‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 617 sur 788 · J. CASTE · texte numérisé non relu

J. CASTE

Eli bien, soyez mon lils puisque vous voulez l'être; Mais donnez-moi la marque où je dois le connaiire. Vous n êtes (loinl ce lils, si vous n'êtes méclianl ; , l.e ciel sur sa naissance imprima ce peiicbant : J'en voîs quelque partie en ce désir inceste ; . Mais pour ne plus douter vous chargez-vous du reste? r.tes-voiis l'assassin et (Pbn père et d'un roi?

THÉSÉE

Ml! iiiadamc, ce mol me l'ait pâlir d'effroi.

jocASir.

C'était là (te mon lils h noire destinée; Sa vie. à ces foil'ails par^o ciel conjauiiice, N'a pu se dégager de cet astre onnemi. Ni de son ascendant s'échapper à demi.

^-i ce lils vit encre, il a tué son père ; C'en est l'indubilable et le seul caiaclère, Kl le ciel, qui prit soin de iiQUSCn avcçlir, l.a dit triq) liauleiiienl pour se voir déineiitir. Sa mort seule pouvait le dér#er an crhne.

Prince, renoncez donc^ toiile votre esliiue : Dites que vos vertus sont crimes déguisés; Itecevez tout le sort que vous vous imposez; Kt, pour remplir un nom dont vous êtes avide. Acceptez ceux d'ince-lc d de lils parricide. J'en croirai ces téinmiis que le ciel m\i prescrits, Kl ne puis vous donner mou aveu ifé-à ce prix.

THÉSÉi:^

Quoi ! la nécessilé des vcr^s el des vices li'un .-.sire imp'rieux d<*it- suivre les caprices,

EXAMEN ANALYTIQUE

Kl riiomiiic sur soi-même a si peu de cn'ilit. (Jii'il ilcvient scûlrnil quand Delphes l'a piL-dll!.. . Ue toute !a vertu sur la terre épjndue 'l'oul le.prix à ces dieux, toute la gloire e>l due; Ils ngissciU en nous quand nous pensons agir, Alors qu'on di'dibère on ne fait qu'obéir : Kt notre volonté n'aime, liait, cherche, évite, Que suivant que d'en haut leur hras la précipite.

D'un tel aveuglement daignez me dispenser. I.c ciel, juste à punir, juste à récompenser, l'i'ur rendre anx actinns leur peine ou leur salaire, Doit nous olfrirson aiite, et puis nous laisser l'aire. N'enfonçons toutefois ni votre œil ni le mien^; Dans ce profond abîme où nous ne voyons rieu. Delphes a pu vous laire'une fausse réponse; L'argent peut inspirer la voix qui les prononce : Cet organe des dieux put se laisser gagner A ceux que leur naissance éloignait de régner; Et par tous les climats on n'a que trop d'exemples ^ Qu'il est, ainsi qu'ailleurs, des méchants dans les tettfples.

Sa main, finit-il par déclarer, ne s'est jamais souillée d "lia tel forfait; il n'a même jamais vu les lieux ([ui en ont été le tiiéàlre: il faut donc attendre Phorbas pour expliquer ce mystère.

' ACTE QUATRIÈ.ME

Thésée dit à Dircé que, s'il a voulu passer pour le fils de La'Uis, c'était aiin de marcher pour elle ;\ la mort : il la prie de garder le secret.

Jocaste apprend à Thésée que Phorbas, qu'elle vient d'interroger, se rappelle parfaitement les traits de Thoinme à qui il remit l'enfant destiné à périr sur le mont Cithéron. Elle doute si Thésée est son fils; mais Phorbas va lui dire s'il ne serait pas celiii qui, dans un défilé de la Phocide, attaqua le roi et ses deux cofiipagnons.

THÉSÉE

Le crime n'est pis grand, s'il fut seul contre trois : Mais jamais sans forfait on ne s'en prdhd aux rois. . .

Phorbas arrive : il connaît l'assassin d* La'ius, et ce n'est point Thésée. Vivement pressé par la reine, il lui demande ce qu'elle dirait si le meurtrier de son premier époux était une des personnes qui lui sont le plus chères.

0:idipe entre : il se rappelle d'avoir rencontré Phorbas, e'nviron vingt ans"auparavant, dans la Phocide, accompagné de deux hommes armés qu'il mit à mort. Il trace avec une orgueilleuse joie le portrait des prétendus brigands, dans lesquels Jocaste reconnaît avec épouvante et La'ius et iMcandre, un de ses officiers. — Thésée sort en menaçant OSdipe de venger sur lui la mort deXa'ius.

Jocaste reste en proie à mille sentiments opposés qui la déchirent.

Page 1