LA VIOLETTE
C'est monsieur votre père.
D. Jl'AX.
Ahî que cette visite était peu nécessaire! Quels contes de nouveau me vient-il débiter? Qu'il a de temps à perdre!
SGAXARELLE.
Il le faut écouter.
D. LOUtS.
Ma présence vous choque et je vois que sans peine Vous pourriez vous passer d'un père qui vous gêne. Tous deux, à dire vrai, par plu^ d'une raison, .Nous nous incommodons d'une étrange façon : Et, si vous êtes las d'ouïr mes remontrances. Je suis bien las aussi de vos extravagances. Ah! que d'aveuglement, quand, raisonnant en fous, .Nous voulons que le ciel soit moins sage que nous; Quand, sur ce qu'il connaît qui nous est nécessaire, .Nos imprudents désirs ne le laissent pas faire. Et qu'à force de vœux nous tâchons d'obtenir Ce qui nous est donné souvent pour nous punir! La naissance d'un llls fut ma plus forte envie; Mes souhaits en faisaient tout le bien de ma vie : Et ce fils que j'obtiens est fléau rigoureux De ces jours que par lui je croyais rendre heureux. De quel œil, dites-moi, pensez-vous que je voie Ces commerces honteux qui seuls font votre joie; . Ce scandaleux amas de viles actions Qu'entassent chaque jour vos folles passions; Ce long enchaînement de méchantes affaires Où du prince pour vous les grâces nécessaires Ont épuisé déjà tout ce qu'auprès de lui Mes services pouvaient m'avoir acquis d'appui? Ah! fils, indigne fils, quelle est votre bassesse n'avoir de vos a'ieux démenti la noblesse; D'avoir osé ternir, par tant de lâchetés. Le glorieux éclat du sang dont vous sortez, De ce sang que l'histoire eii mille endroits renomme!
LE FKsTiN DE rii;i;iii;.
I"l qu'avez-vous donc f;iit pour être genlilliniiiiiii'' t^i ce litre ne peut vous être contesté, l'ensez-NOiis avoir droit d'en tirer vanité, Et qu'il ait rien en vous qui puisse èlre estimable, Ouand vos dérèglements l'y rendent méprisable? Non, non, de nos aïeux on a beau faire cas, La naissance n'est rien où la vertu n'est pas; Aussi ne pouvons- nous a\ùir part à leur gloire, Qu'autant que nous faisons honneur à leur mémoire. L'éclat ([ue leur conduit<; a répandu se.r nous Des mêmes sentiments nous doit rendre jaloux; C'est un engagement dont rien ne nous dispense De marcher sur les pas qu'a tracés leur prudence, D'être à les imiter attachés, prompts, ardents, Si nous voulons passer pour leurs vrais descendants. .Ainsi de ces héros que nos histoires louent Vous descendez eu vain, lorsqu'ils vous désavouent, Et que ce qu'ils ont fait et d'illustre et de grand N'a pu de votre conir leur être un sûr garant. Loin d'être de leursang, loin que l'on vous en compte. L'éclat n'en rejaillit sur vous qu'à votre honte; Et c'est comme un flambeau qui, devant vous porté. Fait de vos actions mieux voir l'indignité. Enfin, si la noblesse est un précieux litre. Sachez que la vertu en doit être l'arbitre; Qu'il n'est point de grands noms qui, sans elle obs- D. ji'AN. [curcis...
Monsieur, vous seriez mieux si vous parliez assis.
• D. LOUIS
Je ne veux pas m'asseoir, insolent! J'ai beau dire, iMa remontrance est vaine et tu n'eu fais que rire. C'est trop : si jusqu'ici, dans mon cœur, malgré moi, La tendresse de père a combattu pour toi, Je l'étouffé; aussi bien il est temps que j'efface La honte de te voir déshonorer ma race ; Et, qu'arrêtant le cours de tes dérèglements, Je prévienne du ciel les justes châtiments : J'en mourrai ; mais je dois mon bras à sa colère.
scÈ^E iir
D. Jl'AN, SG.\S.\RliLLE.