‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 473 sur 788 · I.AODICE · texte numérisé non relu

I.AODICE

Nous nous entendons mal, madame; et, je le voi. Ce que je dis pour vous, vous l'expliquez pour moi.

Je suis hors de souci pour ce qui me regarde; Et je viens vous chercher pour vous prendre en nni Pour ne hasarder pas en vous la majesté [garde, \\i manque de respect d'un grand peuple irrité. Faites venir le roi, rappelez votre .\ttale; Que je conserve en eux la dignité royale; Ce peu])li^ en sa fureur peut les coiinailri' mal.

Ar.SINOÉ.

Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égall Vous, par qui seule ici tout ce désordre arrive; Vous, qui dans ce palais vous voyez ma captive; Vous, qui me répondrez au prix de votre sang De tout ce qu'un tel crime attente sur mon rang. Vous me parlez encore avec la même audace Hue si j'avais besoin de vous demander grâce!

LAODICE. V

Vous obstiner, madame, à me parler ainsi, iTesl ne vouloir pas voir que je commande ici. Que, quand il me plaira, vous serez ma victime. Kt ne m'imputez point ce grand désordre à*crimo : Votre peuple est coupable, et, dans tous vos sujets. Ces cris séditieux sont autant de forfaits; [les,

.liais iKinr moi, qui suis reine, et qui dans nos querell'iiur triompher de vous, vous ai fait ces rebelles. Par le droit de la guerre il fut toujours permis D'allumer la révolte entre ses ennemis : Menlever mon époux, c'est vous faire la mienne.

ARSINOÉ

Je la ^lis donc, madame ; et, quoi qu'il en ad\ ienne, Si ce peuple une fois enfonce le palais. C'est fait de votre vie, et je vous Je promets.

LAODICE

\'ons tiendrez ujal parole, ou hientôt sur ma tombe Tout le sang de vos rois servira d'hécatombe. Mais avez-vous encor parmi votre maison Quelque autre .Métrobate ou quelque autre Zenon? N'appréhendez-vous point que tous vos domestiques i\e soient déjà gagnés par mes sourdes pratiques? En savez-vous quelqu'un si prêt à se trahir. Si las de voir le jour, que de vous obéir?

Je ne veux point régner sur votre Bithynie : Ouvrez-moi seulement les chomius d'Arménie; Et, pdïr voir tout d'un coup vos malheurs terminés, llendez-moi cet éjjoux qu'en vain vous retenez.

AUSI.NOÉ

Sur le chemin de Home il vous faut l'aller prendre; Flaminius l'y mène et pourra vous le rendre :

;îo

NICOMl-DE.

Mais luUez-vons, de grâce, el faites bien ramer, (iar déjà sa galère a pris le large eu luer.

LAODlCt;.

Ah ! si je le croyais!...

N'en doutez point, madame.

lAOniCE.

Fuyez donc les fureurs qui saisissent mon âme : Après le coup fatal de cette indignité, Je n'ai plus ni respect ni générosité.

Mais plutôt demeurez pour me servir d'otage Jusqu'à ce que ma main de ses fers le dégage. J'irai jusque dans Rome en briser les liens, Avec tous vos sujets, avecque tous les miens; Aussi bien Annibal nommait une folie Ile présumer la vaincre ailleurs qu'en Italie. Je veux qu'elle me voie an cœur de ses États Soutenir ma fureur d'un million de bras; Et sous mon désespoir rangeant sa tyrannie...

ARSIMIÉ.

Vous voulez donc enfin régner en Bithynie?

El, dans cette fureur qui vous trouble aujourd'hui.

Le roi pourra souffrir que vous régniez pour lui?

LVODICE.

J'y régnerai, madame, et sans lui faire injure. Puisque le roi veut bien n'être roi qu'en peinture, (Juc lui doit importer qui donne ici la loi. Et qui rèfne pour lui des Romains ou de moi? Mais un second otage entre mes mains se jette.

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