‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 59 sur 788 · II. r.iiui.ii.ui · texte numérisé non relu

II. r.iiui.ii.ui

V;i Ctiiiiiéiie...

chimkm;.

Otc-inoi cet ol)jol odieux, <Jiii iei)ruch(,' lou crime et ta vie à mes yeux.

D. RODRIGUE

ilegarde-le plutôt pour exciter ta haine, Pour croître ta colère et pour hàlir ma. peine.

cintiÈx£.

il est teint de muii sang.

D. RODRIGUE

Plonge-le dans le iiiiL'ii; 1-1 lais lui perdre ainsi lu teinture du tien.

CIIIMÈSE.

Alil quelle cruauté, qui tout en un jour tue Le père par le fer, la fille par la vue ! Ote-moi cet objet, je ne le puis souffrir : Tu veux que je tVcoute, et tu me fais mourir!

D. RODRIGUE

Je fais ce que tu veux, mais sans quitter l'envie De finir par tes mains ma déplnrable vie; Car eiiliii n'attends pas de mon affection Un lâche repentir d'une bonne action.

L'irréprochable effet dune chaleur trop prompte Déshonorait mon père et me couvrait de honte. Tu sais comme un souftlet touche un homme de cœur; J'avais part à l'affront, j'en ai cherché l'auteur : Je l'ai vu, j'ai vengé mon honneur et mon père; Je le ferais enoor, si j'avais à le faire : Ce n'est pas qu'en effet, contre mon père et moi, Ma flanime assez longtemps n'ait combatlu pour loi; Juge de son pouvoir dans une telle offense : J'ai pu délibérer si j'en prendrais vengeance; Réduit à te déplaire, on souffrir un affront. J'ai pensé qu'à sou luiu- mon bras était trop prompt, le nie suis accusé de trop de violence ; Àl la beauté, sans donte, emportait la balance, A moins que d'opposer ;i tes plus foris appas Qu'un homme sans honneur ne te méritait pas; Que, malgré cette part que j'avais en ton âme, Qui m'aima généreux me haïrait infâme; Qu'écouter Ion amour, obéira sa voix.

C'était m'en rendre indigne et diffamer ton choix. Je te le dis encore, et, quoique j'en soupire. Jusqu'au dernier soupir je veux bien le redire : Je t'ai fait une offense, el j'ai dû m'y porter Pour effacer ma honte el pour te mériter; Mais, quitte envers l'honneur, et quille envers mon C'est maintenant à toi que je viens satisfaire : [père, (J'est pour t'offrir mon sang qu'en ce lieu tu me vois. J'ai fait ce que j'ai dii, je fais ce que je dois. Je sais qu'un père mort t'arme contre mon crime ; Je ne t'ai pas voulu dérober la viclime : Immole avec courage au sang qu'il a pei-du Celui qui met sa gloire à l'avoir répandu.

CUIMÈNE.

Ah! llodrigue! il est vrai, quoique ton ennemie. Je ue te puis blâmer d'avoir fui l'infamie; Et, de quelque façon qu'éclatent mes malheurs,

Je ne t'accnsr poiiil, ji' jih-uri- me? donh'iirs. Je sa!s ce qnr l'honneur, après un tel outrage, l'emaiidait â l'ardi'ur d'un généreux courage : Tu n'as fait le devoir qui' d'un homme de bien; .■^Uiis aussi, le faisant, tu m'as appris le mien. Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire; Elle a vengé ton père et soutenu la gloire : .Même soin me regarde, et j'ai, pour m'aflliger, .'\Ia gloire â sonlenir, el mon père à venger. Hélas! ton inti'rèt ici me désespère.

Si quelque aulre malheur m'avait lavi mon ji^re, .Mon âme aurait trouvé dans le bien de le voir L'unique allégement qu'elle eûl pu recevoir: Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes Quand une main si chère eût essuyé mes larmes. .Mais il me faut te perdre après l'avoir perdu ; Cet effort sur ma llamme à mon honneur est dû; Et cet affreux devoir, dont l'ordre m'assassine, .Me force â travailler moi-même à ta ruine. Car enfin n'attends pas de mon affection De lâches sentiments pour tu punilion.

De quoi qu'en ta faveur notre amour m'entretienne, .Ma générosité doit répondre â la tienne : Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi; ■'e me dois, par ta mort, montrer digne de toi.

