‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 674 sur 788 · ELOGE DE TH. CORNEILLE · texte numérisé non relu

ELOGE DE TH. CORNEILLE

présentent des images riantes à la poésie, pnsse légèrement sur be.iuroup de rirconslances que personne peut-être n'ignorait de son temps, et que Irês-peu de gens savent aujourd'hui.

M. Corneille y a suppléé par le commentaire du monde le plus iîigénieux; il a inséré dans ces sortes d'endroits quelques vers surnuméraires, qui, répandant un nouveau jour sur la fable, en continuent si bien le sens, qu'on a peine à s'apercevoir qu'ils y soient ajoutés. C'est là le premier avanlago : voici le second. Ces vers sont imprimés d'un caraclère différent, et on peut les passer sans interrompre la liaison naturelle de ce qui précède et de ce qui suit. Ainsi il y a des notes pour ceux qui en ont besoin ; c'est une traduction simple pour les autres, et un agrément particulier pour tous.

Quand il plut au roi d'augmenter par un nouveau règlement r.\cadémie des inscriptions, M ('orneille y fut appelé comme un sujet des plus utiles et des plus zélés : il l'était en effet. Son âge déjà fort avancé ne rempécbait point de se rendre Irès-régulièrement aux assemblées. Il perdit la vue bientôt après; mais cet accident si fâcheux ne diminua rien de San assiduité. D'autres infirmités succédant insensiblement à la perte de ses yeux, on le déchargea des travaux de l'.Académie, dont l'entrée, droit de suffrage, et toutes les autres prérogatives lui furent conservées sous le titre de vétéran.

-M. Corneille, tout aveugle qu'il était, et accablé sous le poids des années, ne laissa pas de faire encore d'heureux efforts en faveur du public. 11 lui donna d'abord les nouvelles observations de r.\cadémie française sur Vuiigclas. qu'il avait exactement recueillies. Il mit ensuite sous la presse son grand Diclionnuire géographique, qui l'occupait depuis quinze ans, et qui n'a été achevé d'imprimer qu'un an avant sa mort. Ce recueil, qui est en trois volumes in-folio, est le plus ampL^ que nous avons en ce genre. Il contient non-seulement une infinité d'articles que l'on chercherait en vain dans les autres dictionnaires; mais on y trouve de plus, dans les articles communs, des circonstances et des particularités qui, les rendant beaucoup plus étendus, les rendent beaucoup plus curieux. Il en corrigea

lui-même toutes les épreuves; il avait dressé exprès un lecteur, dont il s'était rendu la prononciation si familière, qu'à l'entendre lire il jugeait parfaitement des moindres fautes qui s'étaieui glissées dans la ponctuation ou dans l'orthographe.

Dès que l'impression de cet ouvrage fut achevée, M. Corneille se retira à Andelys, petite ville de Normandie, où il avait du bien. Il y mourut la nuit du 8 au 9 du mois de décembre dernier 1709, âgé de quatre-vingt-quatre ans trois mois et quelques jours'.

Il avait joui toute sa vie, si l'on en excepte les cinq ou sis dernières années, d'une santé égale et robuste, malgré son application continuelle au travail. Il est vrai que pei-soiine ne travaillait avec tiint de facilité. On dit qu'Ariane, sa tragédie favorite, ne lui avait coûté que dix-sept jours, et qu'il n'en avait donné que vingt-deux à quelques autres. Il était d'une conversation aisée, ses expressions vives et naturelles la rendaient légère sur quelque sujet qu'elle roulât. 11 avait conservé une politesse surprenante jusque dans ses derniers temps, où l'âge sejublait devoir l'affranchir de beaucoup d'attentior.s; et à cette politesse il joignait' un cœur tendre qui se livrait aisément à ceux qu'il sentait être du même caractère.

Pé:;étré des vérités de la religion, il en remplissait les devoirs avec la dernière exactitude, mais sans aucune affectation. Très-sincèrement modeste, il n'avait jamais voulu profiler des occasions favorables de se montrer à la cour, ni chez les grands; et toujours en)pre5sé à louer le mérite d'autrui, on J'a vu plusieui-s fois se dérober aux applaudissements que le sien lui attirait. 11 aimait sur toutes choses une vie tranquille, quelque obscure qu'elle pût être, bienfaisant d'ailleui-s, généreux, libéral même dans la plus médiocre fortune. Tous ceux qui l'ont connu le regrettent, comme si la mort leùt enlevé à la fleur de son âge; car la vertu ne vieillit point.

' Il laissa une lillc, qui épousa ÎI. de Marsilly, e.l m\ fils nomme François, donl la lillc f.it maiiî'e avec le comte de la lour du Pin.

.'i.N Dr L Li.or.F- nn tu

ARIANE

TRAGÉDIE EN CINO ACTES

PERSONNAGES

ŒXARL'S, roi de iNaxo.

THÉSÉE, lils dVEgée, roi d'Allicnes.

1>1R1T1I01IS. fils dlsion, roi îles Lapiilics.

ARlAKE, lille (lo Minos, roi de Cièle.

PHÈUliE, sœur il'Ariane.

KERIÎSE, confidenle d'Ariane.

ARCAS, Naxian, conlidcnl d'Œnarus.

La scène est dans l'ile de Naxe.

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