‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 700 sur 788 · PHÈDRE, THÉSÉE · texte numérisé non relu

PHÈDRE, THÉSÉE

THÉSÉE

Le ciel'à mon amour serait-il favorable Jusqu'à rendre sitôt Ariane exorable'

iMadame, quel bonheur qu'après tant de soupirs .le jiu.^se sans contrainte expliquer mes désirs, \'iius peindre en liberté ce que pour vous m'inspire...

l'iiÉniiE.

I!enlermez-le, de grâce, et craignez d'en trop dire. Vous voyez que j'observe, avant que vous parler. Qu'aucun témoin ici ne se puisse couler.

Un grand calme à vos yeux commence de paraître. Tremblez, prince, tremblez; l'orage est prés de naître. Tout ce que \ûus pou\ ez vous figurer d'horreur Des violents projets de l'amour en fureur N'est qu'un faible crayon de la secrète rage Qui possède Ariane et trouble son courage. I.'aveu qu'à votre hymen elle semble donner. Vers le piège tendu cherche à vous entraîner. C'est par là qu'elle croit découvrir sa rivale; Ht, dans les vifs transports que sa vengeance étale, Plus le sang nous unit, plus son ressentiment, (Juand je serai connue, aura d'emportement, liien ne m'en peut sauver, ma mort est assurée. Tout à l'heure avec moi sa haine l'a jurée : J'en ai reçu l'arrèl. Ainsi, le fort amour Souvent sans le savoir mettant sa flamme au jour. Mon sang doit s'apprêter à laver son outrage. ^'ous l'avez voulu, prince; achevez votre ouvrage.

THÉSÉE

A quoi que son courroux puisse être disposé, 11 est pour s'en défendre un moyen bien aisé. Ce calme qu'elle affecte afin de me surprendre iS'e me fait que trop voir ce que j'en dois attendre. La foudre gronde, il faut vous mettre hors d'état D'en ouïr la menace et d'en craindre l'éclat. Fuyons d'ici, madame; et venez dans Athènes, Par un heureux hymen voir la fin de nos peines. J'ai mon vaisseau tout prêt. Dès celte même nuit, Nous pouvons de ces lieux disparaître sans bruit. Quand même pour vos jours nous n'aurions rien à

[craindre, Assez d'autres raisons nous y doivent contraindre. Ariane, forcée à renoncer à moi, N'aura plus de prétexte à refuser le roi : Pour son propre intérêt il faut s'éloigner d'elle.

PI}ÈDF,E.

Et qui me répoiidra que vous serez fidèle?

THÉSÉE

Ma foi, que ni le temps ni le ciel en courroux...

niÈDRE.

Ma sœur l'avait reçue en fuyant avec vous.

THÉSÉE

L'emmener avec moi fut un coup nécessaire : Il fallait la sauver de la fureur d'un père; Et la reconnaissance eut part seule aux serments Par qui mon cœur du sien paya les sentiments : Ce cœur violenté n'aimait qu'avec étude. Et, quand il entrerait un peu d'ingratitude Dans ce manque de foi qui vous semble odieux. Pourquoi me reprocher un crime de vos v-eux? L'habitude à les voir me fit de l'inconstance Une nécessité dont rien ne me dispense ;

Ali

A lu A. NE.

Va, si j'iii tro]) flatlù colle criHhile sœur,

Vous cil êtes cdiiiplicc aussi bicu que mou cunur.

Vous voyant auju-cs d'elle, et mon aiiioui' extrême

^'e pouvant avec vous s'expliquer par vous-nièinc,

Ce que je lui disais d'engageant et de doux,

Vous ne saviez que trop qu'il s'adressait ù vous.

Je n'examinais point, en vous ouvrant mon âme,

Si c'était d'Ariane entretenir la flamme;

Je songeais seulement ;i vous marquer ma foi.

Je me faisais entendre, et c'était tout pour moi.

rin':iir,E. [larmes!

Dieux! qu'elle en soulïriral que d'ennuis! que de Je sens naître en mon cœur les plus rudet alarmes : Il voit avec horreur ce qui doit arriver. Cependant j'ai trop fait pour ne pas achever; Ces foudroyants regards, ces accablants reproches. Dont par son désespoir je vois les coups si proches, Pour moi, pour une sœur, sont plus à redouter (jue celte triste mort qu'elle croit m'apprèter. lîlle a su votre amour, elle saura le reste. De ses pleurs, de ses cris, fuyons l'éclat funeste; Je vois bien qu'il le faut. Mais lasi...

Ill^SliE.

Vous soupirez?

PIlÈllItlî.

Oui, prince, je veux trop ce que vous désirez. Elle se lie à moi, cette suMir; elle m'aime; C'est une ardeur sincère, une tendresse extrême; Jamais sou amitié ne me refusa rien :

Pour l'en récompenser je lui vole son bien. Je l'expose aux rigueurs du sort le plus sévère, Je la tue; et c'est vous^ui me le faites faire! Pourquoi vous ai-je aimé'.'

TIlÉStE.

Vous en repentez-vous?

MÈDRE.

Je ne sais. Pour njoncieur il n'est rien de plus doux:

Mais, vous le remarquez, ce cu;ur tremble, soupire;

tt. perdant une sonir, si j'ose eneor le dire.

Vous la laissez dans Kaxe en proie à ses douleurs;

Votre légèreté me peut laisser ailleurs.

Qui voudra plaindre alors les ennuis de ma vie

.Sur l'exemple éclatant d'Ariane trahie?

Je l'atjrais bien voulu. Mais c'en est fait; parlons

THÉSÉE

Cn vain...

rUÈDIIE.

Le temjisse perd quand nous en consultons. Si vous blâmez la crainte où ce soupçon me livre. J'en répare l'outrage en m'offrant â vous suivre. Puisqu'à ce grand effort ma flamme se résout. Donnez l'ordre qu'il faut, je serai prête ù tout.

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