‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 622 sur 788 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Mérétule, confident de Massinisse, lui dit que cette union lui a gagné tous les cœurs des Numides. — Éryxe, aff'ctant malgré son dépit une adroite modération, ne blâme Massinisse que parce que les Romains refuseront d'approuver sa condnite.

Ce grand titre de roi, que seul je considère. Étend sur moi l'affront qu'en vous ils vont lui faire; tilt rien ici n'échappe à ma trinquillité (Jue par les intérêts de notre dignité, li.ins votre peu de foi c'est tout ce qui me blesse. Vous allez hautement montrer notre faiblesse, Hévoiler notre honte, et faire voir à tous Ijuels fantômes d'État on fait régner en nous. O.ii, vous allez forcer nos peuples de connaître Iju'ils n'ont que le sénat pour véritable maître, là que ceux qu'avec pompe ils ont vu couronner Eu re(;oivent les lois qu'ils semblent leur donner. C'est là mon déplaisir. Si je n'étais pas reine. Ce que je perds en vous me ferait peu de peiitf; Mais je ne puis soufirir qu'un si dangereux choix Détruise en un moment ce peu qui reste aux rois,

EXAMlilN A^ALVnijL:!-.

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Va iin'en un si ^r-inil cœur rirnpiiissanco de l'clrc Ait niûnn^û si nul l'honneur de le pnrjilre.

Sophonisbc paraît. La scène entre les doux reines ressi'iiilile à celle du second acte; niais celle fois Soplionisbe l'a emporté, et sa rivale sort après avoir appnyé fortement sur le désaveu de Rome.

Sophonishe, qui craint d'être conduite caplivc au Capitule, presse Massinisse d'aller trouver Lajlius.

Afin que vos lauriers me sauvent du tonnerre, Allez aux dieux du ciel joindre cCux de la terre. Mais que nous veut Sypii.ix que ce Romain coniluit?

s"interronipt-elle en voyant entrer Sypliax. Massinisse sorlen recnniinandnntà Sophonisl)c de coi]i|uirer la position du vainqueur avec celle du vaincu; à quoi elle répond-:

Je sais ce que je suis et ce que je dois faire, Et prends pour seul objet ma gloire à salisl'aire.

Sypliax, qui ignore loule l'étendue de son malheur, el que trompent ces dernières paroles, la remercie en ces termes :

Madame, à cet excès de générosité

Je n'ai presque plus d'yeus pour ma captivité ;

Et, malgré de mon sort la disgrâce éclalante,

Je suis encore heureux quand je vous vois constante.

Un rival triomphant veut place en voire cœur, El vous osez pour moi dédaigner ce vainqueur' Vous piélérez mes lers à tonte sa victoire, Et savez hauleujent soulonir votre gloire! Je ne vous dirai point aussi que vos conseils 51'ont fait choir de ce rang si cher à nos pareils, r<i que pour les Romains votre haine implacable A rendu ma déroule â jamais déplorable, ruisque en vain Massinisse altatpic votre foi, Je règne dans votre àme, el c'est assez pour moi

SOniOMSLE.

Ma gloire est d'éviter les fers que vous poricz, D'é\iter le triomphe où vous vous suutucltez ; Ma naissance ne voit que cette honte à craindre. Enfin ilélr'on;pez-vous, il siérait mal de i'ciudrc : Je suis à Massinisse, et le peuple en ces lieux Vient de voir notre hymen à la face des dieux ; Nous sortons de leur temple.

svruAX.

Ah! que m'osez- vous dire?

50P110SISLE.

One Rome sur mes jours n'aura jamais d'empire : J'ai su m'en affranchir par une autre union, Et vous suivrez sans moi le char de Scipion.

Aux jusl-es reproches de Syphax elle répond avec une indifférence accablante, puis le quille en lui adressant le plus dur adieu. — Lépide donne au désolé Syphax quelque espoir que cet hymen sera rompu par le sénat.

Quuil prendre tant de soins d'adoucir ma misère! Lépide, il n'appartient qu'à de vrais généreux D'avoir celte pitié des princes malheureux : Autres que les Romains n'en chercheraient la gloire.

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