‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 758 sur 788 · ACTE I. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE I

vroux, pcio (lu favori (ILIisabclli; et ce favori, noiiimc Cuillaumc, laissa un lils, qui fut fort nialluuirc'ux, el dans qui la race s'éteignit.

Cette petite observation n'est que |)our ceux qui aiment les reclierclies historiques, et n'a aucun rapport avec la tragédie que nous examinerons.

Le jeune (iuillaunie, comte d'tsscx, qui fait le sujet de la pièce, s'étant un jour présenté devant lu reine, lorsqu'elle allait se promener dans un jardin, il se trouva un endroit rempli de fange sur le pas- . tage; Essex détacha sur le cIkuii]i un manteau broché d'or qu'il portait, et l'étendit sous les pieds de la reine. Elle fut touchée de cette galanterie. Celui qui la faisait était d'une figure noble et aimable; il jiarut à la cour avec beaucoup d'éclat. La reine, âgée de cinquante-huit ans. prit bientôt pour lui un goût que son âge mettait à l'abri des soupçons : il i était aussi briJIant par son courage el par la hau- ■ tcur de son esprit que par sa bonne mine. Il demanda la permission d'aller conquérir, à ses dépens, u!i canton de l'Irlande, et se signala souvent en volontaire. Il lit revivre l'ancien esprit de la clievalerie, portant toujours à son bonnet un gant de la reine Elisabeth. C'est lui qui, commandant les troupes anglaises au siège de Rouen, proposa un duel a l'amiral de Villars-Brancas, qui défendait la place, pour lui prouver, disait-il dans son cartel, que sa maîtresse était plus belle que celle de l'amiral. Il f;illait qu'il entendit par là quelque autre dame que la jùine Elisabeth, dont l'âge el le grand nez n'avaient pas de puissants charmes. L'amiral lui répondit qu'il se souciait fort peu que sa maîtresse fftt belle ou laide et qu'il l'empéclicrail bien d'entrer dans Rouen. Il défendit très-bien la place et se moqua de lui.

La reine le fit grand-maître de l'artillerie, lui donna l'ordre de la jarretière, et enfin le mit de son conseil privé. 11 y eut quelque temps le premier crédit; mais il ne fit jamais rien de mémorable; et, lorsque en 1599 il alla en Irlande contre les rebelles, à la tête d'une armée de plus de vingt mille hommes, il laissa dépérir entièrement cette armée, qui devait subjuguer l'Irlande eu se montrant. Oblige de rendre compte d'une si mauvaise conduite devant le conseil, il ne répondit que par des bravades qui n'auraient pas même convenu après une campagne heureuse. La reine, qui avait encore pour lui quelque bonté, se contenta de lui ùter sa place au conseil, de suspendre l'exercice de ses autres dignités et de lui défcpdre la cour. Elle avait alors soixante-huit ans. Il est ridicule d'imaginer que l'amour pCit avoir la moindre part dans celle aventure. Le comte conspira indignement contre sa bienfaitrice; mais sa conspiration fut celle d'un homme sans jugement. 11 crut que Jacques, roi d'Ecosse, héritier naturel d'Elisabeth, pourrait le secourir, et venir détrôner la reine. 11 se flatta d'avoir un parti dans Londres; on le vit dans les rues, suivi de quelques insensés attachés à sa fortune, tenter inutilement de soulever le peuple. On le saisit, ainsi que jilusieurs de ses complices. 11 fut condamné et exécuté selon les lois, sans être plaint de personne. On

|)rétend qu'il était devenu dé^vot dans sa prison, el i|n'un malheureux prédicant pre?hyti'rien lui ayant persuadé qu'il serait damné, s'il n'accusait pas Ions ceux qni avaient part à son crime, il eut la lâcheté d'être leur délateur et do déshonorer ainsi la lin do sa vie. Le goût qu'Elisabeth avait eu autrefois pour lui, et dont il était en effet très-peu digne, a servi de prétexte à des romans et à des tragédies. On a prétendu qu'elle avait hésité à signer l'arrêt de mort que les pairs du ro\aun)e avaient prononcé contre lui. Ce qui est silr, c'est qu'elle le signa; rien n'est plus avéré, et cela seul dément les romans et les tragédies. (Volt.)

PERSONN.\GES

F.LIS.\BETI1 , reine il'Anglelerre.

L\ DUCHESSE D'IRTÛ.N, aimée Ju comte d'iissei.

U. COMTE L'ESSEX

CECILE, ennemi du comte tl'Esscx.

LE COMTE DE S.AI.SUCIIY, ami du comle d'Essci.

ClîOMMEn, capitaine des gar.les de la reine.

TIL.NEY, confidente d'Elisabeth.

StlTt.

La scène est à Londres.

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