‹ Œuvres de Pasteur (volume 5)Chapitre 41 sur 99 · Voir p. 155 du présent volume. (Notes de l'Édition · texte numérisé non relu

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d'acide aspartique qui lui restait encore. Dès mon retour à Paris, je reconnus, en effet, que l'acide aspartique nouveau, dérivé d'un corps inactif sur le plan de polarisation des rayons lumineux, était lui-même inactif. Je dois me hâter d'ajouter que tout chimiste, qui n'aurait pas considéré d'une manière attentive la forme cristalline et recherché comparativement la propriété rotatoire, aurait été conduit à la même appréciation que M. Dessaignes. Les deux acides aspartiques offrent, en effet, la ressemblance la plus frappante entre toutes leurs propriétés chimiques.

Ce qui me séduisait le plus dans l'examen de la nouvelle substance, c'était sa transformation en acide malique. Les chimistes savent, en effet, aujourd'hui qu'il est très facile de passer de l'asparagine et de l'acide aspartique à l'acide malique, et je me suis assuré que l'acide malique, ainsi obtenu, était en tout point identique, sous le triple point de vue chimique, cristallographique et optique, avec l'acide malique du sorbier, des pommes, des raisins et du tabac. Or, en appliquant à l'acide aspartique nouveau, inactif sur le plan de la lumière polarisée, exactement le même mode d'action qui a servi à M. Piria pour obtenir l'acide malique à l'aide de l'asparagine, on le transforme en un acide malique également inactif.

Je propose de distinguer ces acides et leurs dérivés par les noms actuellement dans la science, en ajoutant seulement les expressions actif et inactif'. Ainsi on dira : acide malique actif] acide aspartique actif; acide malique inactif acide aspartique inactif Cette nomenclature rend les faits d'une manière juste et saillante. Elle se prête bien surtout aux découvertes ultérieures possibles et très probables dans cet ordre d'idées. C'est dans la même prévision que j'ai proposé d'abandonner les expressions acide lévoracémique, acide dextroracémique dont je me suis servi dans le travail où j'ai fait connaître la constitution binaire de l'acide racémique. Les expressions acide tartrique droit, acide tartrique gauche me paraissent beaucoup plus convenables.

C'est à l'étude comparée des deux acides aspartiques actif et inactif, et des deux acides maliques actif et inactif que le Mémoire actuel est consacré.

Acide aspartique actif.

2. L'asparagine, découverte en 1805 par M. Robiquet dans les jeunes pousses d'asperge, trouvée plus tard dans les racines de diverses plantes et dans les tiges des légumineuses qui ont poussé

dans l'obscurité, se présente en cristaux magnifiques. J'ai montré précédemment que la forme de ces cristaux jouissait de l'hémiédrie non superposable, accompagnée de la propriété rotatoire moléculaire. Sous diverses influences, l'asparagine, dont la formule chimique est

C8H8Az206,2(HO) = C8H*06,Az2H* + 2(HO),

Asparagine cristallisa.

se transforme en un acide particulier désigné sous le nom d'acide aspartique, et dont la formule est

C8H<îAz07,HO = C8H*07,AzH2 + HO.

Acide aspartique cristallisé.

Cet acide aspartique jouit de |la propriété rotatoire. Je l'appellerai désormais acide aspartique actif.

Préparation. — Si l'on fait bouillir une solution d'asparagine en présence des alcalis ou des acides énergiques, une molécule d'eau se fixe sur une molécule d'asparagine, et celle-ci en même temps se transforme complètement en ammoniaque et en acide aspartique. Un moyen d'obtenir cet acide consiste à dissoudre l'asparagine dans l'acide chlorhydrique concentré, et à faire bouillir pendant une heure au plus. A la liqueur froide étendue d'eau, on ajoute de la craie ou du carbonate de magnésie tant qu'il y a effervescence. L'acide aspartique se dépose en partie, à l'état cristallisé, pendant la saturation.

Pouvoir rotatoire. — - Dissous dans la potasse, la soude, l'ammoniaque, cet acide exerce la rotation vers la gauche. Il l'exerce, au contraire, à droite quand il est dissous dans les acides.

Proportion d'acide aspartique cristallisé dans

l'unité de poids s = 0,108749

Proportion d'acide chlorhvdrique marquant

Densité de la liqueur à 13° 5 = 1,10904

Température de l'observation = 13°

Longueur du tube /^ 500 mm

Déviation de la teinte de passage oc = 16°8 /*

Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres .... [a]/ = 27°80 / .

