‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 673 sur 788 · PANS L'ACADÉMIE ROYALE DES INSCRH'TIONS ET BELLES -LETTUES · texte numérisé non relu

PANS L'ACADÉMIE ROYALE DES INSCRH'TIONS ET BELLES -LETTUES

A LA KENTliKE PUBLIQIE D'AI'FÈe PAQUtS, 17 10.

Thomas Corneille naquit à Rouen, le 20 août 1625, de Pierre Corneille, avocat du roi à la table de marbre, et de Marihe le Pesant, fille d'un maître des comptes, de qui sont aussi descendus MM. le Pesant de llois-Guilbert. dont l'un est conseiller en la grandchambre du parlement de Houeii; l'autre, lieutenant-général et président au présidial de la même ville.

Le jeune Corneille fit ses classes aux Jésuites; et il y a apparence qu'il les fit bien. Ce que Ton en sait de plus particulier, c'est qu'étant en rhétorique il composa en vers latins une pièce que son régent trouvasi fort à son gré, qu'il l'adopta, et la substitua à celle qu'il devait faire représenter par ses écoliers pour la distribution dis prix de l'année, truand il eut fini ses éludes, il vint à Paris, où l'exemple de Pierre Corneille, son frère aîné, le tourna du côté du théâtre; exemple qui, pour être suivi, demandait une allinité de génie que les liaisons du sang ne donnent point, et que l'on ne compte guère entre les titres de famille.

Son début fut heureux, et Timocrnie, une de ses premières tragédies, eut un si grand succès, qu'on la joua de suite pendant six mois. Le roi vint exprès au .Marais pour en voir la représentation; et le zèle de quelques amis de M. Corneille alla jusqu'à lui vouloir persuader d'en rester là, coiiune s'il n'y avait eu rien à ajoutera la gloire qu'il avait acquise, ou qu'on eût beaucoup risqué à la vouloir soutenir par de nouvelles productions. Mais Laodke, Caii,ma, Darius, Amiibul et Slilico'i, qu'il donna ensuite, ne reçurent pas moins d'applaudissements que Ti7norrate, et ce fut sans doute avec justice, puisque Pierre Corneille lui-même disait qu'il aurait voulu les avoir faites. 11 n'y avait alors que M. Corneille dont nous parlons qui put mériter la jalousie de son frère, et il n'y avait peut-être que ce frère qui fût assei généreux pour l'avouer.

De ce tragique sublime, M. Corneille passa à des caractères qui, plus naturels, ou plus à la portée de nos mœurs, quoique toujours héro'iques, n'avaient cependant pas encore été placés sur la scène française. Ariane et le Comte d'Es'cx, écrits dans ce goût, enlevèrent tous les suffrages dès qu'ils parurent; et le public, que l'on accuse de se rétracter si aisément, ne s'est pas même refroidi après trente à quarante ans dexamen. Ariane et le Comle d'Essex sont toujours demandés; on en sait les plus beaux endroits par cœur; ils plaisent comme s'ils avaient le mérite de la nouveauté; on y verse des larmes comme s'ils avaient encore l'avantage de la surprise.

Le comique prit aussi des beautés singulières entre les m;iins de .M. Corneille; il commença par mettre au théâtre quantité de pièces espagnoles dont on ne croyait pas qu'il fût possible de conserver l'esprit et le sel, si l'on voulait les dégager des licences et des fictions qui leur sont particulières et que notre scène n'admet point. De ce comique ingénieux, mais outré, il a su, dans l'Inconnu et dans plusieurs autres pièces, revenir à un comique simple, instructif et gracieux qui lésa déjà presque fait survivre au siècle qui lésa vues naître.

11 s'exerça encore à la poésie chantante; et nous avons de lui trois opéras qui ne le cèdent à aucun ouvrage de ce genre.

Les OEuvrcs dramatiques de Corneille sont imprimées en recueil, suivant l'ordre des temps. On en a fait plusieurs éditions à Paris, en province et dans les pays étrangers. Celles de Paris sont des an nées 1682, 1692, 1709; cette dernière, qui est la plus exacte, est aussi la plus ample : mais elle le seiait bien davantage si Corneille y avait voulu jiiindre tout ce qu'on sait qu'il a fait paraître sous d'autres noms. Ce recueil ne laisse pas d'être immense, et le cours d'une aussi longue vie que la sienne

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i:i.OGE DE TU. CORNEILLE.

semble à peine y avoir pu suffire. (Juaranlc pièces de lliéàtre au inoijis n'ont cependant cMiporlcqu'iine petite partie de son temps; et, ce qui est peut-être encore plus heureux, il n'y a presque donné que celui de sa jeunesse.

La tradiuiiiin de quelques livres des Mctumorplioses et des Épitrcs liéroviuex d'Ovide venait d'acquérir à M. Corneille ce qui lui restait à prétendre des honneurs de la poésie, quand il perdit son illustre frère, le grand Corneille'; car pourquoi ne le nonmierions-nous pas avec le public le grand Corneille, dans l'éloge d'un frère qui s'était luimême fait une douce habitude de l'appeler ainsi?

