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Les accroissements en largeur ont donc été 0,114, 0,134, et les accroissements en longueur 1,040 et 1,398. L’accroissement en lonœueur, loin d’être inférieur à celui en largeur, comme dans le cas de l'eau mere pure, a été environ dix fois plus grand (1).
En résumé, limpureté de l’eau mère qui provient du bimalate chauffé ne provoque pas seulement la naissance de faces secondaires nouvelles, mais aussi un accroissement exagéré en longueur. J’ai lieu de croire que l'accroissement suivant l'épaisseur a également changé. Mes observations sur ce point sont incomplètes; je ne les rapporte pas.
Cela posé, il est naturel de se faire la question suivante : Ces deux phénomènes, savoir la variation dans les formes secondaires et les variations dans les modes d’accroissement, sont-ils les effets d’une même cause inconnue; ou bien sont-ils déjà liés entre eux comme un effet l’est à sa cause? En d’autres termes, l'influence des matières étrangères n'aurait-elle pas pour conséquence immédiate de modifier les rapports d’'accroissement des cristaux, suivant leurs diverses dimensions, par les attractions moléculaires individuelles qu'elles apportent au sein de la liqueur: attractions, sans nul doute, très faibles si on les compare à celles des molécules similaires entre elles, mais suffisantes pour altérer les valeurs respectives des forces qui réunissent ces molécules par leurs parties homologues, au moment de l'arrangement cristallin.
L'individualité d’un cristal ne réside pas dans sa matière propre avec sa forme visible et tangible; elle est tout entière dans la molécule chimique et dans les lois des distances des molécules chimiques identiques. Mais à côté de ces choses qui, par elles seules, constituent le corps cristallisé avec sa forme primitive, il faut considérer les rapports des nombres de molécules qui, dans des temps égaux, se juxtaposent selon les diverses dimensions linéaires. La part qui revient à la composition chimique et aux lois des distances mutuelles
1. Dans un nouveau travail je m'occuperai de la variation apportée dans le mode d'accroissement par la quantité plus ou moins grande, au sein de la liqueur, de ces matières étrangères qui ont la propriété de provoquer l'hémiédrie du bimalate d'ammoniaque.
des molécules dans l’ensemble des propriétés du cristal est assurément considérable et prépondérante, mais on ne doit pas négliger les manifestations phénoménales qui peuvent être dues aux rapports des nombres de molécules déposées dans des temps égaux, selon les divers sens. C’est là un point de vue qui m'a paru très digne d’être poursuivi par l'expérience.
En définitive, si les présomptions qui me guident ont quelque ‘valeur, il doit être possible de modifier les formes secondaires d’un cristal en apportant quelque dérangement dans ses modes d’accroisment suivant ses diverses dimensions. Or, si nous nous reportons aux premières expériences que j'ai indiquées au commencement de ce Mémoire, et relatives à l'agrandissement des cristaux brisés, il sera facile de reconnaître que c’est là un des moyens efficaces que l’on peut mettre en pratique pour modifier les modes d’accroissement des cristaux. Nous avons vu que, dans tous les cas, le travail sur les parties brisées ou déformées était très actif, que le cristal reprenait très vite sa régularité; cet effet ne peut évidemment se produire qu'autant que le mode d’accroissement sur la partie malade sera tout autre que sur les parties saines. Conséquemment nous devrions trouver sur ces brisures en voie de reformation des faces quin’existent pas sur les cristaux réguliers, et ces mêmes faces devront disparaître dès que le cristal aura repris sa régularité première, celle qui est compatible avec la nature de l’eau mère. C’est précisément ce qui arrive. Ainsi jamais, comme je l’ai déjà dit, le bimalate d’ammoniaque ne présente de faces hémiédriques lorsqu'il a cristallisé dans Peau pure. Il n'en prend pas davantage si, après l'avoir retiré de son eau mère, on l'y replace pour qu'il s'y agrandisse de nouveau. Mais qu'on le brise profondément sur un angle et qu’on le place dans une eau mère pure, on verra presque toujours sur la cassure en voie de rétablissement, sur les bords de telle ou telle partie saillante, soit des faces hémiédriques, soit même des faces tangentes aux angles solides, que n'offre dans aucun cas une cristallisation ordinaire; mais toutes ces faces disparaissent dès que le cristal a repris sa régularité où son mode d’accroissement ordinaire, propre à l’eau mère sur laquelle on opère.
