‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 524 sur 788 · C.iMllXE · texte numérisé non relu

C.iMllXE

■l'ai lâché de répondre à cet amour de père Par un tendre respect qui chérit et révère. Seigneur ; et je vois mieux eneor, par ce grand choix, Et combien vous m'aimez, et combien je vous dois. Je sais ce qu'est Pison et quelle est sa noblesse; Mais, si j'ose à vos yeux montrer quelque faiblesse, (Juelque digne qu'il soit et de Rome et de moi. Je tremble à lui promettre et mon cœur et ma loi; Et j'avouerai, seigneur, que pour mon hyménéc J? crois tenir un peu de Rome où je suis née. Je ne deiuande point la pleine liberté. Puisqu'elle en a mis bas l'intrépide fierté; Mais, si vous m'imposez la pleine servitude. J'y trouverai, comme elle, un joug un peu bien rude. Je .'uis trop ignorante en matière d'État Pour savoir quel doit être un si grand potentat; Mais Rome dans ses murs n'a-t-ellc qu'un seul homme, K'a-l-elle que Pison qui soit digne de Rome? Et dans tous ses Étals n'en saurait-on voir deux Que puissent vos bontés hasarder à mes voîux ?

Néron fit aux vertus une cruelle guerre, S'il en a dépeuplé les trois parts de la terre, El si, pour nous donner de dignes empeieurs, Pison seul avec vous échappe d ses t'ureia's. Il est d'autres héros dans un si vaste empire; 11 en est qu'après vous on se plairait d'élire, 1:^1 qui sauraient mêler, sans vous faire rougir, L'art de gagner les cœurs au grand art de régir. D'une vertu sauvage on craint un dur empire, Souvent on s'en dégoûte au moment qu'on l'admire : Et, puis(iue ce grand choix uic doit faire un époux, 11 serait bon ([u'il eût quelque chose de doux; (Ju'on vit en sa personne également paraître Les grâces d'un amant, et les bauteuis d'un maître, Et qu'il iùl aussi propre à donner de l'amour (ju'à faire ici tremblersous lui toute sa cour. Souvent un peu d a mourdanslescœursdes monarques Accompagne assez bien leurs plus illustres marques. Ce n'est pas qu'après tout je pense à résister; J'aime à vous obéir, seigneur, sans contester; Pour prix d'un sacrifice où mon cœur se dispose, Permettez qu'un époux me doive quelque chose. Pans cette servitude où se plaît mon désir. C'est quelque libellé qu'uu ou deux à choisir.

Votre Pison peut-élre aura de quoi nie plaire Ouand il ne sera plus un mari nécessafre; Et son amour pour iiioi sera plus a.'-suré. S'il voit à quels rivaux je l'aurai préféré.

CAIXA .

Ce long raisonnement dans sa délicatesse .\ vos icndres respects mêle beaucoup d'adresse. Si le refus n'est juste, il est doux et civil. Parlez donc, et sans feinte Ollion vous plairait-il? On me l'a proposé, qu'y trouvez-vous à dire?

L'avez-vous cru d'abord indigne de l'empire. Seigneur?

GALBA

Kon; mais depuis, consultant ma raison.

J'ai trouvé qu'il fallait lui préférer Pison. Sa vertu plus solide et tout inébranlable Kous fera, comme Auguste, un siècle incomparable. Où l'autre, par Nihon dans le vice abîmé. Ramènera ce luxe où sa main l'a formé. Et tous les attentats de l'infâme licence Dont il osa souiller la suprême puissance.

CAJMLLE.

Otbon près d'un tel maître a su se ménager,

Jusqu'à ce que le temps ait pu l'en dégager.

Qui sait faire sa cour se fait aux mœurs du prince;

.Mais il fut tout à soi quand il fut en province;

Et sa haute vertu par d'illustres effets

Y dissipa soudain ces vices contrefaits.

i:iiaque jour a sous vous grossi sa renommée;

Mais Pison n'eut jamais de charge ni d'armée;

Et, comme il a vécu jusqu'ici sans emploi,

On ne sait ce qu'il vaut que sur sa bonne foi.

Je veux croire, en faveur des héros de sa race,'

Qu'il en a les vertus, qu'il en suivra la trace.

Qu'il en égalera les plus illustres noms;

.Mais j'en croirai bien mieux de grandes actions.

Si dans un long exil il a paru sans vice,

La vertu des bannis souvent n'est qu'artifice.

Sans vous avoir servi vous l'avez ramené :

Mais l'autre est le premier qui vous ail couronné;

Dès qu'il vit deux partis, il se rangea du vôtre :

Ainsi l'un vous doit tout, et vous devez à l'autre.

GALBA

Vous prendrez donc le soin de m'acquitter vers Ir.i ; Et, comme pour l'empire il faut un autre appui. Vous croirez que Pison est plus digne de Home; Pour ne plus en douter suflit que je le nomme.

Ci.\MLLE.

Pour Rome et son empire, après vous je le croi ; .Mais je doute si l'autre est moins digne de moi.

GALBA

Doutez-en; un tel doute est bien digne d'une àinc Qui voudrait de Néron revoir le siècle infâme. Et qui,' voyant qu'Othon lui ressemble le mieux...

CAJMLLE.

Choisissez de vous-même, et je ferme les yeux. Que vos seules bontés de tout mon sort ordonnent ; Je me donne en aveugle à qui qu'elles me donnent.

ôbO

OTUON.

Mais, quand vous consultez Lacus ot Mailiaii, Un Opoux iJc leur main nie paraîl un t\ran; Et, si j "ose tout dire en celte conjoncture, .le regarde l'ison comme leur crcalure, Qui, régnant par leur ordre et leur prcMant sa voix, Me forcera nioi-mênie à recevoir leurs lois. ■Je ne veux point dun trône où je sois leur captive. Où leur pouvoir m'encliaine, et, quoi qu'il en arrive, J"aime mieux un mari qui sache être empereur Qu'un mari qui le soit et souffre un gouver]ieur.

CALCA.

Ce n'est pas mon dessein de contraindre les âmes. N'en parlons plus : dans Itome il sera d'autres femmes A qui Pison en vain n'offrira pas sa foi. Votre main est à vous, mais l'empire est à moi.

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