout l'empire.

WAr.TIAN.

Et par^toi?

JtMINTAS. .tL

Non, seigneur; \]\\ autre en a la gloire, el j'ai part à l'honneur. ^

ininACLics.

Et quelle heureuse main finit notre misère?

AJnrsTAs.

Princes, l'auriez-vous cru? c'est la main d'Exupèrc.

JIAIITIAN.

Lui, qui me trahissait?

AMIMAS.

C'est de quoi s'étonner :

11 ne vous trahissait que pour vous couronner.

UKRACLILS.

N'a-l-il pas des mutins dissipé la furie?

AMINIAS.

Sou ordre excitait seul cette mutiiieric.

MAP.TIAN

Il en a pris les chefs toutefois?

A.MINTA.^.

.\dmirez Que ces prisimniers même avec lui conjuié* Sous celte illusion couraient à leur vengeance : Tous contre ce harbarc étant d'inlelligpnce, Suivis d'un gros d'amis nous passons lihrement Au travers du palais à sofi a[)partci'ient. La garde^f restait faible et sans aucun ombrage; (Crispe même à Phoeas porte notre message : Il vient; à ses genoux on met les prisonniers, Qui tirent pour signal leurs poignards les premiers. Le r.ste, im])aticnt dans sa noble colère. Enferme la victimej'et soudain Exupère : « Qu'on arrête, dit-il; le premier coup m'est drt : (' t;'csl lui qui me nrtidra l'iionncur presque perdu.» Il frappe, et le tyran tombe aussitôt sans vie. Tant de nos mains-ta*ienne e?lprompten)ent suivie. Il s'élève un grand bruit, et mille cris confus Ne laissent discej'ner que Vive IIéhaclius! Nous saisissons la porte, el les gardes se rendent. Mêmes cris aussitôt de tous côtés s'entendent; Et de tant de soldats qui lui servaient d'appui, l'hocas, après sa mort, n'en a pas un pour lui.

ruLciiéiin;.

Quel chemin Exupère a pris pour sajuine!

ÀMINTAS.

Le voici qui s'avance avecque Léontine.

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