ACTE I, SCÈNE I
Et (In Serlorius le surprenant honheiir Arrête une main prête à lui percer le cœur.
ALFIDE.
Quoi liontoiix contre-temps de vertu délicate S'oppose au lieau succès de l'espoir qui vous flatte? Et depuis cjuaiid, seij,'neur, la soif du premier rau;,' Craint-elle de répandre un peu de mauvais sanj,'? Avéz-vous oublié cette firande maxime, Que la truerre civile est le rê),'ne du crime; Et qu'aux lieux où le crime a plein droit de régner, L'innocence timide est seule à dédaigner? L'honneur et la vertu sont des noms ridicules : Warius ni Carbon n'eurent point de scrupules: Januiis Sylla, jamais...
rtRI'EX.N A .
Sylla ni Marins N'ont jamais épargné le sang de leurs vaincus; Tourà tour la victoire, autour d'eux eu furie, A poussé leur courroux jusqu'à la barbarie; Tour à l(uir le carnage et les proscriptions Ont sacnlié Home à leurs di.ssensions; [maîtres
Mais leurs sanglants discords qui nous donnent des Ont fait des meurtriers, et n'ont point fait de traîtres ; Leurs plus vastes fureurs jamais n'ont consenti Qu'aucun versât le sang de son propre parti; El dans l'un ni dans l'autre aucun n'a pris l'audace l''àssassiner son chef pour monter en sa place.
AUFIDli.
Vous y renoncez donc et n'êtes plus jaloux lie suivre les drapeaux d'un chef moindre que vous? Ali! s'il faut obéir, ne faisons plus la guerre; l'ri nous le même joug qu'a pris toute la terre. Pourquoi tant de périls, pourquoi tant de combats? SI nous voulons servir, Sylla nous tend les bras, [me : C'est mal v i\ re en llomain que prendre loi d'un boni- Mais, t\ran pour tyran, il vaut mieux vivre à Home.
l'EnPENXA.
Vois mieux ce que tu dis quand tu parles ainsi. Du moins la liberté respire encore ici. De notre république, à Rome anéantie, ^ On y voit refleurir la plus noble partie; Et cet asile, ouvert aux illustres proscrits, Réunit du sénat le précieux ilébris.
Par lui Sertorius gouverne ces provinces, Leur impose tribut, fait des lois ;i leurs princes. Maintient de nos Romains le reste indépendant; Mais, comme tcut parti demande un commandant. Ce bonheur imprévu qui partout l'accompague, Ce nom qu'ils'estacquiscbezlespeuplesd'Espagne...
AUFIDE
Ah! c'est ce nom acquis avec trop de bonheur Qui rompt votre fortune et vous ravit l'iionneur : Vous n'en sauriez douter pour peu qu'il vous sou- Dujourquevotre armée alla joindre la sienne, (vienne Lors...
PERPEXXA.
N'envenime point le cuisant souvenir Que le commandement devait m'appartenir.
Je le passais en nombre aussi bien qu'en noblesse ;
Il succombait sans moi sous sa propre faiblesse : Mais, sitôt qu'il ])arut, je vis eu nunns de rien Tout mon camp déserté pour repeupler le sien; Je vis par mes soldats nu-s aigles arrachées Pour se ranger sous lui voler vers ses tranchées; Et. pour eu colorer l'emporlenient honteux, Je les suivis de rage et m'y rangeai comme eux.
L'inipérieu.se aigreur de l'àpre jalousie Dont en secret dés lors num ;ime fut saisie (irossit de jour en jour sous une ])assion Qui tyrannise encor plus que l'ambition. J'adore Viriate; et cette grande reine.
Des Lusitaniens l'illustre souveraine.
