DES FABLES DANS LA POÉSIE
(Imit'î Ju latin de S.iuinuil.
Qii"on fait criiijure à l'art de lui voler la Fable ! C'est interdire aux vers ce qu'ils ont d'aj^a-éable. Anéantir leur pompe, éteindre leur vigueur, Et hasarder la muse à si'cher de lanfi'ueur. 0 vous qui prétendez qu'à force d'injusiices Le vieil usage cède à de nouveaux eapriccs, Donnez-uous par pitié du moins quelques beautés Qui puissent remplacer ce que vous nous otez, Et ne vous livrez pas aux tons mélancoliques D'un style estropié par de vaines critiques?
Quoil bannir des enfers Proserpine et Plulon: Dire loujonrs le diable, et jamais Aleclon! Sacrilier llécale et Diane à la lune, Et dans son propre seiit noyer le vieux Neptune! Un berger cbantera ses déplaisirs secrets Sans que la triste Écho répète ses regrets ! Les bois autour de lui n'auront point de Dryades! L'air sera sans Zéphyrs, les fleuves sans Na'iades! Et par nos délicats les Faujies assommés Rentreront au néant dont on les a formés!
Pourras-tu, dieu des vers, endurer ce blasphème, Toi qui fis tous ces dieux, qui fis .kipiter même'.' Pourras-tu respecter ces nouveaux souverains Jusqu'à laisser périr l'ouvrage de tes mains'?
Oh ! digne de périr, si jamais tu l'endures.
D'un si mortel affront sauve tes créatures : Confonds leurs ennemis, insulte à leurs tyrans, Fais-nous, en dépit d'eux, garder nospremiers rangs. Et, retirant ton feu de leurs veines glacées, Laisse leurs vers sans force, et leurs rimes forcées. La Fable en nos écrits, disent-ils, n'est pas bien; La gloire des pa'iens déshonore un chrétien". L'Église toutefois, que l'Esprit-Saint gouverne. Dans ses hymnes sacrés nous chante encor l'Averne, Et par le vieil abus le Tarlare inventé N'y déshonore point un Dieu ressuscité : Ces rigides censeurs ont-ils phis d'e?pril qu'elle'/ Et font-ils dans l'Eglise une église nouvelle'.' Quittons cet avantage, et ne confondons pas Avec des droits si saints de profanes appas. L'œil se peut-il fixer sur la Vérité nue'/ Elle a trop de brillant pour arrêter la vue, Et, telle qu'un éclair qui ne fait qu'éblouir. Elle échappe aussitôt qu'on présume en jouir; La Fable, qui la couvre, allume, presse, irrite L'ingénieuse ardeur d'en voir tout le mérite : L''art d'en montrer le prix consiste à le cacher. Et sa beauté redouble à se faire chercher.
Otez Pan et sa flûte, adieu les pâturages; Otez Pomone et Flore, adieu les jardinages; Des roses et des lis le plus superbe éclat, Sans la Fable, en nos vers, n'aura rien que de plat.
' Boileau a dil il.iiis \'.\tt jwitiijlif :
he la foi d'im eliréiien les iiivslL'res terrible^ D'urnements t-gayC-s ne sont point suïceptil)!e3.
POÉSIES DlVEnSES.
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(,' '.iiii y iiii^^Mi' en s:ivant une planic nourrie l'os impure'^ vapeurs dune terre pourrie, le p'irirait plaira-t-il, s"il n"a pour agroinenl Los larmes d'iiiie amante ou le sang d'un amant? <Ju aura de beau la guerre, à moi nsqu'on n'y crayonne, loi lo char de .Mars, là celui de l!elli)ne; Uue la Victoire vole, et que les grands exploits Soient porlosen tous lieux par la Nynipheàcentvoix.
(Ju'ont la terre et la mer, si l'on n'ose décrire Ce qu'il faut de Tritons à pousser un navire, Ol empire qu'Éole a sur les tourbillons. Dacchus sur les coteaux, Céres sur les sillons? Tous ces vieux ornements, traitez-les d'antiquailles; -Moi, si jamais je peins Saint-tlermain et Versailles, Les Nymplies, malgré vous, danseront tout autour; Cent demi-dieux follets leur parleront d'amour; Uu Satyre caché les brusques échappées Dans les bras des Sylvains feront fuir les iVapées; Et, si je fais baller pour l'un de ces beaux lieux, J'y ferai malgré vous trépigner tous les dieux.
Vous donc, encore un coup, troupe docte et choisie, 'lui nous forgez des lois à votre fantaisie, Puissiez-vous à jamais adorer celle erreur fjui pour tant de beautés inspire tant d'horreur, .Nous laisser à jamais ces charmes en partage. Oui portent les grands noms au delà de notre àgc 1 (■^t, si le vôtre atteint quelque postérité, l'uisso-t-il n'y traîner qu"un vers décrédité!