Dans ces expériences, il y a indépendance complète entre les diverses parties du cristal. Ce qui se passe sur un point n'a pas de rapport avec ce qui a lieu sur des parties semblables, mais éloignées. Tout paraît dépendre des conditions locales d’accroissement. Ainsi je possède un cristal que j'ai fait agrandir dans une eau mère pure, après l’avoir usé à la lime et par dissolution, de manière à le transformer en
une sorte de petite boule assez irrégulière. Il est redevenu très régulier; mais l'ayant retiré dès que je me fus aperçu de cette régularité et du rétablissement de toutes ses parties, il offre sur l’un de ses angles une belle face hémiédrique. Aucun autre angle n’en porte, et assurément si je l'avais laissé grandir encore pendant quelque temps dans la même liqueur, il aurait perdu cette face. Celle-ci n’était que l'effet du genre particulier de travail et d’accroissement sur l’angle en question, et dépendant du mode d’irrégularité que j'avais déterminé en cet endroit.
Bien que ces faits paraissent appuyer l’idée générale que jai énoncée, et sur la valeur de laquelle je cherche à n'éclairer, il était à désirer que des expériences fussent établies de manière à montrer plus directement la corrélation du mode d’accroissement et de la nature des faces secondaires. Or, nous avons reconnu qu'un cristal de bimalate, déposé dans une eau mère impure où il devient hémiédrique immédiatement, s’accroissait considérablement plus en largeur qu’en longueur, tandis que, s’il était déposé dans l’eau mère pure qui ne donne pas ou qui ôte l’hémiédrie, il s’accroissait au contraire un peu plus en largeur qu’en longueur. Si le mode d’accroissement est ici corrélatif de la variation de la forme, on doit pouvoir provoquer l’hémiédrie avec l’eau mère pure qui ne la donne jamais dans les conditions normales, en empéchant le cristal de s’accroître latéralement, et en provoquant, au contraire, un agrandissement anormal en longueur. A cet effet, j'ai déposé, dans une eau mère pure de bimalate, un cristal non hémiédrique, sur les faces latérales duquel j'avais collé de petites bandes de papier métallique, et dont j'avais abattu par clivage les biseaux supérieur et inférieur, double condition qui devait rendre nul l'accroissement en largeur et très grand l’accroissement en longueur, et placer par conséquent le cristal dans la situation que fait naître l’eau mère impure. Le lendemain, le cristal avait repris sa régularité, et les faces hémiédriques étaient accusées sur les quatre angles solides. Si le papier métallique n’est placé que d’un côté, les faces hémiédriques ne se produisent également que de ce côté. J’ai répété plusieurs fois cette expérience avec succès. Néanmoins elle mérite d’être suivie avec beaucoup de soin, et il faut en quelque sorte prendre sur le fait la naissance des petites faces hémiédriques. Si l’on tarde trop à examiner le cristal, ou si la liqueur n’est pas dans de bonnes conditions de cristallisation, on pourra ne pas obtenir la production de l’hémiédrie. Il peut arriver, par exemple, que le cristal, en grandissant, dépasse le papier métallique et commence à le recouvrir, ou que celui-ci se décolle par la pression d’un dépôt de particules
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au-dessous de lui, dans certains vides laissés sur ses bords. Dans tous ces cas les faces nouvelles n'apparaissent pas. Il est bon quelquefois de faire un peu déborder le cristal par le papier vers les extrémités.
En présence de tous ces faits, il est difficile de méconnaitre que l'un des principaux rôles des matières dissoutes ou en suspension dans la liqueur au moment de la cristallisation pourrait être d’altérer les rapports d’accroissement des cristaux suivant leurs trois dimensions ; ce serait un effet plutôt physique que chimique. Les rapports d'attractions mutuelles des molécules salines, suivant leurs différents côtés, seraient changés, et les nouveaux rapports entre les nombres de particules déposées dans l'unité de temps permettraient l’existence ou l'absence de certaines faces parmi celles qui sont compatibles avec la forme primitive du corps.