Solubilité. — J'ai rempli un tube d'acide aspartique cristallisé, puis j'ai ajouté de l'eau. La température de l'eau était 13°. Elle est restée en contact avec les cristaux jusqu'au lendemain, dans un laboratoire spacieux, dont la température variait très peu. La solution saturée, filtrée rapidement dans une capsule dont la tare était faite,

DISSYMETRIE MOLECULAIRE

pesait 15 gr. 705. La température était de 11°. On a évaporé au bainniarie, puis desséché à l'étuve à 100°. Le poids d'acide aspartique fut égal à 0,043; d'où il résulte que 100 grammes d'eau à 11° dissolvent 0,274 d'acide aspartique actif. En d'autres ternies, 1 gramme d'acide aspartique actif exige 364 grammes d'eau à 11° pour se dissoudre.

On trouve un résultat très différent si l'on fait une dissolution chaude saturée d'acide actif, qu'on la laisse cristalliser par refroidissement, et qu'alors on détermine la quantité d'acide qu'elle renferme. J'ai trouvé ainsi que 100 grammes d'eau à 6° dissolvent 0,430 d'acide actif. En d'autres termes, 1 gramme d'acide actif exige, dans ces circonstances, 232 grammes d'eau à 6° pour se dissoudre. La différence des deux résultats provient de ce que, dans le dernier cas, il y a sursaturation.

Poids spécifique. — Le poids spécifique de l'acide actif, par rapport à l'alcool absolu à 12°, 5, est égal à 2,0737. Cet alcool avait lui-même une densité égale à 0, 801 13 à 12°, 5. Il résulte de là que le poids spécifique de l'acide actif, par rapport à l'eau à 12°, 5, est égal à 1,6613.

Forme cristalline. — La forme cristalline de l'acide aspartique actif appartient au système du prisme droit rectangulaire. Elle est représentée figure 1. Les cristaux d'acide actif sont rarement assez nets pour que l'on puisse distinguer toutes les faces indiquées par la figure. Je les ai reconnues sur des cristaux limpides, en tables très minces, obtenus en abandonnant à une évaporation lente une solution d'acide aspartique dans l'acide nitrique faible. Les cristaux sont, en général, fort petits, d'un aspect soyeux et micacé. Ce sont toujours des tables minces, rectangulaires, tronquées sur les angles. Leur profil est représenté figure 2. Les cristaux complets sur lesquels j'ai reconnu toutes les faces de la figure 1 étaient cependant trop minces, et les faces trop petites pour que j'aie pu mesurer les angles.

Cet acide a été analysé par divers chimistes. Sa formule est

C*H6AzO",HO lorsqu'il est cristallisé.

FlG.

Acide aspai'tique inactif.

Dans le mois de mars 1850, M. Dessaignes (l) annonça à l'Académie qu'il était parvenu à transformer le bimalate d'ammoniaque en acide aspartique. Voici le procédé qu'il emploie :

« Le bimalate d'ammoniaque est chauffé au bain d'huile de 160 à 200°. Le résidu est une masse rougeàtre qui, par des lavages répétés à l'eau chaude, laisse une matière amorphe de couleur brique pâle. Ce corps est un nouvel acide azoté qui se dissout dans les acides concentrés, d'où une addition d'eau le précipite sans altération. Mais, si on le chauffe cinq à six heures avec l'acide chlorhydrique, il se transforme en acide aspartique. La solution évaporée fournit, par refroidissement, du chlorhydrate d'acide aspartique cristallisé. Ce chlorhydrate cristallisé, dissous dans l'eau, est divisé en deux parties égales, dont l'une, saturée exactement par l'ammoniaque, est ajoutée ensuite à l'autre. Par le refroidissement, il se forme une cristallisation abondante d'acide aspartique. »

Quelques mois après, M. Dessaignes montra qu'en opérant de même avec les maléate et fumarate d'ammoniaque, on arrivait au même résultat (2).

J'ai dit précédemment les motifs qui m'avaient porté à croire que cet acide aspartique artificiel était isomère de l'acide aspartique extrait de l'asparagine. L'acide malique, ainsi que je l'ai établi dans un travail récent, jouit de la propriété rotatoire; mais, vers 150", il donne lieu aux acides maléique et fumarique, où l'on ne retrouve plus cette propriété. M. Dessaignes aurait donc obtenu une substance active à l'aide de substances inactives, les maléate et fumarate d'ammoniaque. La nature, jusqu'ici, s'est réservé le secret de pareilles transformations.

