‹ Œuvres de Pasteur (volume 5)Chapitre 19 sur 99 · Voir p. 59-60 du présent volume. [Xote de l'Édition · texte numérisé non relu

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DISSYMETRIE MOLECULAIRE 57

Pyrite. — Acide arsénieux. — Acide titanique.

Parmi les substances dimorphes j'ai cité la pyrite de fer, les acides arsénieux et antimonieux, l'acide titanique. Ni l'une ni Faillie de ces substances ne se prête aux considérations que je développe. Mais il est à remarquer que très probablement ces substances nous oiïrent des exemples d'isomérie et non de dimorphisme. Je reviendrai, dans un travail spécial déjà commencé, sur l'isomérie des acides arsénieux et antimonieux. La pyrile nous offre à coup sûr un exemple frappant d'isomérie. Chacun sait, en effet, que la pyrile jaune est inaltérable a l'air; que, quand on la trouve transformée, elle est à l'état d'hydrate de peroxyde de fer, tandis que la pyrite blanche s'altère facilement à l'air et donne du sulfate de protoxyde de fer. Pour que deux substances soumises à une action chimique aussi uniforme pour chacune donnent lieu à des résultats si différents, il faut bien qu'il y ait une séparation profonde entre les arrangements moléculaires correspondants. Quant à l'acide titanique, aucun fait ne prouve jusqu'ici son isomérie ; je suis seulement porté à l'admettre, parce qu'il ne nous offre pas les relations que j'ai signalées précédemment. Il serait important de constater, par exemple, si chacun de ses états ne correspond pas à une capacité de saturation différente, et s'il n'y aurait pas là un exemple d'isomérie analogue à celui que M. Laurent a fait connaître pour l'acide tungstique des laboratoires.

Conclusions.

J'ai dit, en commençant, qu'il serait prématuré peut-être de généraliser les résultats auxquels conduisent les observations relatives aux substances dimorphes actuellement connues, et de les étendre à toutes celles, très nombreuses sans doute, dont le dimorphisme sera constaté ultérieurement. J'avoue que cette généralisation est séduisante pour l'esprit, car elle fait disparaître l'anomalie que le dimorphisme apporte aux lois de la cristallisation. Que déduisons-nous, en elfet, île ce qui précède : c'est, d'une part, que les deux formes incompatibles d'une substance dimorphe sont voisines l'une de l'autre et, d'autre part, à cause de la relation des faces secondaires, que les dimensions moléculaires, ou axes, qui correspondent à ces formes sont à peu près les mêmes ou peuvent être regardées comme telles. En d'autres termes, les deux arrangements ou équilibres moléculaires qui correspondent aux deux formes sont des équilibres stables voisins l'un de l'autre, quoique appartenant à deux systèmes différents et forcés d'en subir les lois générales. Ce voisinage leur permet de passer de l'un à l'autre

lorsque certaines circonstances, lors de la cristallisation, viennent modifier un peu les forces moléculaires. L'un des équilibres étant bien plus stable que l'autre, en général, on voit souvent l'un d'eux passer à l'autre sans difficulté. Le soufre, le bi-iodure de mercure, les nitrates de potasse et de soude, etc., nous en donnent des exemples.

Les substances dimorphes, dans ma manière de voir, seraient des substances isomères dans lesquelles l'arrangement moléculaire est très peu différent; aussi les propriétés chimiques ne sont-elles que peu modifiées.

Il est très probable que, dans chaque système, à toute formule chimique d'une substance qui fait partie de ce système répond un équilibre moléculaire plus ou moins stable, mais bien déterminé. Dès lors, qu'une substance soit placée par sa forme à la limite de séparation de deux systèmes, comme tout porte à croire qu'il y a entre la forme et l'arrangement moléculaire une relation très étroite, il en résultera que l'arrangement ou équilibre moléculaire correspondant à cette substance pourra être très voisin d'un autre arrangement ou équilibre moléculaire, mais appartenant au système voisin. Et, surtout dans les cas où l'un des équilibres sera par la nature des forces moléculaires en jeu plus stable que l'autre, on verra un passage de l'un à l'autre, ce qui se manifestera* à nos yeux par l'incompatibilité des formes cristallines.