Pourrait par son hymen me rendre sur les siens (!e pouvoir absolu qu'il m'ùtesur les miens, .'(lais elle-même, hélas! de ce grand nom charmée. S'attache au bruit heureux que fait sa renommée; Cependant qu'insensible à ce qu'elle a d'appas. Il me dérobe un cœur qu'il ne demande pas. De son astre opposé telle est la violence. Qu'il me \ole partout, même sans qu'il y pense, Et que, toutes les fois qu'il m'enlève mon bien. Son nom fait tout pour lui sans qu'il en sache rien. Je sais qu'il peut aimer et nous cacher sa flamme : Mais je veux sur ce point lui découvrir mon âme; Et, s'il peut me céder ce tr6ne où je prétends. J'immolerai ma haine à mes désirs contents; Et je n'envierai plus le rang dont il s'empare. S'il m'en assure autant chez ce peuple barbare. Qui, formé pbr nos soins, instruit de notre main, Sous notre discipline est devenu romain.
ALTIDE.
Lorsqu'on fait des projets d'une telle importance. Les intirèls d'amour entrent-ils en balance? Et, si ces intérêts vous sont enfin si doux, Viriate,-lui mort, n'est-elle pas à vous?
PERCEN.NA.
Oui; mais de cette mort la suite m'embarrasse. .\urai-je sa fortune aussi bien que sa place? Ceux dont il a gagné la croyance et l'appui Prendront-ils même joie à m'obéir qu'à lui? Et. pour venger sa trame indignement coupée, N'arboreront-ils point l'élendard de Pompée?
AUFIDE
C'est trop craindre, et trop tard; c'est dans votre festin Que ce soir par votre ordre on tranche son destin. La trêve a dispersé l'armée à la campagne, Et vous en commandez ce qui nous accompagne. L'occasion nous rit dans un si grand dessein; Mais tel bras n'est à nous que jusques à demain. Si vous rompez le coup, prévenez les indices. Perdez Sertorius ou perdez vos complices. Craigniez ce qu'il faut craindre: il en est parmi nous Qui pourraient bien avoir mêmes remords que vous; Et si vous différez... Mais le tyran arrive. Tâchez d'en obtenir l'objet qui vous captive; Et je prierai les dieux que dans cet entretien Vous ayez assez d'heur pour n'en obtenir rien.
Sl'IiTOlilUS.
SCKNE II
SEUTOIUIJS, ri:[lI'KNNA.
sEnionus.
Apprenez un dcssi'iii qui me vient Je surprendre. Dans deux lieures j'onipée en ce lieu doit se rendre : Il veut sur nus dùbals eonlerer avec moi, Et pour toute assurance il ne prend que ma foi.
l'ERl'ENNA.
La parole suffit entre les grands courages. D'un liomine tel que vous la foi vaut cent otages; Je n'en suis point surpris: mais ce qui me surprend, C'est de voir que Pompée ait pris le nom Je Grand, Pour faire encore au vôtre entière déférence. Sans vouloir de lieu jieutre à cette conférence. C'est avoir beaucoup fait que d'avoir jusque-là Fait descendre l'orgueil des héros de Syila.
SEIITORIUS.
S'il est plus fort que nous, ce n'est plus en Espagne, Où nous forçons les siens de quitter la campagne, Et de se retrancher dans l'empire douteux Que lui souffre à regret une province ou deux, Qu'à sa fortune lasse il craint que je n'enlève, Sitôt que le printemps aura fini la trêve.
C'est Iheureuse union de vos drapeaux aux miens Oui fait beaux cessuccèsqu'à toute heure j'obtiens; C'est à vous que je dois ce que j'ai de puissance : Attendez tout aussi de ma reconnaissance. Je reviens à Pompée et pense deviner Quels motifs jusqu'ici peuvent nous l'amener.
Conuneiltrouveavecnouspeu degloireà prétendre Et qu'au lieu d'attaquer il a peine à défendre. Il voudrait qu'un accord, avantageux ou non, L'affranchît d'un emploi qui ternit ce grand nom; Et, chatouillé d'ailleurs par l'espoir qui le flatte. Lie faire avec plus d'heur la guerre à Mithridate, Il brûle d'être à llome, afin d'en recevoir Du maître qu'il s'y donne et l'ordre et le pouvoir.
l'IillI'ENNA.
J'aurais cru qu'Aristie ici réfugiée.
