‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 413 sur 788 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

TiOO

n. ISADEI.LE.

Rcnd-il haine pour liaino, l't mépris pour mopris?

blanchi;.

Non, iiiailame, au contraire, il estime eis dames Dignes des plus grands cœurs et des plus bi'lles llam-

D. ISADELLE. [llieS.

El qui l'empêche donc d'aimer et de choisir?

BLANCHE

Quelque Secret obslacle arrête son désir. Tout le bien qu'il en dit ne passe point l'estime; Charnianles qu'elles sont, les aimer, c'est uu crime. Il ne s'e.xcuse point sur l'inégalilé:

II semble plutôt craindre une inralélilé; Et ses discours obscurs, sous un confus nn'lanfje, M'ont fait voir malgré lui comme 'une horreur du

[change, Comme une aversion qui n'a pour fondement Oue les secrets liens d'un autre attachement.

D. ISACKILE.

Il aimerait ailleurs I

BLANCHE

Oui, si je ne m'abuse, Il aime en lieu pins haut que n'est ce qu'il refuse; Et, si je ne craignais votre juste courroux, J'oserais deviner, madame, que c'est vous.

D. ISABELLE

Ah ! ce n'est pas pour moi qu'il est si téméraire ; Tantôt dans ses respects j'ai trop vu le contraire; Si l'éclat de mon sceptre avait pu le charmer, Il ne m'aurait jamais défendu de l'aimer. S'il aime eu lieu si haut, il aime done Elvire; 11 diiii l'accompagner jusque dans son empire; Et fait à mes amants ces défis généreux, Aon pas pour m'acquérir, mais pour se venger d'eux.

Je l'ai donc agrandi pour le voir disparaître. Et qu'une reine, ingrate à l'égal de ce traître. M'enlève, après vingt ans de refuge en ces lieux. Ce ([u'avait mon État de plus doux à mes yeux! Non, j'ai pris trop de soin de conserver sa vie. Qu'il combatte, qu'il meure, et j'en serai ravie. Je saurai par sa mort à quels vonix m'engager. Et j'ainjerai des trois qui m'en saura venger.

BLANCHE

Que vous peut offenser sa flamme ou sa retraite. Puisque vous n'aspirez qu'à vous en voir défaite? Je ne sais pas s'il aime ou done Elvire ou vous. Mais je ne comprends point ce mouvement jaloux.

1). ISAT.El.LE.

Tu ne le comprends point! et c'est ce qui m'élonne :

Je veux donner son lonir, non que son cœur le donne;

Je veux que son respect l'empêche de m'aimer.

Non des flammes qu'une autre a su mieux allumer :

Je vcuxbien plus; qu'il m'aime, et qu'un juste silence

Fasse à des feux pareils pareille violence;

Que l'inégalité lui donne même ennui:

Qu'il s'iuffre autant |iour moi que je souffre pour lui;

Que par le seul dessein d'affermir sa fortune.

Et nun point jjar amour, il se donne à quelqu'une;

Que par mon ordre seul il s y laisse ubliger;

Que ce soit m'obéir, et non me négliger; Et que, voyant ma llaiume à llKinorer trop prompte, Il m'ôte de péril sans me faire de boiiie. Car enlin il l'a vue et la connaît trop bien; Mais il aspire au trône, et ce n'est pas au njien; Il me préfère un autre, et cette préférence Forme de son respect la trompeuse apparence : Faux respect qui me brave et veut régner sans moi.

IlLANCHE.

Pour aimer done Elvire, il n'est pas cncor roi.

D. ISABELLE

Elle est reine et peut tout sur l'esprit de sa mère.

BLANCHE

Si ce n'est un faux bruit, le ciel lui rend uu frère, lion Sanche n'est point mort et vient ici, dit-on. Avec les députés qu'on attend d'Aragon; "C'est ce qu'en arrivant leurs gens ont fait entendre.

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