ACTE 1, SCÈNE TIF
Je vois ce qu'on m'a dit : vous aimez Virialo; Et votre r.mour caciié dans vos raisons ixlate. . Nais les raisoiincineiits sont ici siiperllus : Dites que vous l'aimez, et je ne l'aime plus. Parlez : je vous dois tant, que ma reconnaissance Ke peut être sans honte un moment en balance.
TERl-ENNA.
L'aveu que vous voulez à mon cœur est si doux, (Jue j'ose...
SERTOBIUS.
C'est assez : je parlerai pour vous.
PERTENNA.
Ah! seigneur, c'en est trop; et...
siuiTomus.
Point de repartie :
Tous mes vœux sont déjà du coté dAristie; Et je l'épouserai, pourvu qu'en même jour La reine se résolve à payer votre amour : Car, quoi que vous disiez, je dois craindre sa haine, El fuirais à ce prix cette illustre Romaine. La voici : laissez-moi ménagçr son esprit; Et voyez cependant de quel air on m'écrit.
SERTORIL'S, ARISTIE.
ARISTIE
>\- vous oÇensez pas si dans mon infortune )!a faiblesse mec force à vous être importune; Koii pas pour mon hymen : les suites d'un tel choix Méritent qu'on y pense un peu plus d'une fois; Mais vous pouvez, seigneur, joindre à mes espérances Contre un péril nouveau nouvelles assurances. J'apprends qu'un infidèle, autrefois mon époux, Vient jusque dans ces murs conférer avec vous : L'ordre de son tyran, et s;i flamme inquiète. Me pourront envier l'honneur de ma retraite : L'un en prévoit la suite, et l'autre en craint l'éclat, , Et tous les deux contre elle ont leur raison d'État. Je vous demande donc sûreté tout entière Contre la violence et contre la prière, Si par l'une ou par l'autre il veut se ressaisir Ue ce qu'il ne peut voir ailleurs sans déplaisir.
SERTOBIUS.
11 en a lieu, madame; un si rare mérite Semble croître de prix quand par force on le quitte ; Mais vous avez ici sûreté contre tous, ~
• Pourvu que vous puissiez en trouver contre vous, El que contre un ingrat dont l'amour fut si tendre. Lorsqu'il vous parlera, vous sachiez vous défendre. On a peine à ha'ir ce qu'on a bien aimé, Et le fen mal éteint est bientôt rallumé.
ARISIIE.
, L'ingrat, par son divorce en faveur d'jEmilie, M'a livrée au mépris de toute l'Italie. Vous savez à quel point mon courage est blessé : Mais s'il se dédisait d'un outrage forcé,
S'il diassail .'Emilie et me rendait ma place, J'aurais peine, seigneur, à lui refuser grâce; Et, tant (|ue je serai niatiresse de ma foi. Je me dois tout à lui s'il revient tout à moi.
SERTORIIS.
En vain donc je me flatte; en vain j'ose, madame. Promettre d mon espoir quelque part en votre âme: Pompée en est encor l'unique souverain.
Tous vos ressentiments n'offrent que votre main; Ll, quand par ses refus j'aurai droit d"y prétendre. Le cœur toujours à lui ne voudra pas se rendre.
ARISTIE
Qu'importe de mon cœur si je sais mon devoir. Et si mon hyménée enfle votre pouvoir?
Vous ravaleriez-vous jusques à la bassesse D'exiger de ce cœur des marques de tendresse. Et de les préférer à ce qu'il fait d'effort Pour braver mon tyran et relever mon sort? Laissons, seigneur, laissons pour les petites âmes Ce con:merce rampant de soupirs et de flammes; Et ne nous unissons que pour mieux soutenir La liberté- que Rome est prête à voir finir. Unissons ma vengeance à votre politique Pour sauver des abois toute la république : L'hymen seul peut unir des intérêts si grands. Je sais que c'est beaucoup que ce que je prétends : Mais', dans ce dur exil que mon tyran m'impose. Le rebut de Pompée est encor quelque chose; Et j'ai des sentiments trop nobles ou trop vains Pour le porter ailleurs qu'au plus grand des Romains.
SEKTORILS.
Ce nom ne m'est pas dû, je suis...
