‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 701 sur 788 · SCÈNE PREMIÈIVE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈIVE

AP.IAKE, MÔlilNli.

NÉP.INE.

Un peu plus de pouvoir, madame, sur vous-même. A quoi.sert ce transport, ce désespoir extrême? Vous avez, dans un trouble à nul autre pareil. Prévenu ce matin le lever du soleil; Dans le palais, errante, interdite, abattue, \'ous avez laissé voir la douleur qui vous tue; l!e ne sont que souj)irs, que larmes, que sanglots.

Ai;lA^E.

On i}ie trahit, Nérine; où trouver du repos? Quoi ! ce parfait amour dont mon âme ravie Ne croyait voir la fin qu'en celle de ma vie. Ces feux, ces tendres feux pour moi trop allumés. Dans le rceur d'un ingrat sont déjà consumés! Thésée avec plaisir a \>\\ les voir éteindre! Ma mort n'est qu'un malheur qui ne vautpaslecrain- V.I ce parjure amant qui se rit de ma foi, [dre;

Quoiqu'il vive toujours, ne vivra plus pour moi! Que fait Pirithous? viendra-t-il?

NÉUl.NE.

Oui, madame; Je l'ai fait avertir.

AHIAXE.

Quels combats dans mon âme!

NÉRIXE.

Pirithous viendra ;'mais ce transport jaloux Qu'altend-il de sa vue? et que lui direz-vous?

AlUAiXE.

Dans l'excès élonnant de mon cruel martyre. Hélas! demandes-tu ce que je pourrai dire? Dût ma douleur sans cesse avoir le même cours, Se plaint-on trop souvent de ce qu'on sent toujours?

Tu dis donc qu'hier au soir chacun avec murmure Parlait diversement de ma triste aventure. Que la jeune Cyanc est celle que l'on croit Que Thésée...

NÉRI.NE

On la nomme à cause qu'il la voit :

.Mais qu'en pouvoir juger? 11 voit Phèdre de même; Et cependant, madame, est-ce Phèdre qu'il aime?

Ar.lAXE.

Que n'a-t-il pu l'aimer! Phèdre l'aurait connu, El par là mon malheur eût été prévenu. Ile sa flamme par elle aussitôt avertie. Dans sa première ardeur je l'aurais amortie. Par où vaincre d'ailleurs les rebuts de ma sœur?

NÉniNE.

En vain il aurait cru pouvoir toucher son cœur;

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