‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 465 sur 788 · ARSINOÉ, ATTALE · texte numérisé non relu

ARSINOÉ, ATTALE

AI'.^INOK.

J'ai prévu le tumulte et n'en vois rien à craindre: Com me unnioniiMil l'allume, un moment peut l'étein- Et, si l'oliscurité laisse croître ce bruit, [dre,

1-c jour dissipera les vapeurs de la nuil. Je me fâche bien moins qu'un peuple se mutine (Jue'de voir que ton cœur dans son amour s'obstine, Et, d'une indigne ardeur lâchement embrasé, Ne rend point fie mépris à qui ta méprisé. Venge-toi d'une ingrate et quitte une cruelle, A présent que le sort t'a mis au-dessus d'elle. Son trône, et non ses yeux, avait dû te charmer : Tu vas régner sans elle ; à quel propos l'aimer? Porte, porte ce cœur à de plus douces chaînes. Puisque te voilà roi, l'Asie a d'autres reines, Qui, loin de te donner des rigueurs à souffrir. T'épargneront bientôt la peine de l'offrir.

ATT.tLE.

Mais, madame....

ARSINOÉ

Eh bien, soit, je veux qu'elle se rende : Prévois-tu les malheurs qu'ensuite j'appréhende? Sitôt que d'Arménie elle t'aura fait roi. Elle t'engagera dans sa haine pour moi. Mais, ô dieux ! pourra-t-elle y borner sa vengeance? Pourras-tu dans son lit dormir en assurance? Et refusera-l-elle à son ressentiment Le fer ou le poison pour vOTger son amant? Qu'est-ce qu'en sa fureur une femme n'essaie?

ATTALE

Que de faus.<es raisons pour me cacher la vraie ! Home, qui n'aime pas à voir un |)uissant roî. L'a craint en .Mcoméde, et le craindrait en moi. Je ne dois plus luvtcndre à l'hymen d'une reine, Si je ne veux diqilaire à notre souveraine; Et, puisque ta fâcher ce serait me trahir. Afin qu'elle me souffre, il vaut mieux obéir. Je sais par qui% moyens sa sagesse profonde S'achemine à grands pas à l'empire du monde. Aussitôt qu'un Etat devient un peu trop grand, .Sa chute doit guérir l'omhrage qu'elle en prend. C'est blesser les llomains que faire une conquête. Que mettre trop de. bras sous une seule tète; Et leur guerre est trop juste après cet attentai • ITle fait sur leur grandeur un tel crime d'État, [mes, Eux. qui pour gouverner sont les premiers des hom- Veulent que sous leur ordre on soit ce que noussom- Voulent sur tous les rois un si haut ascendant, [mes. Que leur empire seul demeure indépendant. Je les connais, madame, et j'ai vu cet ombrage Détruire Antiochus et renverser Carihage. De peur de choir comme eux,je veux bien m'abaisser. Et cède à des raisons que je ne puis forcer. D'autant plus justement mon impuissance y cède, Que je vols qu'en leurs mains on livre iNicomède. Un si grand ennemi leur répond de ma foi; • C'est un lioJS tout prêt à déchaîner sur moi.

ARSIXOÉ.

C'est de quoi je voulais vous faire confidence ; Mais vous me ravissez d'avoir cette prudence. Le temps pourra changer; cependant prenez soin D'assurer des jaloux dont vous avez besoin.

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