Une forme cristalline quelconque est en effet compatible avec un grand nombre de faces secondaires que les lois de symétrie et de dérivation des faces permettent d’assigner à l'avance. On peut même imaginer la forme en question, associée par la pensée aux faces élémentaires de toutes les formes dites secondaires; mais celles-ci peuvent n'être pas compatibles avec les modes d’accroissement particuliers du cristal, et tel mode donnerait de préférence telle forme ou mieux telle combinaison de formes simples; tel autre mode fournirait telle autre combinaison. L'influence des matières étrangères pourrait avoir pour résultat d'amener ces modifications dans les modes d’accroissement, et du moment où, par des effets physiques quelconques, on forcerait le cristal à dévier des lois de sa formation, spéciales à telles conditions de la cristallisation, on pourrait produire le même résultat que par les matières étrangères présentes dans la liqueur.
Je suis bien loin d’attacher à ces considérations une valeur exagérée. Si une circonstance fortuite ne n'avait obligé à les faire connaître, je les aurais suivies, pendant tres longtemps encore, avant de publier les faits qui s’y rapportent. Plus on vieillit dans l'habitude de la recherche de la vérité, plus on éprouve le besoin d'atteindre à une perfection toujours, hélas! bien relative. Au demeurant, nos hypothèses sont toujours bonnes quand on les prend comme des instruments capables de donner des idées pour varier et multiplier les expériences.
Formiate de strontiane.
J'ai essayé de faire l'application des résultats précédents à la
solution d’une question qui offre beaucoup d'intérêt, et qui se lie à l'histoire cristallographique du quartz, ce minéral extraordinaire.
Lorsque j'eus découvert l’hémiédrie dans les formes cristallines des produits moléculairement actifs sur la lumière polarisée et la singulière constitution de l’acide racémique, les analogies très marquées, comme aussi les différences profondes qui existaient cristallographiquement et optiquement entre le quartz et ces produits, me firent penser que l’hémiédrie devait avoir deux origines distinctes, et je développai à plusieurs reprises cette opinion que l’hémiédrie était le résultat d’un arrangement dissymétrique des atomes élémentaires dans la molécule chimique, ou la conséquence d’un arrangement dissymétrique dans les particules cristallines. Dans le premier cas, on a beau détruire le cristal par dissolution, le pouvoir rotatoire se manifeste à l'état liquide, parce qu'il réside dans la molécule chimique; dans le deuxième cas, au contraire, l’action optique n’est possible que dans le cristal constitué. La dissolution fait disparaître la cause du pouvoir rotaloire, à peu près, dirais-je, comme si l’on construisait un édifice ayant la forme extérieure d’un polyèdre qui offrirait l’hémiédrie non superposable, et que l’on démolirait ensuite; après la destruction de l’ensemble, il ne resterait rien de la dissymétrie première.
Tel était le cas du quartz qui perdait toute dissymétrie optique par le fait de sa fusion ou de sa dissolution.
Mais cette manière de voir, cette séparation établie entre la nature des causes des pouvoirs rotatoires du quartz et des substances organiques actives, souffrait diverses objections. Le quartz ne peut être dissous et soumis à la cristallisation de manière à permettre une étude facile de ses cristaux et de toutes leurs particularités géométriques. D'autre part, le quartz ne peut être fondu que par l'application d’une température tellement élevée que la disparition de ses propriétés dissymétriques pourrait être due à l'influence de la chaleur, opinion qui parut corroborée plus tard, lorsque je reconnus que l’acide malique actif devient inactif quand on le soumet, dans certaines conditions, à une haute température.
Il fallait donc trouver une substance hémiédrique à la manière du quartz, tantôt à droite, tantôt à gauche, sur laquelle on püût faire des épreuves de dissolution et de cristallisation par des moyens d’une action modérée, et qui, par la beauté de ses cristaux, se prêtàt à une étude cristallographique minutieuse.
C'est alors que je fis connaître le formiate de strontiane, dont voici les curieuses propriétés (1).
