CIII.MÉNE
Mon cœur, outré d'ennuis, n'ose rien espérer. Un orage si prompt qui trouble une bonace D'un naufrage certain nous porte la menace ; Je n'en saurais douter, je péris dans le port. J'aimais, j'étais aimée, et nos pères d'accord; Et je vous en contais la charmante nou\ elle Au malheureux moment que naissait leur qiiere!l,\ Dont le récit fatal, sitôt qu'on ^ ous l'a fait. D'une si douce attente a ruiné l'effet.
' Ce mol muiincu n'a point élé eniptojé pir les autres écrivains; je n'en vois aucune raison: il signilie autre chose quindoiiipu-; un pays e.<.l indomfU; uu gueriicr esl inninct. Corneille l'a encore eniployc dans le> Uoraets.
AOTK II, S Ci; NT. V.
Jhiiulili; ;iiiil)iliun, iliMoïliiliii' iiiiuiii', DdiiI les plus n:'''i''i'<-'iix souflViMil la tyrannie! Uuiiiieur iin|iit iy;il)le à mes plus chois (li'sirs, Que lu \as imc e-nùtor ili' jih'urs et Je soupirs!
l'infâme.
Tu n'as dans leur qucrelli' aucun sujet de craindre : Tu inoim'ut l'a l'ait natlre, un moment va IV-teindre Elle a fait trop de bruil pour ne jjas s'accorder. Puisque déjà le roi les veut accommoder; El tu sais que mon àmc, à tes ennuis sensible. Pour en tarir la source y fera limpossihle.
CHlMt.NE.
Les accomiiiodenitnls ne font rien en ce point : De si mortels affronts ne se réparent point. En vain on fait agir la force et la prudence; Si l'on guérit le mal, ce n'est qu'en apparence. La liaine que les conirs conservent au dedans .\ourrit des feu\ cachés, mais d'autant plus ardents.
l'infante.
I.e saint nœud qui joindra don liodrigue et Chimènn Ites pères ennemis dissipera la haine:
Ij nous verrons bicntùt votre amour le plus fnrl Par un heureux hymen étouffer c ' discord.
CIIIMÈNE.
Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère : Don Diégue est trop allier, et je connais mon père : Je sens couler des pleurs que je veux retenir ; Le passé me tourmente, et je crains l'avenir.
l'infante.
Que crains-tu? d'un vieillard l'impuissante faiblesse?
CIIISIKNE.
Rodrigue a du courage.
L"l^FA^^TE.
11 a trop de jeunesse.
CU1.11ÈNE.
Les hommes valeureux le sont du premier coup.
l'infante.
Tu ne dois pas pourtant le redouter beaucoup ; 11 est trop amoureux pour te vouloir déplaire; Et deux mots de ta bouche arrêtent sa colère.
CUIMÈNE.
S'il ne m'obéit puint, quel comble à mon ennui 1 El, s'il peut m'obéir, que dira-t-on de lui? Étant né ce qu'il est, souffrir un tel outrage! Soit qu'il cède ou résiste au feu qui me l'engage, Mon esprit ne peut qu'èlre ou honteux ou confus De son trop de respect, ou d'un juste refus.
l'ikfante.
Chimène a l'àine haute, et, quoique intéressée, Elle ne peut souffrir une basse pensée: Mais, si jusques au jour de raccommodement Je fais mon prisonnier de ce parfait amant. Et que j'empêche ainsi l'effet de son courage. Ton esprit amoureux n'aura-t-il point d'ombrage?
Cni.MÈNE.
Ah! madame, en ce cas je n'ai plus de souri.
sck.m: IV