‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 415 sur 788 · SCÈNE PREMIÈRi · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRi

D. LIÎO.NOn, D. MANUIQLE, U. I-OPE. D. MANBIQUE.

Quoique l'espoir d'un trône et l'amour d'une reine Soient des biens que jamais on ne céda sans peine, Quoiqu'à l'un de nous deux elle ait promis sa foi. Nous cessons de prétendre où nous voyons un roi. Dans notre ambition nous savons nous connattre; Et, bénissant le ciel qui nous donne un tel matire, Ce prince qu'il vous rend après tant de travaux Trouve en nous des sujets, et non pas des rivaux : Heureux si l'.Aragon, joint avec la Casiille, Du sang de deux grands rois ne fait qu'une famille! Nous vous eu cjiijnrons, loin d'en être jaloux.

DOIS' SANCIIK D'ARAGON.

Connue iHniit l'un et rautro à l'Etal pins nn'à nons, Et, tout impatients d'eu voir la l'ui-cc unie Des Maures, nos voisins, dompter la tyraniiii', Nous rcnoneons sans honte à ee clioix yloi-ioux, (Jui d'une grande reine abaissait trop les yeux.

1). LKOxor;.

La gLMiérosité de voire déférence, Comtis, dalle trop tùl ma nouvelle espérance : D'un avis si douteux j'attends fort peu de frnil; Et ce grand bruit enfin peut-être n'est qu'un brnil. Mais jugez-en tous deux cl me daignez opiirendre Ce (]u'avec(]ue raison mon cœur en doit attendre. Les trouilles d'AragOii vous sont assez connus; Je vous en ai souvent Ions deux entretenus, Et ne vous redis poijit quelles longues misères Chassèrent don Fernand du trôjie de ses pères. Il y voyait déjà monter ses ennemis.

Ce prince malheureux, quand j'accouchai d'un fils : On le nomma don Sanche; et, pour cacher sa vie Aux barbares fureurs du traître don Garcie, A peine eus-je loisir de lui dire un adieu, Qu'il le lit enlever sajis me dire en quel lieu; Et je n'en pus jamais savoir que quelques marques Pour reconnaître un jour le sang de nos monarques. Trop inutiles soins contre un si mauvais sort! ; Lui-même, au bout d'un an, m'apprit qu'il était morl. Quatre ans après il meurl et me laisse une fille Dont je vins par soft ordre accoucher en Castille. Il me souvient toujours de ses derniers propos; Il mourut en mes bras avec ces tristes mots : « Je meurs, et je vous laisse en un sort déplorable! « Le ciel vous puisse un jour êti'e plus favorable! « Don lîainiond a pour vous des secrets importants, « Et vous les apprendra quand il en sera temps : (I Fuyez dans la Castille. » A ces mots il expire. Et jamais don Raymond ne me voulut rien dire. Je partis sans lumière en ces obscurités : Mais, le voyant venir avec ces députés, Et que c'est par leurs gens que ce grand bruit éclate, ( Voyez qu'en sa faveur aisément on se flatte! ) J'ai cru que du secret le temps était venu, Et que don Sanche était ce mystère inconnu ; Qu'il l'amenait ici reconnaître sa mère. Hélas! que c'est en vain que mon amour l'espère ! A ma conrusi(jn ce brnil s'est éclairci; liion loin de lamencr, ils le cherchent ici : Voyez quelle apparence, et si cette province A jamais su le nom de ce malheureux prince.

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