Toute cristallisation de formiate de strontiane donne des cristaux
1. Annales de chimie et de physique, æ sèér., XXXI, 1851, p. 98-102, et p. 191-154 du présent volume. {Note de l'Édition.)
de deux sortes : les uns hémièdres à droite, les autres hémièdres à gauche. L'hémiédrie est non superposable; dissoute dans l’eau, ni l'une ni l’autre espèce de ces cristaux ne manifeste de déviation d'optique. Si l’on fait redissoudre séparément les cristaux droits ou les cristaux gauches, et qu'on soumette la liqueur à une cristallisation par évaporation brusque ou spontanée, les deux sortes de cristaux prennent naissance. Ce sont les propriétés du quartz, et plus spécialement celles que M. Marbach découvrit, quelques années après, dans le chlorate de soude, mais avec une particularité qui donne à son sel un intérêt que n'avait pas le formiate de strontiane. En effet, le formiate de strontiane étant un cristal à deux axes, la double réfraction y masque le phénomène rotatoire, comme elle le fait pour les cristaux d'acide tartrique, de sucre candi et généralement de tout corps moléculairement actif, dont aucun ne s’est encore rencontré dans le système cubique ou dans l’un des deux systèmes à un axe. Le chlorate de soude, au contraire, appartenant au système cubique, où la double réfraction est absente, s’est montré optiquement droit ou gauche, en même temps qu'il était hémiédriquement droit ou gauche (*. Mais encore, bien que moins complètes que dans le chlorate de soude, les analogies du formiate de strontiane et du quartz sont tellement évidentes que j'ai cru pouvoir me servir du formiate pour éclairer des questions très délicates relatives à la cristallisation du quartz ®).
1. Dans le volume qu'il projetait en 1878 sur la Dissymétrie moléculaire, Pasteur a inséré cette page :
« Il m'a été impossible de mettre en évidence la propriété rotatoire dans les cristaux de formiate de strontiane. Dans les divers essais que j'ai tentés, ce sel s’est comporté toujours comme un cristal ordinaire à deux axes. Je suis porté à croire que c’est la double réfraction (que l'on ne peut éviter) qui met obstacle à la reconnaissance du phénomène rotatoire. Dès que le quartz est taillé en lames inclinées sur l'axe optique, son action sur la lumière polarisée disparaît malgré l'intensité qu'elle présente dans les lames normales à l'axe optique unique dans cette substance. La question qui fait le sujet principal du cinquième Mémoire [il s’agit du Mémoire p. 264] laissait donc quelque chose à désirer. Mais tous les doutes ont été levés depuis lors par la publication de deux travaux remarquables, l’un de M. Rammelsberg, et l’autre de M. Marbach, de Breslau. M. Rammelsberg venait de reconnaître, en étudiant la forme cristalline du chlorate de soude, que les cristaux de cette substance offraient précisément entre eux les relations des cristaux de quartz et de formiate de strontiane. Mais de plus, circonstance très heureuse, ils appartiennent au système cubique. M. Marbach, rapprochant aussitôt ces particularités des résultats de mes études antérieures et des considérations que j'avais développées à propos du formiate de strontiane, reconnut que les cristaux de chlorate de soude déviaient le plan de polarisation, les uns à droite et les autres à gauche, de la même quantité en valeur absolue. Et, comme il arrive pour le formiate de strontiane, les cristaux d’une espèce mis en dissolution dans l’eau pure ne communiquent à la liqueur aucun pouvoir de déviation, et, par recristallisation, ils fournissent les deux espèces de cristaux hémiédriques. » (Note de l'Edition.)
2. Un fait utile à signaler dans l'étude du formiate de stronliane est l'existence en nombre presque toujours très inégal des deux sortes de cristaux hémiédriques. Le poids total de l'une des espèces diffère beaucoup du poids total de l’autre. Il est à peu prés impossible de faire
L'histoire des propriétés optiques et cristallographiques du quartz est bien connue; je n'ai pas à la rappeler avec détail. On sait qu’en 1811, Arago (1) fit l'observation devenue si féconde de la polarisation rotatoire de cette substance. Arago abandonna sa découverte, comme il fit toujours, car ce fut là l’un des côtés de la vie scientifique de ce grand physicien. Deux années après, M. Biot (?) présenta toutes les lois physiques du phénomène, l’isolant avec soin de tous ceux au milieu desquels Arago avait paru le confondre, et donnant à ses études une rigueur que le temps a respectée. Chemin faisant, M. Biot reconnut ce fait, éminemment curieux, de l'existence dans le quartz de deux sortes de cristaux, les uns déviant à droite, les autres à gauche, de la même quantité pour la même épaisseur. Plus tard, J. Herschel () remarqua une relation entre la position sur les cristaux du quartz des faces plagièdres signalées par Haüy et le sens de la déviation
une comparaison rigoureuse des poids respectifs des cristaux de quartz droit et gauche dans une cristallisation naturelle de ce minéral. Cependant j'ai pensé qu'en prenant des cristallisations chargées d’une foule de cristaux, peu différents par leur taille et leur volume, tous plagièdres, faisant le dénombrement des droits et des gauches, on pourrait lever en partie la difficulté et reconnaître s'il y avait par égale part les deux espèces de cristaux. Voici mes résultats :
Un premier échantillon m’a donné . . . . . . . . 125 gauches, 107 droits; Un deuxième de même origine. . . . . . . . . . . 200 gauches, 167 droits; Un troisième également de mème origine . . . . . 362 gauches, 319 droits.