La relation que nous avons reconnu exister entre les dimensions, ou axes moléculaires, n'exige pas que l'on conclue à l'égalité des dimensions des molécules physiques dans les deux formes, mais seulement que le rapport de ces dimensions est un nombre entier ou fractionnaire, rationnel et très simple.

Ce qui précède nous montre que le dimorphisme peut être prévu à l'avance, et qu'il devra être recherché en général là où il y a forme limite. Beaucoup de substances minérales ont des formes limites sans avoir été encore trouvées dimorphes. Il en est de même de plusieurs substances des laboratoires; on peut prédire que c'est parmi elles que l'on rencontrera de nouveaux exemples de dimorphisme, et on peut en outre prédire d'une manière approchée quelle sera l'autre forme, encore inconnue, que ces substances pourront présenter. Je citerai comme substances artificielles dont la cristallisation peut être variée, et où cette recherche sera plus facile, l'hyposulfate de baryte, et surtout le prussiate de potasse. Cette dernière substance, par ses angles et l'allure générale de sa forme ordinaire, est très voisine du prisme carré droit. Cette substance peut être dimorphe, et elle cristallisera dans ce dernier système, si en effet elle est trouvée dimorphe. Quant aux substances minérales, un grand nombre sont des formes limites.

NOTE SUR UN TRAVAIL DE M. LAURENT INTITULÉ : SUR L'ISOMORPHISME ET SUR LES TYPES CRISTALLINS (*)

M. Laurent, dans un travail publié en 1845 aux Comptes rendus de l'Académie des sciences [XX, p. 357-366], a émis l'opinion que des substances pouvaient être isomorphes, quoique appartenant à des systèmes différents. Il suffisait que l'une des formes fût limite par rapport à l'autre. Il citait pour exemple les chlorures de naplitaline et de naphtaline monochlorée qui pouvaient s'unir en toutes proportions sans que la forme cristalline cessât d'être voisine de celle de l'un ou de l'autre des deux corps composants. .1 priori, on pourrait affirmer qu'une telle proposition est impossible si elle devait impliquer cette autre, que les molécules appartenant à deux systèmes différents, quoique très voisines, peuvent s'associer, se juxtaposer les unes aux autres. Des molécules qui auraient la forme d'un prisme rectangulaire oblique ne pourraient pas, quelque faible que soit l'obliquité, ne fûtelle que d'une fraction de minute, se juxtaposer à des molécules en prisme rectangulaire droit; car une condition essentielle de la cristallisation, c'est que l'espace soit rempli, c'est qu'il n'y ait pas entre les molécules un vide de dimensions finies. Mais, en admettant l'opinion que j'ai développée précédemment, à savoir que, là où il y a forme limite, le dimorpbisme est possible, non seulement le fait énoncé par M. Laurent est réalisable, mais il est nécessaire. Le chlorure de naphtaline et le chlorure de naphtaline monochlorée, par cela même qu'ils ont des- formes limites, sont tous deux dimorphes, ils sont de plus isodimorphes. Lorsqu'on les mêle et qu'on les fait cristalliser ensemble, des molécules de même forme et exactement de même angle sont ou peuvent être en présence : le type chimique est d'ailleurs le même. Nous sommes dans le cas ordinaire de l'isomorphisme, et voilà pourquoi j'ai dit que la proposition de M. Laurent était nécessaire.

1. Annales de chimie et âe physique. .'!' sér., XXIH, 1848, p. 29i-295.

J'aurai l'occasion ultérieurement de citer d'autres exemples d'isomorphisme dans des substances dont le système est différent, et j'apporterai des faits de divers ordres à l'appui des considérations que j'ai développées dans ce Mémoire ('). Les détails de ces faits trouveront mieux leur place dans un travail qui sera publié prochainement.

1. Il s'agit du Mémoire précédent : Recherches sur le dimorphisme. Annales de chimie et de physique, 3» sér., XXIII, 18iS, p. 267-294 (avec 12 fig.). Voir p. 38-58 du présent volume. [Note de l'Édition.]

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