Que, forcé par ce maître, il a répudiée. Par un reste d'amour l'attirât en ces lieux Sous une autre couleur lui faire ses adieux; Car de son cher tyran l'injustice fut telle. Qu'il ne lui permit pas de prendre congé d'elle.
SEKTOr.lUS.
Cela peut être encore; ils s'aimaient chèrement : Mais il pourrait ici trouver dii changement. L'affront pique à tel point le grand cœur d'Aristie, Que, sa prenjiêre flamme en haine convertie. Elle cherche bien moins un asile chez nous Que la gloire d'y prendre un plus illustre époux. C'est ainsi qu'elle parle et m'offre l'assistance De ce que Home encore a de gens d'importance, Dont les uns ses parents, les autres ses amis, Si je veux l'épouser, ont pour moi tout jiromis. Leurs lettres en font foi, qu'elle me vient Je rendre.
A'oyez avec loisir ce que j'en dois attendre; Je veux bien m'en remettre à votre sentiment.
l'EKl'ENNA.
Pourriez-vous bien, seigneur, balancer un moment, A moins d'une secrète et forte antipathie Qui vous montre un supplice en l'hymen d'Aristie? Voyant ce que pour dot jtome lui veut donner, Vous n'avez aucun lieu de rien examiner.
SEnTimius.
Il faut donc, rer|>enna, vous faire confidence Et de ce que Je crains et de ce que je pense.
J'aime ailleurs. A mon âge il sied si mal d'aimer, Que je le cache Uième à qui uj'a su charmer : Mais, tel que je puis être, on m'aime, ou, pour mieux La reine Viriate à mon hymen aspire; [dire,
Elle veut que ce choix de son ambition De son peuple avec nous commence l'union, Et qu'ensuite à l'envi mille autres hyménées De nos deux nations l'une à l'autre enchaînées .Mêlent si bien le sang et l'intérêt commuiî, Qu'ils réduisent bientôt les deux peuples en un. (Test ce qu'elle prétend pour digne récompense De nous avoir servis avec cette constance Qui n'épargne ni bien ni sang de ses sujets Pour affermir ici nos généreux projets : i\on qu'elle me l'ait dit, ou quelque autre pour elle; Mais j'en vois chaque jour quelque marque fidèle, El, comme ce dessein n'est plus pour moi douteux, Je ne puis l'ignorer qu'autant que je le veux.
Je crains donc de l'aigrir si j'épouse Aristie, Et que de ses sujets la meilleure partie, i'our venger ce mépris et servir son courroux, l\e tourne obstinément ses armes contre nous. Auprès d'un tel malheur, pour nous irréparable. Ce qu'on promet pour l'autre est peu considérable; Et, sous un faux espoir de nous mieux établir. Ce renfort accepté pourrait nous affaiblir.
Voilà ce qui retient mon esprit en balance. Je n'ai pour Aristie aucune répugnance; Et la reine à tel point n'asservit pas mon cieur. Qu'il ne fasse enror tout pour le commun bonheur.
l'Era'EN.N'A.
Cette crainte, seigneur, dont votre âme est gênée iS'e doit pas d'un moment relarder l'hyménée. Viriate, il est vrai, pourra s'en émouvoir; .Mais que sert la colère où man({ue le pouvoir? , .Malgré sa jalousie et ses vaines menaces, N'êtes-vous pas toujours le maître de ses places? Les siens, dont vous craignez le vif ressentiment. Ont-ils dans votre armée aucun comnianJenienl? Des plus nobles d'ejitre eux, et des plus grands coura- Navez-\ouspas les fils dans Osca pour otages! (ges, Tuusleurschefssonlllomains;el leurs propres soldats, Dispersés dans nos rangs, ont fait tant de combats. Que la vieille amitié qui les attache aux nôtres Leur fait aimer nos lois et n'en vouloir point d'autres. Pourquoi donc tantlescraindre,et |)Ourquoi refuser...
sEmoiiius.
Vous-même, Perpenna, pounjUiii lant di'guiser? ,