Sur deux autres échantillons d'origine différente j'ai trouvé :
Pouxie Premie EEE E 71 gauches, 80 droits; Poux le SBCOn SE EE E 147 gauches, 162 droits.
Je n’ai jamais rencontré dans aucune des collections de Paris (et j'ai employé plusieurs semaines à ce travail) un échantillon qui ne portäât qu'une seule sorte de cristaux plagièédres.
J'ai fait tailler en outre un ensemble pris au hasard de soixante-dix canons de quartz du Brésil, de ceux qui servent aux opticiens dans la construction des appareils polarisants, et j'y ai reconnu par le sens des spirales d'Airy 33 gauches et 37 droits. Un très petit nombre de ces cristaux portaient des faces plagièdres. C’est ce qui m'avait obligé à les faire tailler pour reconnaître le sens de leurs propriétés optiques.
M. Soleil pére, que j'ai consulté sur ce sujet, m'a affirmé que toujours dans les cristaux du Brésil il avait rencontré plus de droits que de gauches.
Ces faits tendent à établir une nouvelle analogie entre le formiate de strontiane, le chlorate de soude et le quartz.
1. ARaGo. Sur une modification remarquable qu'éprouvent les rayons lumineux dans leur passage à travers certains corps diaphanes, et sur quelques autres nouveaux phénomènes d'optique. (Lu le 11 août 1811). Mémoires de la classe des sciences mathématiques et physiques de l'Institut, année 1811, 1e part., 1812, p. 93-134.
2. Bror. Sur de nouveaux rapports qui existent entre la réflexion et la polarisation de la lumière par les corps cristallisés. Zbid., p. 135-280 (fig.). — Mémoire sur un nouveau genre d'oscillations que les molècules de la lumière éprouvent en traversant certains cristaux. (Lu les 30 novembre et 7 décembre 1812, les 8 février et 5 avril 1813). Ibid., année 1812, 1re part., 1814, p. 1-371 (fig.). — Observations sur la nature des forces qui partagent les rayons lumineux dans les cristaux doués de la double réfraction. (Lu le 26 décembre 1814). Ibrd., années 1813, 1814 et 1815, 1818, p. 221-234.
3. Hersc&EL (J. F. W.). On the action of crystallized bodies on homogeneous light, and on the causes of deviation from Newton's scale in the tints which many of them develope on exposure to a polarised ray. Phil. Transactions of the Royal Society of London, 1820, Part. I, p. 45-100 (1 pl.). (Notes de l'Édition.)
ds Abou.
optique de ces mêmes cristaux. Mais la remarque d'Herschel offrait dans sa généralisation plusieurs objections. Voici les principales :
1°. Une foule de cristaux de quartz ne portent pas les faces plagièdres ;
2, On trouve des échantillons où certains angles portent des faces plagièdres à droite, d’autres angles des faces plagièdres à gauche ;
3%, Il ya des échantillons qui, sur un méme angle, portent les deux sortes de faces hémiédriques à droite et à gauche, et le cristal est toujours d’un seul sens optiquement, lors même que l’on étudie la portion de matière immédiatement située au-dessous de ces faces inclinées dans les deux sens.
À l’époque où je m'occupais d'établir expérimentalement la corrélation de l’hémiédrie et du phénomène rotatoire moléculaire, ces faits et d’autres encore, par exemple labsence totale des faces hémiédriques dans le bimalate d’ammoniaque, le bimalate de chaux, la tartramide, ...., se présentaient souvent à l'esprit des savants éminents qui voulaient bien m'admettre à discuter avec eux ces beaux phénomènes si intimement liés aux conditions les plus cachées de la mécanique moléculaire.