La mort d'un frère, quand elle n'est pas prématurée, ne touche la plupart des hommes que par un triste retour sur eux-mêmes. Ils mesurent l'intervalle, ils supputent les moments qu'ils croient leur rester : ce calcul les effraye, et la nature, qui suit toujours ses faiblesses, mais qui est souvent habile à les couvrir, met sur le compte de la tendresse une douleur causée par l'aniour-propre. 11 n'en était pas ainsi de ceux dont nous parlons. Outre que Pierre Corneille était de vingt ans plus âgé que son frère, il y avait entre eux. la plus parfaite union que l'on puisse imaginer, union qui les a quelquefois confondus aux yeux de leurs contemporains, et qui imposera d'autant plus à la postérité, qu'elle aura de nouveaux sujets de s'y méprendre.

Une estime réciproque, des inclinations et des travaux à peu près semblables, les engagements de la fortune, ceux même du hasard, tout semblait avoir concouru à les unir. Nous en rapporterons un exemple qui paraîtra peut-être singulier. Ils avaient épousé les deux sœurs, en qui il se trouvait la même différence d'âge qui était entre eux. Il y avait des enfanis de part et d'autre et en pareil nombre. t;e n'était qu'une même maison, qu'un même domestique. Enfin, après plus de vingt-cinq ans de mariage; les deux frères n'avaient pas encore songé à faire le partage des biens de leurs femmes, biens situés en Normandie, dont elles étaient originaires comme eux; et ce partage ne fut fait que par une nécessité indispensable à la mort de Pierre Corneille.

L'Académie française, à qui la perle de ce grand liomnie fut également sensible, crut ne la pouvoir mieux réparer que par le choix d'un frère qui lui était cher, et qui marchait glorieusement sur ses traces. On eut dit qu'il s'agissait d'une succession qui ne regardait que lui. Il fut élu tout d'une voix, et cet honneur, qui semblait achever le parallèle des deux frères, fut seul capable de suspendre les larmes de M. Corneille. On ne peut marquer plus de reconnaissance, ni la marquer plus éloquemment qu'il le fit dans le discours qu'il prononça le jour de sa réception. Mais ce qui relève infiniment le mérite de cette journée, c'est la manière dont M. Racine, alors directeur de l'Académie, répondit à ce discours. Après avoir déci'it cette eâpèce de chaos où

' Il mcurul cl.nis la nuit du 30 sf plembix- au 1" ocloljrc lOSl, -i soi\auLe-(lix-lmit ans.

se trouvait le poème dramatique quand M. Corneille l'aîné, à force de lutter contre le mauvais goût de son temps, ramena enfin la raison sur la scène, et l'y fit paraître accompagnée de toute la pompe et de tous les ornements dont elle l'iait susceptible, il dit, en s'adressant au nouvel académicien : o Vous auriez \m bien mieux que moi, monsieur, lui rendre les justes honneurs qu'il ujériie, si vous n'eussiez apl>réliendé qu'en faisant l'éloge d'un frère avec qui vous avez tant de conformité il ne semblât que vous fissiez votre propre éloge. » 11 ajoute que u c'est une si heureuse conformité qui lui a concilié toutes les voix pour remplir sa place et pour rendre à l'Académie, avec le même nom, le même esprit, le même enthousiasme, la même modestie et les mêmes vertus. » Quel poids ces paroles n'avaient-elles point dans la bnuelie de M. Racine! 11 parlait de ses rivaux.

L'utilité pubfique devint alors l'objet particulii'r des travaux de .M. Corneille. Il entreprit de donner une nouvelle édition des Remarques de Vaiigeliia avec des notes qui faciliteraient l'intelligenco de chaque article, et qui expliqueraient les changements arrivés dans la langue depuis que ces remarques avaient été faites.

L'ouvrage parut en 2 vol. in-12, au commencement de l'année 1087; et M. Corneille, qui jusquelà n'avait peut-être passé que pour poète, fut bientôt reconnu pour un excellent grammairien. On admira surtout comment un homme qui s'était exercé toute sa vie sur des sujets pompeux ou amusants, et qui les avait toujours traités avec une certaine facilité qui faisait le principal caractère de son esprit, était entré tout d'un coup, et avec tant de précision, dans re détail épineux de particules et de constructions, que l'on peut en quelque sorte appeler l'anatomie du langage.

l.e succès de cette entreprise le conduisit à quelque chose de plus grand. L'Académie française faisait imprimer son Dictionnaire, où elle n'avait pas jugé à propos de rapporter les termes des arts et des sciences, qui, quoique plus ignorés que les simples termes de la langue, demandaient au fond une discussion qui était moins de son objet. M. Corneille se chargea d'en faire un dictionnaire particulier, en manière de supplément, et y travailla avec une telle assiduité, qu'il parut en 1091, en même temps que celui de l'Académie, quoiqu'il fût tle même en 2 vol. in-fol. Le public les a reçus avec une égale reconnaissance; et, les mettant toujours à la suite l'un de l'autre, il s'explique assez en faveur de M. Corneille pour nous dispenser d'en dire davantage.

Trois ans après, c'est-à-dire en 10'I7, il donna une traduction en vei's des quinze livres des Mclamorphoses, dont il n'avait autrefois publié que les six premiers. De tous les ouvrages qui nous restent des anciens poëies, il n'y en a point dont la matière soit plus diversifiée et dont l'utilité soit plus connue : aussi presque toutes les nations se sont empressées à le traduire; les Grecs même n'ont pas dédaigné de le mettre en vers dans leur langue ; mais Ovide, qui s'arrêl'' ""nlontiers sur les endroits de la Fable qui

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