D. RODRIGUE

.\e dilïère donc plus ce que l'iumneur l'ordonne. H dénia de ma tète, el je te l'abandonne; l'ais-en un sacrifice â ce noble intérêt; Le coup m'en sera doux aussi bien que l'arrêi. Attendre après mon crime une lente justice. C'est reculer ta gloire autant que mon supplice. Je mourrai trop heureux mourant d'un coup si beau.

CIIIMÈ.\E.

\ a, je suis ta partie, et non pas ton bourreau. Si tu m'offres ta tète, est- ce à moi de la prendre'/ Je la dois attaquer, mais tu dois la défendre; C'est d'un aulre que toi qu'il me faut l'obtenir, I.t je dois te poursuivre, et non pas te punir.

n. RODRIGUE.

Ue quoi qu'en ma faveur notre amour t'entretienne,

l'a générosité doit répondre à la mienne;

l'A, pour venger un père, emprunter d'autres bras.

Ma Chiniène. crois-moi, c'esl n'y répondre pas :

.Ma main seule du mien a su venger l'offense,

Ta main seule du tien doit prendre la vengeance.

rllIMÈNE.

Cruel! à quel propos sur ce point tob>tiner'.' Tu l'es vengé sans aide, et lu m'en veux donner! Je suivrai ton exemple, et j'ai trop de courage l'our souffrir qu'avec toi ma gloire se partage. .Mon p'ie et mon honneur ne veulent rien devoir Aux traits de ton amour ni de ton désespoir.

D. RODRIGUE

Higcureux point d'honneur! hélas! quoique je fasse, Ne pouriaije à la fin obtenir cette grâce? Au nom d'un père niori, ou de mon amitié, Punis-moi ]iar vengeance, ou du moins par pitié. Ton malheureux amant aura bien moins d'' peine

ACrt; III, SCK.NL VI.

A mourir \<;\r l;i iiiiiiii qu'à vImc avec la liaiu'j.

CIUMÈNIi.

Va, je ne te liais point.

D. nomuGUE.

Tu le dois.

CÊMVÈNi;.

Je ne puis.

D. RonniGLi;.

Crains-tu si peu le blâme, et si peu les faux bruits? (Juand on saura mon crime, et que ta llamme dure, One ne publieront point l'envie et l'imposture! Force-les au silence, et, sans plus discourir, Sauve ta renommée en me faisant mourir.

CIUMÈNE.

Elle éclate bien mieux en te laissant la vie; lit je veux que la voix de la plus noire envie Elève au ciel ma gloire et plaigne mes ennuis, Sachant que je t'adore et^que je te poursuis. Va-t'en, ne montre plus à ma douleur extrême Ce qu'il faut que je perde, encore que je l'aime. I>ans l'ombre de la nuit cache bien ton départ; Si l'on le voit sortir, mon honneur court hasard. La seule occasion qu'aura la médisance.

C'est de savoir qu'ici j'ai souffert ta présence : Ne lui donne point lieu d'attaquer ma vertu.

ri. r.uniiicuE.

(Jue je meure !...

ClilJlÈ.NE.

Va-t'en.

D. BUDRIGIE.

A quoi te résous-tu'/

CHIMËNE.

Malgré des feux si beaux qui troublent ma colère, .le ferai mon ])ossible à bien venger mon père; Mais, maigri' la rigueur d'un si cruel devoir, Jlon unique souhait est de ne rien pouvoir.

D. RODRIGUE

U miracle d'amour!

CIIIMÈXE.

0 comble de misères!

n. RODRIGUE.

(Jue de maux et de pleurs nous coûteront uospèi'es!

CIIIMÈXE.

Rodrigue, qui l'eût cru...

D. RODRIGUE

Chimène. qui l'eût dit...

CIIIMÈISE.

(Jui' notre heur fut si proche et sitôt se perdit .'

D. RODRIGUE

Et que si près du port, contre toute apparence, Un orage si prompt brisât notre espérance?

CUI.VÈ.\E.

Ah! mortelles douleurs!

D. RODRIGUE

Ah 1 regrets superflus !

ClIIMÈNE.

Va-l'en, encore un coup, je ne l'écoute jilns.

D. ROIiRIClE.

Adieu : je vais traîner une mourante vie,

Tant (|ue par l.i ])oiirsnite elle me soit ravie.

CIIISIÈNE.

Si j'en obtiens l'effet, je t'engage ma foi De ne respirer pas un moment après loi. Adieu; sors, et surtout garde bien qu'on te voie.

ELVIRE

Madame, quelques maux que le ciel nous envoie...

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