‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 511 sur 788 · VIMES · texte numérisé non relu

VIMES

Je sais qu'à son hymen tout votre cœur aspire; Mais elle, et vous, et moi, nous allons tous périr; Et votre change seul nous peut tous secourir. Vous me devez, seigneur, peut-être quelque^ chose : Sans moi , sans mon crédit qu'à leurs desseins j'oppose, Lacus et Martian vous auraient peu souffert; Il faut à votre tour rompre un coup qui me perd, Et qui, si votre cœur ne s'arrache à Plautine, Vous enveloppera tous deux en ma ruine.

OTUON.

Dans le plus doux espoir de mes vœux acceptés, M'ordonner que je change ! et vous-même !

VINICS.

Écoutez.

L'honneur que nous ferait votre illustre hyménée Des deux que j'ai nommés tient l'âme si gênée. Que jusqu'ici Galba, qu'ils obsèdent tous deux, A refusé son ordre à l'effet de nos vœux. L'obstacle qu'ils y font vous peut montrer sans peine Quelle est pour vous et moi leur envie et leur haine; Et qu'aujourd'hui, de l'air dont nous nous regardons. Ils nous perdront bientùt si nous ne les perdons. C'est une vérité qu'on voit trop manifeste; Et sur ce fondement, seigneur, je passe au reste. Galba, vieil et cassé, qui se voit sans enfants, Croit qu'on méprise en lui la faiblesse des ans. Et qu'on ne peut aimer à servir sous un maître Qui n'aura pas loisir de le bien reconnaître. Il voit de toutes parts du tumulte excité : Le soldat en Syrie est presque révolté; Vitellius avance avec la force unie Des troupes de la Gaule et de la Germanie; Ce qu'il a de vieux corps le souffre avec ennui; Tous les prétoriens murmurent contre lui. Do leur Kymphidius l'indigne sacrifice De qui se l'immola leur demande justice : Il le sait et prétend par un jeune empereur Ramener les esprits et calmer leur fureur. Il espère un pouvoir ferme, plein et tranquille. S'il nomme pour César un époux de Camille; Mais il balance encor sur ce choix d'un époux, Et je ne puis, seigneur, m'assurer que sur vous. J'ai donc jjour ce grand choix vanté votre courage. Et Lacus à Pison a donné son suffrage. Martian n'a parlé qu'en termes ambigus.

Mais sans doute il ira du coté de Lacus,

ACTK I, SCCNC m.

Et ruiiiqiii' romùde est de gagner (.'ainillc : Si sa voi\ est pour nous, la leur est inutile. Nous serons pareil nombre, et, dans l'égalité, Galba pour eetto nièce aura de la bonté. Il a remis eN])rés à lanlôt d'en résoudre. De nos lèt's sur eux détournez celle foudre; Je vous le dis encor, contre ces grands jaloux Je ne me puis, seigneur, assurer que sur vous. De votre premier choix quoi que je doive attendre, Je vous aime encor mieux pour maïlre que pourgen- Et je ne vois pour nous qu'un naufrage certain [dre; S'il nous faut recevoir un prince de leur main.

OIIION.

Ahl seigneur, sur ce point c'est tropde confij^nce; C'est vous tenir trop sûr de mon obéissance, .le ne prends plus de lois que de ma passion; riautine e.^t l'objet seul de mon ambitH)n; Et, si votre amitié me veut détacher .d'elle, La haine de Lacus me serait moins cruelle. Que m'importe, après tout, si tel est mon niallieur, De mourir par son ordre ou mourir de douleur.'

VIXIUS.

Seigneur, un grand courage, à quelque point qu'il .Sait toujours au besoin se posséder soi-même. ;uimc, l'oppée avait pour vous du moins autant d'ajipas; Et, quand ou vous l'ota, vous n'en mourûtes pas.

OTIIO.N.

^ Kon, seigneur; maisPoppée était une infidèle, Wt' (Jui n'en voulait ij^u'au trône et qui m'aimait moins ■ [qu'elle :

H Ce psu ([u'elle eut d'amour ne fit du lit d'Othon

Qu'un degré pour monter à celui de iNéron;

Elle no m'épousa ([u'alin de s'y produire.

D'y mcii'.iger sa place au basaid de me nuire :

Aussi j'en fus banni sous un titre d'honneur;

Et, pour ne plus me voir, on me fit gouverneur. ^^ Mais j'adore Plautine et je règne en son âme : K Nous ordonner d'éteindre une si belle flamme, ^^LC'est... je n'ose le dire. 11 est d'autres ItonViins, ^^fceigneur, qui sauront mieux appuyer vos desseins; ^^■R en est dont le cœur pour Camille sr.upire, ^^pEt qui seront ravis de vous devoir l'empire, visius.

Je veux que cet espoir à d'autres soit permis;

.Mais êtes- vous fort sûr qu'ils soient de nos amis?

Savez-vous mieux que moi s'ils plairont à Camille'?

OTUO.V.

Et croyez-vous pour moi qu'elle soil plus facile'? Tour moi, que d'autres vœux...

VIMCS.

A ne vous l'ien celer. Sortant d'avec Galba, j'ai voulu lui parler; J'ai voulu sur ce puint pressentir sa pensée; J'en ai nommé plusieurs pour qui je l'ai pressée. A leurs noms, un grand froid, un front triste, un œil M'ont fait voir aussitôt qu'ils ne lui plaisaient pas : [bas. Au vôtre elle a rougi, puis s'est mise à sourire, El m'a soudain quitté sans me vouloir rien dire. C'est à vous, qui savez ce que c'est que d'aimer,

A juger de son co.ur ce qu'on doit présumer.

OIllll.N.

Je n'en veux rien juger, sei^'iicur; et sans Plautine L'amour m'est un poison, le b(jnheur m'a>sassin(:; Et tontes les (loueurs du pouvoir sou\eiain lie sont d'affreux Inurments, s'il m'en coûte sa main.

Vl.MCS.

De tant de fermeté j'aurais l'âme ravie Si cet excès d'amour nous assurait la vie; Mais il nous faut le trône ou renoncer au jour; Et, quand nous jiérirons, que servira l'aujour?

OTIIO.N.

A de vaines frayeurs un noir soupçon vous livre; Pison n'est point cruel et nous laissera vi\ re.

VINICS.

Il nous laissera vivre, et je vous ai nommé!

Si de nous ^oir dans Rome il n'est point alarmé,

Nos communs ennemis, qui prendront sa conduite.

En préviendront pour lui la dangereuse suite.

Seigneur, quand pour l'empire on s'est vu désigner.

Il faut, quoi ([u'il ai-rive, ou périr ou régner.

Le posthume Agrippa vécut peu sous Tibère;

Néron n'épargna jjoint le sang de son beau-frère;

Et Pison vous perdja par la même raison

Si vous ne vous hâtez de prévenir Pison.

Il n'est point de milieu qu'en saine politique...

OTIION.

Et l'amour est la seule où tout mon cœur s'applique. Ilien ne vous a servi, seigneur, de me l'omnier; Vous voulez que je règne, et je ne sais qu'aimer. Je pourrais savoir plus, si l'astre qui domine Me voulait faire un jour régner avec Plautine; Mais dérober son âme à de si doux appas Pour attacher sa vie à ce qu'on n'aime pas!...

VIMLS.

Eh bien, si cet amour a sur vous tant de force, Régnez : qui fait des lois peut bien faire un divorce. Du trône on considère enfin ses vrais amis; Et, cpand vous pourrez tout, tout vous sera permis.

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