‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 514 sur 788 · SCENE PliEMIEUE · texte numérisé non relu

SCENE PliEMIEUE

PLAITINE, FI..VVIE.

l'LAL'TINE.

Dis-moi donc, lorsque Otlion s'est offert à Camille, A-t-il paru contraint? a-t-elle été facile? Son hommage auprès d'elle a-t-il eu plein elfel? Comment l'a-t-elle pris, et comment l'a-t-il l'ail?

FLWIE. ■

J'ai tout vu; mais enfin votre humeur curieuse A vous faire un supplice est trop ingénieuse. Quelque reste d'amour qui vous parle d'Othon, Jladame, oubliez-en, s'il se peut, jusqu'au nom. Vous vous êtes vaincue en faveur de sa gloire. Coûtez un plein triomphe après votre victoire : Le dangereux récit que vous inc commandez Est un nouveau combat où vous vous hasardez. Votre àmc n'en est pas encor si dé lâchée, Qu'il puisse aimer ailleurs sansqu'ellocnsoittouchée. Prenez moins d'intérêt à l'y voir réussir Et fuyez le chagrin de vous en éclaircir.

l'LACTINE.

.le le force moi-même à se montrer volage; Et, regardant son change ainsi que mon ouvrage, .l'y prends un intérêt ([ui n'a rien de jaloux : Qu'on l'accepte, qu'il régne, et tout m'en sera dou.\.

IUVIE.

J'en doute; et rarement une llamnie si forte Souffre iiu'à notre gré ses ardeurs...

l'UUIl.NE.

Que t'importe?

Laisse-m'en le hasard; et, sans dissimuler, ■ Dis de quelle manière il a su lui parler.

FL.Wli:.

N'imputez donc qu'à vous si votre âme inquiète Eu ressi-nt malgré moi quelque gène secrète. Olhon à la princesse a fait un complimen', Plus en homme de cour qu'en véritable amant.

Son éloquence accorte, enchaînant avec grâce L'excuse du silence ;i celle de l'audace. En termes trop choisis accusait le re.spect D'avoir tant retardé cet hommage suspect. Ses gestes concertés, ses regards de me>ure. N'y laissaient aucun mot aller à l'aventure : du ne voyait que pompe en tout ce qu'il peignait; Jusque dans ses soupirs la justesse régnait Et suivait pas à pas un effort de mémoire Qu'il était plus aisé d'admirer que de croire. Camille semblait même assez de cet avis: Elle aurait mieux goûté des discours moins sui', Ia, Je l'ai vu dans ses yeux : mais cette défiance Avait avec son camr trop peu d'intelligence. De ses justes soupçons ses souhaits iiulignés Les ont tout aussitôt détruits ou dédaignés; Elle a voulu tout croire; et, quelque retenue Qu'ait su garder l'amour dont elle est prévenue. On a vu, par ce peu ([u'il laissait échapper. Qu'elle prenait plaisir à se laisser tromper; Et que, si quelquefois l'hûrreur de la contraint.; Forçait le triste Othon à soupirer sans feinte. Soudain l'avidité de régner sur son C(eur Imputait à l'amour ces soupirs de douleur.

VLAUIIXE.

Et sa réponse enfin?

FLAVIE

Ella a paru civile; .Mais la civilité n'est qu'amour en Camille, Comme en Othon l'amour n'est que civilité.

PLACIiNE.

Et n'a-t-elle rien dit de sa légèreté,

liien de la foi qu'il semble avoir si mal gardée?

TLAVIE.

Elle a su rejeter cette fâcheuse idée.

Et n'a pas témoigné qu'elle sût seulement

Qu'on l'eût vu pour vos yeux soupirer un moment.

PLAUTIiNE.

Mais qu'a-t-clle promis?

FLAVIE

Que son devoir fidèle Suivrait ce que Galba voudrait ordonner d'elle; Et, de peur d'en trop dire et d'ouvrir trop son cœur. Elle l'a renvoyé soudain vers l'empereur. 11 lui parle à présent. Qu'en dites-vous, madame. Et de cet entretien que souhaite voire âme? Voulez-vous qu'on l'accepte ou qu'il n'obtienne rien?

l'LAUTI.NE.

.Moi-même, à dire vrai, je ne le sais pas bii'n. Comme des deux cotés le coup me sera rude. J'aimerais à jouir de cette inquiétude.

Et tiendrais à bonheur le reste de mes jours De n'en sortir jamais et de douter toujiuirs.

FIAVIE.

Mais il faut se résomlre et vouloir ([uelqne chose.

l'LAUIlSE.

Souffre sans m'alarmer que le ciel en dispose : Quand son ordie une fois on aura résolu. Il nous faudra vouloir ce qu'il aura voulu.

574 OTIION.

Ma i;iison cependant cède Othon à IVnipin' : Il est (le mon honin'ur de ne m'en pos dédire; Et, soit ce grand souhait volontaire ou i'orcé, Il est beau d'achever comme on a commencé. Mais je vois Marlian.

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