‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 97 sur 788 · HOH.A.CE, CURIACE · texte numérisé non relu

HOH.A.CE, CURIACE

CUr.IACE.

Que désormais le ciel, les enfers et la terre

Unissent leurs fureurs à nous faire la guerre; Que les hommes, les dieux, les dénions et le sort Préparent contre nous un général effort : Je mets à faire pis, en l'état où nous sommes, Le sort et les démons, et les dieux et les hommes. Ce qu'ils ont de crnei et d'horrible et iKaffreux, L'est bien mnins que l'honneur qu'on nous fait à tous HORACE. (deux.

Le sort (lui de l'honneur nous ouvre la barrière Offre à notre constance une illustré matière; 11 épuise sa forte à former un malheur Pour mieux se mesurer avec notre valeur; Et, comme il voit en nous des âmes peu comiiiune>, Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes. Combattre un ennemi pour le salut de tous. Et contre un inconnu s'exposer seul aux coups, D'une simple vertu c'est l'effet ordinaire: Mille déjà l'ont fait, mille pourraient le faire; Mourir pour le pays est un si digne sort. Qu'on briguerait en foule une si belle mort. Mais vouloir au public immoler ce qu'on aime. S'attacher au combat contre un autre soi-même. Attaquer un parti qui prend pour défenseur Le frère d'une femme et l'amant d'une sœur; Et, rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie Contre un sang qu'on voudrait racheter de sa vie : Une telle vertu n'appartenait qu'à nous. L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux, Et peu d'hommes au cœur l'ont assez imprimée Pour oser aspirer à tant de renommée.

CCE1.\CE.

Il est vrai que nos noms ne sauraient plus périr. L'occasion est belle; il nous la faut chérir. Nous serons les miroirs d'une vertu bien rare; Mais votre fermeté tient un peu du barbare; Peu, même des grands cœurs, tireraient vanité Daller par ce chemin à l'immortalité :

A quelque prix qu'on mette une telle fumée. L'obscurité vaut mieux que tant de renommée.

Pour moi, je l'ose dire, et vous l'avez pu voir. Je n'ai point consulté pour suivre mon devoir: Noire longui' amitié, l'amour, ni l'alliance. N'ont pu mettre un moment mon esprit en balance; El, puisque par ce choix Albe montre en effet Qu'elle m'estime autant que Rome vous a fait. Je crois faire pour elle autant que vous pour Rome. J'ai le cœur aussi bon, mais enfin je suis homme : Je vois que votre honneur demande tout mon sang, Que tout le mien consiste à vous percer le flanc. Près d'épouser la sœur, (ju'il faut tuer le frère. Et qui' pour mon pajs j'ai le sort si contraire. Encor qu'à mon devoir je coure sans terreur. Mon cœur s'en effarouche, et j'en frémis d'horreur : J'ai pitié de moi-même, et jette un œil d'envie Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie. Sans souhait toutefois de pouvoir reculer. Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler ; J'aime ce qu'il me donne, et je plains ce qu'il m'ôte» El, si Rome demande une vertu plus haute,

HORACE

Ji' n'iiils grâces aux ilieu\ ili' ii'rli'c |):is Umiiain, l'our conserver cnçor fmiîli|ue cliosc iriiuinain.

IIOIIACK.

Si vuiis n'êtes lloinaiii, sciyez cligne de I èlre: Et si vous m'égalez, l'aites-le mieux paraître.

La solide vertu dont je fais vanité N'admet point de faiblesse avec sa fermeté: Et c'est mal de l'honneur entrer dans la earrieii' (Jue dès le premier pas regarder en arrière. iNotre malheur est gjand; il est au plus haut point: Je l'envisagi- entier, mais je n'en frémis point : (^mtre qui que ce soit que mon pays m'emploie, J'uceejjle a\euglémcnt cette gloire a\ t joie; Celle de recevoir de tels conimandemenls Doit étouffer en nous Ions autres senlimenls. Ijni, prés de le servir, considère autre chose. A faire ce qu'il doit lâchement se dispose. Ce droit saint et sacré rompt tout autre lien. Home a choisi mon bras, je n'examine rien. Avec une allégresse aussi pleine et sincère (Jue j'épousai la saur, je combattrai le frère; Et, pour trancher enfin ces discours superflus, .VIbe vous a nommé, je ne vous connais plus'.

CUIll.lCE.

Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue; Mais cette âpre vertu ne m'était pas connue ; Comme notre malheur, elle est au plus haut poini : Souffrez que je l'admire et ne l'imite point.

HORACE

Non, non, n'embrassez pas de vertu par contrainte ;

Et. puisque vous trouvez plus de charme à la plainte,

En toute liberté goûtez un bien si doux.

Voici venir ma sœur pour se plaindre avec vous.

Je vais revoir la vôtre, et résoudre .son ànie

A se bien souvenir qu'elle est toujours ma femme,

A vous aimer encor, si je meurs par vos mains.

Et prendre en son malheur des sentiments romains.

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