Dans ma pensée, toutes ces anomalies n'étaient que des accidents, et je prouvai ultérieurement que, par des artifices de cristallisation, il était facile de faire apparaître des faces hémiédriques sur tous les corps moléculairement actifs qui jusque-là n’en avaient jamais présenté. Ainsi je fis voir que le bimalate d’ammoniaque, qui dans aucun cas ne porte de faces hémiédriques lorsqu'il s’est formé dans l’eau pure, en prend constamment quand il cristallise dans une eau mère renfermant quelques-unes des substances produites par sa décomposition ignée. Je prouvai également que le bimalate de chaux, cristallisé dans l'acide nitrique, est toujours hémiédrique, tandis que, cristallisé dans l’eau pure, il ne l’est jamais. Les faces hémiédriques sont donc des faces assimilables à toutes les faces secondaires ; et l’on sait bien que celles-ci, quoique toujours possibles, existent ou sont absentes suivant les conditions de la cristallisation.
Mais comment lever les difficultés que présentait le quartz, qui ne peut se prêter à des cristallisations artificielles? Je pensai que l’on pourrait prendre dans le formiate de strontiane (capable de subir toutes les opérations de cristallisation et de dissolution) les anomalies mêmes du quartz, et montrer que dans le formiate elles ne sont en effet que des accidents (1).
1. C’est à l’occasion du formiate de strontiane et des services que je croyais pouvoir en tirer pour expliquer les anomalies du quartz, que j'ai commencé les recherches qui font l'objet
C'est ce genre d’études qu'il me reste à faire connaître et pour lequel je me suis aidé des résultats généraux consignés dans la premiére partie de ce Mémoire.
J'ai établi que l’un des moyens de faire naître sur un cristal des faces nouvelles était d’altérer ses modes d’accroissement suivant ses divers sens, et que l’une des pratiques qui atteignaient ce résultat était la reformation, sur cassure, usure à la lime, ou dissolution préalable par l'eau, d’une partie quelconque du cristal, parce que celui-ei revient toujours à la régularité que comporte sa nature, et qu’il ne peut aller d’une irrégularité arbitraire à une régularité déterminée par un travail ordinaire et régulier. Le mode d’accroissement est donc changé, et, à ce titre, des faces nouvelles prennent généralement naissance. Cela posé, examinons les anomalies du quartz.
1°. Beaucoup de cristaux ne portent pas de faces plagièdres.
De même on trouve souvent toute une cristallisation de formiate qui ne porte aucune face hémiédrique. Mais pour les faire naître, il suffit d’user les cristaux, ou de les briser, ou de les faire dissoudre en partie et de les remettre à s’accroître. Les uns deviennent droits, les autres gauches, parce qu'il est dans leur nature d’être tels ou tels.
2°. On trouve des échantillons de quartz où certains angles portent des faces plagièdres à droite, d’autres angles des faces plagièdres à gauche; et il y a des cristaux qui sur un même angle portent les deux faces hémiédriques.
Or rien n'est plus facile, en brisant des cristaux de formiate, ou en les usant sur les angles convenables et en les remettant à s’agrandir, de faire naître à droite et à gauche des faces hémiédriques; et même, quand le cristal a été brisé profondément et qu’on le retire avant que sa blessure soit rétablie, on peut dire qu'il est surchargé de faces hémiédriques à droite et à gauche, à tel point que l’on ne saurait dire le plus souvent quel est son caractère hémiédrique, si l'extrémité qui n’a pas été brisée ne l’accusait sans laisser aucun doute. La partie brisée elle-même rentre plus tard dans la loi commune; car généralement, et en faisant la part des irrégularités inhérentes à ce mode d’expérimentation, on voit nettement que si un cristal exclusivement droit, ou exclusivement gauche, se
de ce Mémoire. Les modes d’expérimentation que j'y ai employés m'ont été suggérés par la lecture d'un extrait des travaux de Le Blanc, publié dans le Journal de physique de de Lamétherie, XXXIII, 1788, p. 874-379 : « Le Blanc a remarqué que des faces surnuméraires se rencontraient sur les cristaux qui, après avoir souffert un commencement de dissolution, reprenaient leur accroissement. Un angle arrondi par la dissolution présente ensuite plusieurs faces qui ont des inclinaisons différentes entre elles, et toutes ces faces disparaissent à mesure que l'angle se rétablit. »
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couvre, par mon artifice, de nouvelles faces hémiédriques à droite et à gauche simultanément, il y a prédominance d’une zone hémiédrique sur l’autre, et de telle sorte que le cristal droit reste droit, que le cristal gauche reste gauche(!). La prédominance du caractère hémiédrique est accusée soit par un élargissement plus prononcé des faces hémiédriques d’un certain sens, soit plus ordinairement par un nombre de faces hémiédriques plus grand d’un côté que de l’autre, et indiqué par le sens hémiédrique primitif. Or, si l’on se reporte aux savants travaux sur les formes du quartz, on verra que, dans tous les cas où ce minéral a offert sur un même angle les deux sortes de faces hémiédriques, elles n'étaient pas toutes de même signe cristallographique à droite et à gauche, ou bien il y en avait un plus grand nombre d’un eôté que de l’autre.
