‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 60 sur 788 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

D. DIÈGIE.

Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse : Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse; Toujours quelques soucis en ces événements Troublent la pureté de nos contentements. Au milieu du bonheur mon âme en sent l'atteinte; Je nage dans la joie, et je tremble de crainte. J'ai vu mort reniiemi qui m'avait outragé; Et je ne saurais voir la main qui m'a vengé. En vain je m'y travaille, et d'un soin inutile, Tout cassé que je suis, je cours toute la ville : Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur. A toute heure, en tous lieux, dans une nuit si sombre, Je pense l'embrasser, et n'embrasse qu'une ombre; Et mon amour, déçu par cet objet trompeur, Se forme des soupçons qui redoublent ma peur. Je ne découvre point de marques de sa fuite; Je crains du comte mort lesainis et la suite; Leur nombre m'épouvante et confond ma raison, liodrigne ne vit plus, ou respire en prison. Justes cieux! me trompé-je encore à l'apparence, Ou si je vois enlin mon unique espérance! C'est lui, n'en doutons plus; mes vœux sont exaucés, Ma crainte est dissipée, et mes ennuis cessés.

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