SCÈNE VII
D. ISACEI.I.E, U. LÉO.NOn, U. EbVIRE, CARLD.S, D >!.\MÎIQIE, h. Lul'E, U. AI,V.\R, lil.AMJlIE, h. R.\1.M0.ND.
I). LÉOJOR.
Laissez là, don Raimond, la mort de nos tyrans. Et r-'udez seulement don Sanche à ses parents. Vit-il? peut-il braver nos fières destinées?
D. i;ai>io\d.
Sortant d'une prison de plus de six années, Je lai cherché, madame, où,pourle§ mieux braver, Par l'ordre du feu roi je le fis élever Avec tant de secret, que même un second père Qui l'eslime son'fils ignore ce mystère. .Vinsi qu'en votre cour Sanche y fut son vrai nom, Et l'on n'en retrancha que cet illustre Don. Là j'ai su qu'à seize ans son généreux courage S indigna des emplois de ce faux parenlage; Qu'impatient 'déjà d'êlre si mal tombé, A sa fausse bassesse il s'était dérobé;
ACTK V, SCl-.NK VII.
Que, déguisant son nom et caclianl sa famille, 1! avait fait merveille aux guéries de Caslille, D'où i|u.'l(iiie sien voisin, depuis peu de retour, L'aMiit vu plein de gloire et fort hieu en la cour; Que du bruit de son nom elle était toule pleine, Qu'il était connu même et chéri de la reim- : Si hien ciuc ce pêcheur, d'aise tout tran-porté, A\ait couru chercher ce lils si fort vanté.
D. LÉOXOR.
lion llaimoud, si vosyeux pouvaient le reconnaître...
D n.tlMOMi.
Oui, je le vois, n.adamc. Ah! seigneur', ah 1 mon niattre!
D. LOl'E.
Nous l'avionshien jugé: grand prince, rendez-vous. I.a vérité paraît, cédez aux vœux de tous.
D. I.ÉOXOll.
Don Sanche, voulez-vous être seul inrrédule'.'
cARr.os.
Je crains encor du sort un reveis ridicule : Mais, madame, voyez si le billet du roi Accorde à don RaimonJ ce qu'il vous dit de moi.
D. LÉOXOr..
(Elli; ouvre on dcriii, el en tire uq billel qu'elle lil.)
» Pour tromper un tyran je vous trompe vous-même. « Vous reverrez ce fils que je vous fais pleurer : « Celte erreur lui peut rendre un jour le diadème; « lit je vous l'ai caché pour le mieux assurer.
« Si ma feinte vers vous passe pour criminelle, « Pardonnez-moi les maux qu'elle vous fait souffrir, Il Di.' crainte que les soins de l'amour maternelle Il Par leurs empressements le fissent découvrir.
Il i\ugne,unpauvrepècheur,sen croit être le père; <i Sa femme, en son absence, accouchant d'un fils mort, « Elle rei;ut le votre, et sut si bien se taire, « Que le père et le fils en ignorent le sort.
« Elle-même l'ignore; et duu si grand échange 0 Elle sait seulement qu'il n'est pas de sou sang, « Et croit que ce présent, par un miracle étrange, « Doitun jour par vos mains lui roiidreson vrai rang.
« A ces marques, un jour, daignez le reconnaître ; « Et puisse l'Aragon, retournant sous vos lois, « Apprendre ainsi que vous, de moi qui l'ai vu naître, « Que Sanche, fils de Nugne, est le sang de ses rois !
« DOM FEBSiSD u'AliACON. » D. LÉO.NOR, après avoir lu.
Ah! mon fils, s'il en faut encore davantage, Croyez-en vos vertus et votre grand courage.
CAIXOS, à 1>. I.'nnrtr.
• Ce serait mal répondre à ce rare bonheur Que Vouloir me défendre encor d'un tel honneur.
lA n. L-,aIiello.)
Je reprends toutefois Nugnc pour mon vrai |)érc. Si vous ne m'ordonnez, madame, que j'espère.
n. ISACEI.LK.
C'est tropjieu d'espérer, quand tout vous est acquis. Je vous avais fait tort eu vous faisant marquis; Et ^ ous n'aurez pas lieu d sormais de vous plaindre De ce retardement où j'ai su vous contraindre. Et pour moi, que le ciel destinait pour un roi, Digne de la Castille et digne encor de moi. J'avais mis ce te bague en des mains assez bonnes l'ourla rendre à don Sanche et joindre nos couronnes.
CAnuis.
Je ne m'étonne plus de l'orgueil de mes vonix Qui, sans la partager, donnaient mon cgeur à deux; Dans les obscurités d'une telle aventure. L'amour se confondait avecque la nature.
D- ELVir.E.
Le nôtre y répondait sans faire houle au rang. Et le mien vous payait ce que devait le sang.
CARLOS, à D. Elvire.
Si vous m'aimez encore et m'honorez en frère, Un époux de ma main pourrait-il vous déplaire?
D. ELVIRE
Si don Alvar de Lune est cet illustre époux,
Il vaut bien à mes yeux tout ce qui n'est point vous.
CARLOS, à D. Elvire.
11 honorait en moi la vertu toute nue. (A D. Jlanrique cl à D. Lope.i
Et vous, qui dédaignez ma naissance inconnue, Comtes, et les premiers en cet événement Jugiez en ma faveur si véritablement, Votre dédain fut juste autant que son estime; C'est la même vertu sous une autre maxime.
D. r.MMO.Nn, à D Isalicllc.
Souffrez qu'à l'Aragon il daigne se montrer. Nos députés, madame, impatients d'entrer...
D. ISABELLE
Ll vaut mieux leur donner audience publique Afin qu'aux yeux de tous ce miracle s'explique.
Allons; et cependant qu'on mette en libi'rté Celui par qui tant d'heur nous vient d'êlre apporté; Et qu'on l'amène ici, plus heureux qu'il ne pense. Recevoir de ses soins la digne récompense.