Pouvoir rotatoire. — L'acide aspartique de M. Dessaignes, que je désignerai sous le nom d'acide aspartique inactif, ne dévie pas le plan de polarisation des rayons lumineux, ainsi que le prouve l'expérience suivante :

J'ai dissous 10 gr. 353 d'acide aspartique dans 87 gr. 047 d'acide nitrique à 14° B. La dissolution est très facile, et la température de

1. Dessaignes. Formation d'acide aspartique avec le bimalate d'ammoniaque. [Comptes rendus de V Académie des sciences, séance du 18 mars 1850, XXX, p. 3-24-325.

2. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 16 septembre 1850, XXXI, p. 432-433. [Notes de l'Édition.)

DISSYMETRIE MOLECULAIRE

la liqueur s'abaisse de 2 à 3°. Observée dans un Lube de 500 millimètres, la solution n'a pas donné de déviation appréciable à la double plaque de M. Soleil.

L'acide aspartique, extrait de l'àsparagine, se dissout aussi très facilement dans l'acide nitrique avec un léger abaissement de température. 7 gr. 898 d'acide aspartique actif, dissous dans 95 gr. 122 d'acide nitrique faible, ont donné une déviation de 13°.

Solubilité. ■ — J'ai rempli un tube d'acide aspartique inactif cristallisé, et j'ai ajouté de l'eau dont la température était 13°,5. Le lendemain, la température, qui avait très peu varié pendant la nuit, était encore de 13°, 5. 12 gr. 742 de la liqueur saturée renfermaient 0,061 d'acide aspartique sec. Il résulte de là qu'à la température de 13°,5, 100 grammes d'eau dissolvent 0,4810 d'acide inactif. En d'autres termes, 1 gramme d'acide inactif exige 208 grammes d'eau pure à 13°, 5 pour se dissoudre. L'acide inactif est donc très peu soluble, mais il l'est beaucoup plus cependant que l'acide actif.

Si l'on fait une dissolution d'acide inactif saturée à chaud et qu'on la laisse refroidir, il y a aussi sursaturation, comme pour l'acide aspartique actif, et la solubilité ainsi déterminée donne un chiffre très différent de celui que nous venons de trouver.

Poids spécifique. — Le poids spécifique de l'acide inactif, par rapport à l'alcool absolu à 12°, 5, est égal à 2,0760. Cet alcool avait pour densité 0,80113 à 12°, 5, la densité de l'eau à cette même température étant prise pour unité. Il résulte de là que le poids spécifique de l'acide inactif, par rapport à l'eau à 12°, 5, est égal à 1,6632.

Forme cristalline. — La forme cristalline de l'acide aspartique inactif appartient au prisme oblique à base rhombe. Elle est représentée figure 3.» Voici les angles qui déterminent le cristal :

P : L par derrière = 91,30 environ

Le prisme est très peu oblique, mais les modifications ne laissent aucun doute sur cette obliquité (').

FlG.

1. J'ai obtenu récemment une cristallisation d'acide inactif où tous les cristaux étaient hémitropes. Que l'on imagine un plan vertical passant par les arêtes d'intersection des faces L et situé dans le plan de la figure, puis, que la moitié antérieure du cristal tourne alors de 180° autour d'un axe horizontal; on aura la représentation de ces cristaux hémitropes. Alors on voit nettement que le prisme est oblique, par les angles rentrants (P : P) et (e : e). Lorsque les

Les cristaux sont toujours très petits, fort nets dans certains cas, et réunis en croûtes étoilées. Quelquefois ils prennent une forme lenticulaire allongée, et les faces a sont courbes. Cette courbure provient de ce que chaque face a est double, et que l'angle des deux faces adjacentes est très obtus. J'ai déjà souvent rencontré dans les cristaux des faces arrondies, et j'ai toujours vu quelles étaient formées par la réunion de plusieurs facettes faisant entre elles des angles très obtus, dont les arêtes d'intersection s'étaient énioussées.

Une cristallisation d'acide aspartique inactif pur a toujours un aspect spécial tout différent de celui d'une cristallisation d'acide actif.

0 gr. 400 d'acide inactif cristallisé ont donné 0,522 d'acide carbonique et 0,188 d'eau.

On déduit de là, pour 100,

Carbone 35, G

Hydrogène 5.2.

