ACTE DEIIXll'ME
Célie, voisine et confidente de Géraste, père de Daphnis, s'efforce de le détourner d'offrir sa fortune t sa main à Florise, sœur de Florame. Vaincue par ies importunités du vieillard amoureux, elle lui dit :
Eli bien, j'en parlerai; mais songez qu'à voire âge 5Iille yecidcnis h'iLlienx suivent le mariage. On aime rarement de si sages époux, Et leur moindre mallieur, c'est d'être un peu jaloux. Convaincus au deilans de leur propre faiblesse, Une ombre leur lait peur, une nioucbe les blesse; Et cet lieureux liymen, qui les cbarm ait si tort. Devient souvent pour eux un fourrier de la mort.
GÉn,\STE.
Excuse, ou, pour le moins, pardonne à ma folie; fjGSOiteu est jeté: va, ma cliiîre Célie, Va trouver la beauté qui me tient sous sa loi; Fiatlc-la de ma pari, promets-lui tout île moi. Uis-lui que, si l'amour d'un vieillard l'importune, l'^lle fait une planche à sa bonne fortune ; Ijue l'excès de mes biens, à lorcc de présenis, Répare la vij;ueur qui manque à mes vieux ans; Qu'il ne lui peut échoir de meilleure aventure.
Ils voient venir Florame et se retirent. — Pendant qu'il rêve à son amour pour Daphnis la suivante le rejoint, et tâche de nouveau de s'en faire aimer; mais Daphnis survient et la congédie pour se trouver seule avec Florame.
Daphnis ])laisanle Florame sur son amour pour Amarante; celui-ci proteste qu'il adore une autre beauté bien plus aimable.
TIAPIISiS,
l.e nom ne s'en dit ])oinl?
FLorvAMK.
.le ris de ces amants Dont le trop de rcspei. t redouble les toui-menls, Et qui, pour les cacher, se taisant violence, Se promettent beaucoup d'un tintide silence. Pour moi, j'ai toujours cru qu'un amour vertueux N'avait point à rougir d'être présonq}lueux. Je veux bien vous nommer le bel œil (pii me dompte...
Il est iirèt à désigner celle (|u'il aime en secret; la suivante arrive pi'éci|iilammi'nt. Da]ilinis invente un autre prétexte pour l'éloigner encore, et invite Florame à compléter sa confidence.
FI.OtiAMn.
Sans al'Iront je la quitte, et lui préfère une autre Dont le mérite égal, le rang pareil au vôtre. L'esprit et les atlrails également pui>sanls, Ne devraient de ma part avoir que de l'encens. Oui, sa perfecîion, comme la votre, extrême, N'a que vous de pareille : en un mot, c'est...
DAPIIXIS.
Jloi-niême ','
interrompt-elle avec l'air de ne voir dans cette déclaration qu'une punition de son indiscrète curiosité; mais Floiauie la presse, la prie de croire à son amour, quand ,\marante survient.
Après avoir continué quelque temps avec Floranir sur un autre ton, Daphnis donne une nouvelle commission à sa suivante; mais, craignant qu'elle ne s lit aussi alerte qu'aux deux précédentes, elle avoue à Florame qu'elle croit à son amour, l'invite à s'éloigner et lui dit :
Florame, je suis fille, et je dépends d'un père.
Demeurée seule quelques instants, Daphnis est rejo'inle par Amarante, qui croyait retrouver Florame; elle reproclie à sa maîtresse do lui enlever fous ses amants; celle-ci l'assure du contraire, et, voyant venir Théante, les laisse ensemble.
Amarante, jugeant que s'il s'apcivoit de l'amour de Daphnis pour Florame, Tliéante empêchera celui-ci de revenir, lui dépeint comme rebutant l'accueil que son ami a reçu.
A l'approche de Danion, elle laisse avec lui l'amant trompé et heureux. — Théante raconte la déconvenue de ce pauvre Florame; mais Damon, qui vient d'apprendre la vérité de Florame lui-même, lui démontre qu'on l'abuse et lui propose d'être son second contre son rival.
Lui disputer un bien oii j'ai si peu de part. Ce serait m'exposer pour quelque autre au hasard ; Le duel est fâcheux, et, quoi qu'il en arrive, De sa possession l'un cl f autre il nous prive ; l'uisque de deux rivaux, l'un mort, l'auti'e s'enfuit, T.mdis que de sa peine un troisième a le fruit. .\ croire son courage en amour on s'abuse ; La valeur d'drdinaire y seit moins que la ruse.
Enfin, ils conviennent qtie le mieux est de tâcher de susciter un duid entre Florame et Clarimond, autre amant de Daphnis.