Nota. — J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie une série de beaux échantillons de cristaux, soigneusement classés et étiquetés; qui démontrent l'exactitude des faits que je viens de lui soumettre.
1. Je dis qu'il faut faire la part des irrégularités inhérentes à ce mode d’expérimentation. Rien n'est plus facile, en effet, que de rendre droit en apparence un cristal gauche, et inversement. Il suffit de forcer l'irrégularité à se montrer, et de retirer le cristal avant qu'elle ait disparu sous l'influence des conditions normales.
RECHERCHES SUR LA DISSYMÉTRIE MOLÉCULAIRE DES PRODUITS ORGANIQUES NATURELS
Lecons professées à la Société chimique de Paris le 20 janvier et le 3 février 1860 (1).
A Mowsreur J.-B. Bror,
hommage du plus profond respect et de la plus vive reconnaissance.
Ces lecons ont été faites sur l'invitation du conseil de la Société chimique de Paris. Les recherches dont elles offrent un résumé rapide m'ont occupé pendant dix années consécutives. J'ai eu souvent la pensée de les réunir, d’en revoir minutieusement les détails et d'y joindre tous les développements nécessaires à la coordination des différents mémoires où elles ont paru pour la première fois. Mais il y a, dans la vie de tout homme voué à la carrière des sciences expérimentales, un âge où le prix du temps est inestimable : cet âge rapide où fleurit l'esprit d'invention, où chaque année doit être marquée par un progrès. S'arrêter alors volontairement aux choses acquises est
rène et un danger, qui compensent trop le plaisir et lutilité
même de voir nos idées se répandre au gré de nos désirs.
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Autant j'ai reculé ‘devant la tâche pénible de réunir, en les perfectionnant, mes recherches sur la dissymétrie moléculaire des produits organiques naturels, autant j'ai cédé avec empressement à la prière de plusieurs membres de la Société chimique, de publier les deux leçons dans lesquelles j'avais été chargé d'exposer les principaux résultats auxquels j'étais parvenu. Peu d’études ont été mieux accueillies, au moment de leur apparition successive, et néanmoins,
j'avais bien des preuves qu'elles étaient à peine connues.
1. Publiées in : Lecons de chimie professées en 1860 par MM. Pasteur, Cahours, Wurtz, Berthelot, Sainte-Claire Deville, Barral et Dumas. Paris, 1861, Hachette et Cie, in-80, p. 1-48.
DISSYMÉNRIE MOLÉCULAIRE 315
J'espère donc que cette publication pourra offrir quelque utilité. Du reste, n'y aurait-il que l'intérêt que ces lecons ont excité dans l'assemblée d'élite devant laquelle elles ont été professées, que je serais assez récompensé de mes efforts.
La Société de chimie [chimique] a été très touchée de l'empressement avec lequel une foule de jeunes savants sont venus prendre place dans l'auditoire. Elle a surtout remarqué l’encouragement sympathique donné à ses travaux par la présence de MM. Balard, Claude Bernard, Delafosse, Frémy, Serret, membres de l'Académie des sciences.
Qu'il me soit permis, en outre, de remercier tout particulièrement, en mon nom et au nom de la Société, notre illustre président, M. Dumas, dont le haut et bienveillant patronage a toujours servi la science presque à l’égal de ses immortels travaux.