La formule

CsH'AzO«

de l'acide aspartique actif exige :

Carbone , . . . . 3b,0

Hydrogène 5,2.

M. Dessaignes avait déjà trouvé que le nouvel acide aspartique avait la même composition que l'acide ordinaire.

Chlorhydrates des acides aspartiques.

Lorsque l'on dissout les acides aspartiques actif et inactif dans l'acide chlorbydrique et qu'on évapore au bain-marie, on obtient, par refroidissement ou mieux par un repos et une évaporation prolongés, des combinaisons de ces acides et d'acide chlorhvdrique. Ces chlorhydrates sont très solubles. Leur composition chimique est la même; mais leurs formes cristallines diffèrent, et le chlorhydrate fourni par l'acide actif a seul la propriété rotatoire.

Le pouvoir rotatoire du chlorhydrate d'acide actif est donné par l'expérience suivante :

faces a et o sont doubles, ce qui arrive souvent, si des faces naissaient tangentiellenient sur les arêtes des faces L de devant et L de derrière, l'acide inactif aurait alors l'aspect de l'acide actif (flg. 1). Il serait donc très important de mesurer les angles de la forme de l'acide actif, afin de les comparer avec ceux de l'acide inactif.

DISSYMETHIE MOLECULAIRE 167

Proportion de chlorhydrate cristallisé .... e = 0,055463

Densité de la liqueur à 13" 3 = 1,0274

Déviation de la teinte de passage a = 6°96 /

Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres .... [ot];- = 24*427 ,' .

Le chlorhydrate d'acide aspartique actif se décompose en se dissolvant dans l'eau. Il se précipite une assez grande quantité d'acide aspartique. Je l'ai fait disparaître par l'addition de quelques gouttes d'acide chlorhydrique, dont on a tenu compte dans l'expérience précédente.

Le chlorhydrate d'acide inactif peut se dissoudre dans l'eau sans précipitation d'acide inactif. On pourrait croire que cela constitue une différence dans les propriétés chimiques de ces deux chlorhydrates; mais il n'en est rien. Le chlorhydrate d'acide inactif se décompose aussi en se dissolvant dans l'eau ; seulement, l'acide inactif, étant plus soluble que l'acide actif, reste en dissolution. Aussi y a-t-il, dans les deux cas, une précipitation abondante lorsque l'on opère avec une eau alcoolisée. D'ailleurs, si l'on verse de l'eau sur le chlorhydrate inactif et qu'on laisse la dissolution s'effectuer sans agiter, il se forme également un précipité floconneux d'acide aspartique inactif.

Lorsque l'on abandonne au contact de l'air les chlorhydrates des acides aspartiques et qu'on suit par la balance la modification qu'ils éprouvent, on voit facilement que le chlorhydrate d'acide inactif est tout à fait inaltérable. En été seulement, les cristaux deviennent d'un blanc laiteux à la surface, et perdent leur éclat et leur transparence. Quant au chlorhydrate d'acide actif, son poids augmente beaucoup ; il tombe en déliquescence et se couvre de taches blanches d'acide aspartique.

Cette déliquescence du chlorhydrate d'acide actif ne permet pas de mesurer avec précision les angles de sa forme cristalline. Elle a un aspect tout autre que celle du chlorhydrate inactif. C'est un prisme droit terminé par des facettes tétraédriques. La forme est représentée figure 4. L, L sont les pans; h, h sont les facettes hémiédriques qui portent sur l'angle solide formé par les faces L, L et par la base du prisme. Ces facettes h devraient être au nombre de quatre à chaque extrémité du prisme ; il y en a deux seulement, et le couple d'une extrémité est en croix avec le couple de l'autre extrémité, ce qui est l'indice de l'héniiédrie. Autant que j'ai pu le reconnaître par des mesures prises au goniomètre d'application sur de petits cristaux, on a

mesures très grossières.

Il est probable que les facettes h porteraient sur les arêtes des bases du prisme droit qui serait formé par les quatre faces g. Deux de ces faces ne sont indiquées ni sur la figure, ni sur les cristaux naturels.

La difficulté d'observer un cristal déliquescent et incomplet ne me permet pas de regarder comme rigoureuses la détermination de la forme de ce chlorhydrate et la position des facettes hémiédriques ' .