ARISTIE
Ce que vous- faites -Montre à tout l'univers, seigneur, ce que vous êtes. Mais, quand même ce nom semblerait trop pour vous. Du moins mon infidèle est d'un rang au-dessous : 11 sert dans son parti, vous commandez au vôtre; Vous êtes chef de l'un, et lui sujet dans l'autre; Et son divorce enfin, qui m'arrache sa foi. L'y laisse par Sylla plus opprimé que moi, Si votre hymen m'élève à la grandeur sublime Tandis qu'en l'esclavage un autre hymen l'abîme. Mais, seigneur, je m'emporte, et l'excès d'un tel heur Me fait vous en parler avec trop de chaleur. Tout mon bien est encor dedans l'incertitude : Je n'en conçois l'espoir qu'avec inquiéludc; Et je craindrai toujours d'avoir Ircp piélendu, Tant que de cet espoir vous m'ajcz rupondu. Vous me pouvez d'un mot assurer ou confondre.
SERTORICS.
Mais, madame, après tout, quepuis-je vous répondre? De quoi vous assurer, si vous-même parlez Sans être sûre encor de ce que vous voulez?
De votre illustre hymen je sais les avantages; J'adore les grands noms que j'en ai pour otages. Et vois que leur secours, nous rehaussant le bras. Aurait bientôt jeté la tyrannie à bas : Mais cette attente aussi pourrait se voir trompée
SERTOniUS.
Dans Toffre d'une main qui se (^arile à roni|>iJe,
Kt qui n'i'Ialo ici la grandeur d'un tel bien
Que jinur me lout inonieltre et ne me dniiner rien.
A|;ISTIE.
Si vous vouliez ma niaiii par choix de ma personne, Je vous dirais, seigneur : « Prenez, je vous la donne; Il Quoi que veuille Pompée, 'il le voudra trop tard. » Mais, comme eu cet hymen l'amour n'a point de part, Qu'il n'est qu'un pur effet de noblo poliliiiue, Souffrez que je vous die, afui que je m'explique, Que. i|uand j'aurais pour dot un milliim de bras. Je vous donne encor plus eu ne l'achevant pas.
Si je réduis Pompée à chasser .Emilie, Peut-il, Sylla régnant, regarder l'Italie? Ira-t-il se livrer à son juste courroux? Non, non; si je le gagne, il faut qu'il vienne à vous. Ainsi par mon hymen vous avez assurance Que mille vrais lloniains prendront votre défense : Mais, si j'en romps l'accord pour lui rendre mes Vous aurez ces Rûinaiuset Pom|iéeaveeeux;, fvœux, Vous aurez ses amis par ce nouveau divorce; Vous aurez du tyran la principale force, . Son armée, ou du moins ses plus braves soldats, Qui de leur général voudront suivre les pas; Vous marcherez vers Rome à communes enseignes. Il sera temps alors, Sylla, que tu me craignes. Tremble, et crois voir bientôt trébucher ta fierté, Si je puis t'enlever ce que tu m'as oté. Pour faire de Pompée un gendre de ta femme. Tu l'as fait un parjure, un méchant, un infâme : Mais, s'il me laisse encor quelques droits sur son cunir, Il reprendra sa foi, sa vertu, son lionneur; Pour rentrer dans mes fers il brisera tes chaînes; Et nous t'accablerons sous nos communes haines. J'abuse trop, seigneur, d'un précieux loisir : Voilà vos intérêts; c'est à vous de choisir. Si votre amour trop prompt veut borner sa conquête, Je vous le dis encor, ma main est toute prête. Je vous laisse y penser : surtout sou\ enez-vous Que ma gloire en ces lieux me demande un époux; Qu'elle ne peut souffrir que nia fuite m'y range, En captive de guerre, au péril d'un échange. Qu'elle veut un grand homme à recevoir ma foi. Qu'après vous et Pompée il n'en est point (lourmoi. Et que...
SERTOr.lUS.
Vous le verrez et saurez sa pensée.
AlUSTIE.
.Adieu I seigneur : j'y suis la plus intéressée, Et j'y vais préparer mou reste de pouvoir.
SEOTOniLS.
Moi, je vais donner l'ordre à le bien recevoir.
Dieux, souffrez qu'à mon touravoc vousje m'expli- Que c'est un sort cruel d'aimer par politique I [que. Et que ses intérêts sont d'étranges malheurs, S'ils font donner la main quand le cœur est ailleurs)