‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 515 sur 788 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ÎIARTIAN, l'LALTI.Nt:, FLAVIE.

PLAUUMÎ.

Que venez-vous m'apprendrc?

MAHTIAN.

Que de \olre seul choix l'empire va dépendre. Madame.

PLAtmXE.

(Juoil Galba voudrait suivre mou choix?

MAr.TlAN.

Non: mais de son conseil nous ne sommes que trois: Et, si pour votre Othon vous voulez mon suffrage. Je vous le viens offrir avec un humble hommage.

riAUIINE.

Avec?

tlARTIAN.

Avec des vœux sincères et soumis, Qui feront encor plus si l'espoir m'est permis.

rl.ACTl.NE.

Ouels vœux et que! espoir?

MAHIIAN.

(ÀH important service, Qu'un si profond respect vous offre en sacrifice...

riACTI.SE.

Eh bien, il remplira mes désirs les plus doux; Mais pour reconnaissance enfin que voulez-vous?

WARTIAN.

La gloire d'être aimé.

PLAUTIKE.

De qui?

MAr.TlAN.

De vous, madame.

rLACTi.M:. De moi-même?

JIAIiTIAN.

De vous: j'ai des yeux; et mon âme...

n.AUIlISE.

Votre âme, en me faisant cette civilité.

Devrait l'accompagner de plus de vérité.

On n'a pas grande foi pourtant de déférence

Lorsqu'on voit que la suite a si peu d'apparence.

L'offre sans doute est belle et bien digne d'un prix;

Mais en le choisissant vous vous êtes mépris.

Si vous me connaissiez, vous feriez mieux paraître...

MAKTIAN.

Hélas! mon mal ne vient que de vous trop connaître. Mais vous-même, après tout, ne vous connaissez pas Quand vous crojez si peu l'effet de vos appas. Si vous daigniez savoir quel est votre mérite. Vous ne douteriez point de l'amaur qu'il excite.

Olhoii ni'eu sei-l de preuve : il n'avait rien aimé Depuis que de Poppée il s'était vu charmé; liien que d'entre ses bras iNOron l'eût enlevée. L'image dans son cœur s'en était conservée; La mort même, la mort n'avait pu l'en chasser : A vous seule était dû l'honneur di; l'effacer. Vous seule d'un coup d'œil emportâtes la gloire D'en faire évanouir la plus douce mémoire Et d'avoir su réduire à de nouveaux souhaits Oc cœur impénétrable aux plus charmants objets. Et vous vous étonnez que pour vous je soupire!

PLAUIINE.

Je m'étonne bien plus que vous me l'osiez dire; Je m'étonne de voir qu'il ne vous souvient plus Que l'beureux Martian fut l'esclave Icélus, Qu'il a changé de nom sans changer de visage."

MARTIAN

C'est ce crime du sort qui m'enlle le courage. Lorsqu'en dépit de lui je suis ce que je suis, On voit ce que je vaux, voyant ce quj; je puis. Un pur hasard sans nous règle notre naissance; Mais, comme le mérite est en notre puissance, La honte d'un destin qu'on vit mal assorti Fait d'autant plus d'honneur quand on en est sorti. Quelque tache en mon sang que laissent mes ancêtres. Depuis que nos Romains ont accepté des maîtres. Ces maîtres ont toujours fait choix de mes pareils Pour les premiers emplois et les secrets conseils : Ils ont mis en nos mains la fortune publique; Ils ont soumis la terre à notre politique; Patrobe, Polyclète, et Narcisse, et Pallas, Ont déposé des rois et donné des États. On nous élève au trône au sortir de nos chaînes; Sous Claude on vit Félix le mari de trois reines : Et, quand l'amour en moi vous présente un éppux, Vous me traitez d'esclave et d'indigne de vous? Madame, en quelque ratig que vous ayez pu naître, C'est beaucoup que d'avoir l'oreille du grand maître. Vinius est consul, el Lacus est préfet; Je ne suis l'un ni l'autre, et suis plus en effet; Et de ces consulats, et de ces préfectures. Je puis quand il me plaît faire des créatures : Çalba m'écoute enfin; et c'est être aujourd'hui. Quoique sans ces grands noms, le premier d'après l'LACIISE. [lui.

Pardonnez donc, seigneur, si je me suis méprise : Mon orgueil dans vos fers n'a rien qui l'autorise. Je viens de me connaître et me vois à mon tour Indigne des honneurs qui suivent votre amour. .\voir brisé ces fers fait un degré de gloire Au-dessus des consuls, des préfets du ])rétoire; Et, si de cet amour je n'ose être le priv. Le respect m'en empêche, et non plus le niiqjris. On m'avait dit pourtant que souvent la nature Gardait en vos iiareils sa première teinture, Que ceux de nos Césars qui les ont écoulés. Ont tous souillé leurs noms par quelques lâchetés. Et que, pour dérober l'empire à celte honte, L"uni\ers a besoin qu'un vrai héros y monte.

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