ACTE TP.OIS'.EME
Isabelle en pleurs et son père Géronte viennent occuper la scène. Celui-ci lui ordonne d'apaiser ses soupirs; car, dit-il,
Je sais ce qu'il vous faut beaucoup mieux que vous même Vous dédaignez .\drasle à cause que je l'aime... Quoi ! manque-t-il de bien, de cœur ou de noblesse? Kn est-ce le visa.;e ou l'esprit qui vous blesse? 11 vous fait trop d'honneur.
ISABELLE
Je sais qu'il cstparfait.
Et que je réponds mal à l'honneur qu'il iflfe' fait; Mais, si votre bonté me permet en'ma cause. Pour me justifier, de dire quelque chose. Par un secret instinct que je ne puis nommer. J'en lais beaucoup d'état, et ne le puis aimer. .Souvent je ne sais quoi que le ciel nous inspire Soulève tout le cœur contre ce qu'on désire, l'A ne nous l.iisse pas en état d'obéir Quand on choisit pour nous ce qu'il nous fatifliaïr. Il attache ici-bas avec des sympathies Les âmes que son ordre a la-haut assorties : On n'en saurait unir sans ses avis secrets, El cette chaîne manque où manquent ses décrets. Aller contre les lois de cette providence, C'est la prendre à partie cl blâmer sa prudence. L'attaquer en rebelle el s'exposer aux coups Des plus âpres malheurs qui suivent son courroux.
GÉRONTE
Insolente! est ce ainsi que l'on sejuslilie? Quel maître vous apprend cette philosophie? Vous en savez beauctuip; mais tout votre savoii Ke m'empêchera point d'usci^dc mon pouvoir... Après tout, je le veux ; cédez à ma puissance.
HADELIE.
Failes un aulre essai de mon obéissance.
CÉROME.
Ne me répliquez plus quail j'ai dit : Je le veux. lionlrez ; c'csldésormais trop contcslcr nous deux. ..
(Seul )
Qu'à présent la jeunesse a d'étranges niinies! Les régies du devoir lui sont des lyr.iunics. Kt les droils les plus sainis deviennent inipuissanis Contre celle (ierlé qai l'allache à son sens. Telle est rinnneur du sexe : il aime à contredire, lîejetle obstinément le joug île notre empire, Ne suit que son caprice en ses alTections, Et n'est jamais d'accord de nos élections.
Arrive Malainorc, qui expose à Clindor ses projels rnntre les Tartares. (iéroiite lui répond qu'il ne lui accordera point sa fille, di'lt-i! la couronner reiiu'; pour coujjer courl à ses sorneltes,
l.a sottise ne plail (|u'alors qu'elle est nouvelle,
dit-il. et il finit par lui interdire l'entrée de sa maison, car
llien que je ne sois pas de ceux qui vous liaïsscnl, J'ai le sang ini peu cliaud et mes gensm'obéissent.
lîedotitiant l'erfet des menaces de Géronte, Matamore n'ose aller voir sa belle, même pendant l'absence du père, et en donne pour raison à Clindor, qui le lui propose, qu'il se \ errait obligé de tirer son sabre contre les valets, et qu'alors
les feux qu'il jette, en sortant de prison,
Auraien'. en un moment embrasé la maison, llévoré loul à l'heure ardoises et gouttières, Faites, laites, chevrons, moulants, courbes, filières, Entre-toises, sommiers, colonnes, soliveaux, . l'annes-soles, appuis, jambages, Iraveleaux, Porles, grilles, verrous, serrures, tuiles, pierres, l'iomb, ter, plâtre, ciment, peinture, marbre, verres, Caves, puils, cours, perrons, salles, chambres, greniers, OliUce, cabinets, terrasses, escaliers.
Cela dit, et pour plus de sûi;elé, il se lu'ite de quitter la place.
I.yse vient faire à Cliudor des agaceries auxquelles celui-ci repond par des protestations d'amour; la soubrette n'y ajoute aucune foi, sachant qu'il fait la cour à Isabelle.
CUNDOR.