‹ Œuvres de Pasteur (volume 4)Chapitre 76 sur 102 · IT · texte numérisé non relu

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Il est facile de montrer que c’est là une conséquence légitime, obligée de notre première conférence. Pour la mettre dans tout son jour, je rappellerai brièvement les conditions principales de lexpérience décisive par laquelle nous avons terminé la précédente leçon.

Je prépare, à l’aide de l'acide paratartrique naturel, le paratartrate de soude et d’ammoniaque. Il se dépose de beaux cristaux.

Si l’on observe dans l'appareil de polarisation la solution d’une portion quelconque de ce sel double, elle n'offre aucun indice de déviation optique ; et en séparant des cristaux l'acide qu'ils renferment, on reproduit lacide paratartrique, identique à celui qui a servi à les former. Jusque-là tout est simple et naturel et l’on croit avoir affaire à la cristallisation d’un sel ordinaire. Il n’en est rien cependant.

Reprenez une autre portion de ces mêmes cristaux, et examinez-les un à un. Vous trouverez qu'une moitié a la forme dont je présente ici le modéle, caractérisée par une hémiédrie non superposable, que l’autre moitié a la forme inverse identique à la première dans toutes ses parties respectives, et néanmoins ne pouvant lui être superposée. Sépare-t-on alors les deux sortes de cristaux pour les dissoudre isolément, on observe que l’une des deux solutions dévie la lumière polarisée à droite, l’autre à gauche, et toutes deux de la même quantité en valeur absolue.

Enfin si l’on extrait par les procédés chimiques ordinaires les acides de ces deux sortes de cristaux, on reconnaît que l’un d’eux est identique à l'acide tartrique ordinaire, et que l’autre lui est de tous points semblable, sans pouvoir lui être superposé. Ils offrent entre eux les relations des deux sels d’où on les a séparés. Ils se ressemblent comme la main droite ressemble à la main gauche, mieux encore, comme se ressemblent deux tétraèdres irréguliers symétriques ; et ces analogies et ces différences se retrouvent dans tous leurs dérivés. Ce que l’on fait avec l’un on peut le répéter avec l’autre dans les mêmes conditions, et les produits résultants manifestent constamment les mêmes propriétés, avec cette seule différence que chez les uns la déviation du plan de polarisation s'exerce à droite, chez les autres à gauche, et.que les formes des espèces correspondantes, encore bien qu'identiques dans tous leurs détails, ne peuvent se superposer.

Tous ces faits si clairs, sidémonstratifs, nous obligent à transporter les caractères généraux extérieurs de ces acides et de leurs combinaisons à leurs molécules chimiques individuelles. S'y refuser serait

manquer aux règles de la logique la plus vulgaire. C’est ainsi que nous arrivons aux conséquences suivantes :

1° La molécule de l'acide tartrique, quelle qu’elle soit d’ailleurs, est dissymétrique, et d’une dissymétrie à image non superposable. 2° La molécule de l'acide tartrique gauche est précisément formée par le groupe d’atomes inverse. Et à quels caractères reconnaitrons-nous l'existence de la dissymétrie moléculaire ? D'une part à lhémiédrie non superposable, de l’autre, et surtout, à la propriété optique rotatoire lorsque le corps est en dissolution.

Ces principes étant posés, examinons tous les corps de la nature ou des laboratoires, et nous trouverons facilement qu'une foule d’entre eux possèdent à la fois ce genre d’hémiédrie et la propriété rotatoire moléculaire, et que tous les autres ne nous offrent ni l’un ni l’autre de ces caractères.

J'avais donc raison de le dire : La conséquence légitime et forcée de notre premier entretien peut s'exprimer de cette manière :

Tous les corps (j'emploie ici cette expression dans le langage chimique) se partagent en deux grandes classes, les corps à image superposable, les corps à image non superposable ; les corps à arrangements d’atomes dissymétriques, ceux à arrangements d’atomes homoédriques.

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