‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 420 sur 788 · I.a raillerie est belle après une victoire · texte numérisé non relu

I.a raillerie est belle après une victoire

On la fait avec grâce aussi bien qu'avec gloire.

Biais vous précipitez un peu trop ce dessein : La bague de la reine est encore en ma main; Et l'inconnu Carlos, sans nommer sa famille. Vous sert encor d'obstacle au trône de Castille. Ce bcas, qui vous sauva de la captivité, l'eut s'oppo-er encore à votre avidité.

D. MANniQUE.

Pour n'être que Carlos, vous parlez bien en maîlre, El tranchez bien du prince, en déniant de 1 être. Si nous avons lantùt jusqu'au bout défendu L'honneur qu'à notre rang nous voyions être dû, ÎS'ous saurons bien encor jusqu'au bout le défendre; Mais ce que nous devons, nous aimons à le rendre.

Oue vous soyez don Sanche, ou qu'un autre le soit. L'un et l'autre de nous lui rendra ce qu'il doit. Pour le nouveau marquis, quoique l'honneur l'irrite. Qu'il sache qu'on l'honore autant qu'il le mérite, Maisque,pournouscond)altre,il faut que le bon sang Aide un peu sa valeur à soutenir ce rang. Qu'il n'y prétende point à moins qu'il se déclare : Non que nous'demandions qu'il soit G'usman ou Lare : Qu'il soit noble, il suflit pour nous traiter d'égal; Nous le verrons tous deux comme un digne rival; Et si don 'anche enfin n'est qu'une attente vaine, Kous lui disputerons cet anneau de la reine. Qu'il souffre cependant, quoique brave guerrier. Que notre bras dédaigne un simple aventurier.

Nous vous laissons, madame, éclaircirce mystère; Le sang a des secrets ([u'entend mieux une mère; Et, dans les différemfs qu'avec lui nous avons, Kous craignons d'oublier ce que nous vous devons.

sckm: III

D. L^N'OR, CAni.OS.

Madame, vous voyez comme l'orgueil me traite; Pour me faire un honneur, on veut que je l'achète : Mais, s'il faut qu'il m'en coûte un secret de vingt ans, Cetanneau dans nos mains pourra briller longtemps.

D. LtO.NOl:. ^

Laissons là ce combat et parlons de don Sanche. Ce bruit est grand pour vous, tonte la cour y penche: De gràre, dites-moi, vous connaissez-vous bien?

CAnios.

Plût à Dieu qu'en mon sort je ne connusse rieni Si j'étais quelque enfant épargne des tempêtes. Livré dans un désert à la merci des bêtes, Exposé par la crainte ou par l'inimitié. Rencontré par hasard et nourri par pitié. Mon orgueil à ce bruit prendrait quelque espérance Sur votre incertitude et sur mon ignorance; Je me figurerais ces destins merveilleux Qui tiraient du néant les héros fabuleux. Et me revêtirais des brillantes chimères Qu'osa former pour eux le loisir de nos pères: Car enfin je suis vain, et mon ambition Ne peut s'examiner sans indignation ; Je ne puis regarder sceptre ni diadème Qu'ils n'emportent mon àme au delà d'elle-même : Inutiles élans d'un vol impétueux Que pousse vers le ciel un coîur présomptueux, Que soutiennent en l'airquelques exploits de guerre, Et qu'un coup d'œil sur moi rabat soudain à terre! Je ne suis point don Sanche et connais mes parents; Ce bruit medonne en vain un nom que je vousrends; Gardez-lepource prince: une heure ou deux peut être Avec vos députés vous le feront connaître, laissez-moi cependant à cette obscurité Qui ne fait que justice à ma témérité.

D. LÉONOn.

En vain donc je me flatte, et ce que j'aime à croire N'est qu'une illusion que me fait votre gloire. Mon cœur vous en dédit; un secret mouvement. Qui le penche vers vous, malgré moi vous dément : Mais je ne puis juger quelle source l'anime. Si c'est l'ardeur du sang ou l'effort de l'estime; Si la nature agit, ou si c'est le désir; Si c'est vous reconnaître ou si c'est vous choisir. Je veux bien toutefois étouffer ce murmure Comme de vos vertus une aimable imposture, Condamner, pour vous plaire, un bruit qui m'est si Mais où sera mon fils s il ne vit point en vous? [doux; On veut qu'il soit ici ; je n'en vois aucun signe : On connaît, hormis vous, quiconque en serait digne; Et le vrai sang des rois, sous le sort abattu. Peur cacher sa naissance, et non pas sa vertu : Il porte sur le front un luisant caractère

DON SAKCIIt: D'AUACON.

Qui p.'iilo iiirilgn'' lui di' tout ce qu'il veut taire; Et celui que le ciel sur le vôtre avait mis Pouvait seul in'éblouir si vous l'eussiez permis.

Vous ne rùlesdoiicpoint, puisque vous me le dites; Mais vous êtes à craindre avec tant de mérites. Souffrez que j'en demeure à cette obscurité. Je ne condamne point votre témérité; Mon estime, au contraire, est pour vous si puissante, Qu'il ne tiendraqu'à vousque mon cciniri)')' consente : Votre sang avec moi n'a qu'à se déclarer, El je vous donne aprrs liberté d'espérer. ^ Que s^mênie à ce prix vous cachez votre race, Ke me refusez point du moins une autre grâce : Ke vous préparez plus à nous accompagner; Nous n'avons plus besoin de secours pour régner. La mort de don Garcie a puni tous ses crimes Et rendu l'Aragon à ses rois légitimes; [vœux.

N'en cherchez plus la gloire, et, quels que soient vos Ke me contraignez point à plus que je ne veux. Le prix de la valeur doit avoir ses limites; Et]e vous crains enfui avec tant de mérites. C'est assez vous en dii'e. Adieu : pensez-y bien, El faites-vous connaître ou n'aspirez à rien.

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