La forme cristalline du chlorhydrate inactif est représentée figure 6; c'est un prisme oblique à base rectangle. On a

Voici la détermination du chlore de ces deux chlorhydrates, dont l'analyse a été déjà faite par M. Dessaignes qui leur avait trouvé la même composition. 1 gr. 487 de chlorhydrate i?iactif ont donné 1,243 de chlorure d'argent, ce qui correspond à 20,66 pour 100 de chlore; d'autre

FlG.

FlG. t>.

part, 1 gr. 307 de chlorhydrate actif ont donné 1,083 de chlorure d'argent, ce qui correspond à 20,48 pour 100 de chlore. La formule

C8H'AzO»,HCl exige 20,9 pour 100.

Action de la chaleur. — Les chlorhydrates des acides actif et inactif se comportent de même sous l'influence de la chaleur. Tous deux perdent, sensiblement à la même température, de l'acide chlorhy-

1. Jusqu'à présent j'ai presque toujours vu les substances actives, tartrates, malates, aspartates, etc., appartenir au système du prisme droit à base rhombe, et l'hémiédrie être constamment indiquée par des facettes portant sur les arêtes des bases rhombes, de manière à conduire par leur prolongement à un tétraèdre irrégulier. Les exceptions sont assez rares. Je citerai cependant le sucre, l'acide tartrique, le tarlrate neutre de potasse. L'hémiédrie. dans les substances qui cristallisent en prisme oblique à base rectangle, est accusée par des faces qui naissent d'un côté seulement du cristal. Soit, pour fixer les idées, le prisme rectangulaire oblique (tig. 5). Les facettes hémiédriques portent d'un côté seulement du cristal, sur les arêtes B ou sur les arêtes D. Dans ces deux cas l'hémiédrie est non superposable. Les mêmes modifications, placées de l'autre côté du prisme oblique et sur les arêtes de même nom, conduisent à un solide symétrique du précédent.

DISSYMETRIE MOLECULAIRE

drique et de l'eau, et fournissent cette substance insoluble, azotée, découverte par M. Dessaignes, et dont je donnerai plus loin l'analyse élémentaire. Voici la réaction :

C*H' Az 0«,H Cl = H Cl + 3 (HO) + C*H'' AzC-5.

La matière colorante qui accompagne toujours la production du corps C8H4Az05 ne se forme, dans l'expérience actuelle, qu'en très petite quantité.

Aspartates de soude actif et inactif.

Lorsqu'on ajoute de la soude caustique ou du carbonate de soude .aux acides aspartiques jusqu'à neutralisation, et qu'on abandonne à une évaporation lente les liqueurs, elles fournissent des aspartates de soude parfaitement neutres, l'un actif, l'autre inactif, de même composition chimique, offrant les mêmes réactions ; mais leurs formes cristallines sont distinctes et incompatibles.

Solubilité. — Les aspartates de soude actif et inactif sont très solubles dans l'eau. Afin de déterminer exactement et de comparer leur

Fig. 7.

Fig. 8.

Fig. 8 bis.

solubilité, j'ai rempli séparément deux tubes, l'un d'aspartate actif, l'autre d'aspartate inactif, et j'ai ajouté de l'eau de manière que le niveau du liquide, dans chaque tube, fût encore au-dessous des cristaux après la saturation. La température de l'eau était de 12°,3 lorsqu'elle fut versée sur les cristaux d'aspartate actif. Le surlendemain, la température, qui variait très peu pendant la nuit, était de 12°, 2. J'ai alors filtré et j'ai reçu, dans une capsule dont la tare était faite à l'avance, 5 gr. 6085 de liquide. En abandonnant à l'évaporation lente jusqu'à ce que tout le liquide eût cristallisé, on trouva que les 5 gr. 6085 de solution renfermaient 2 gr. 644 d'aspartate de soude cristallisé pur; il

résulte de là que 100 grammes d'eau à 12°, 2 dissolvent 89 gr. 194 d'aspartate de soude actif.

Une expérience, faite à la même époque et de la même manière sur l'aspartate de soude inactif, a montré que 100 grammes d'eau à 12°,5 dissolvent 83 gr. 791 d'aspartate de soude inactif; ce dernier est donc un peu moins soluble.

Formes cristallines. — L'aspartate de soude actif cristallise eu aiguilles prismatiques appartenant au prisme droit à base rhombe. La forme est représentée figure 7. Les facettes h sont des facettes hémiédriques; elles devraient être au nombre de quatre à chaque base, d'après la loi de symétrie. Il n'y en a que deux, en général, et leur ensemble conduit à un tétraèdre irrégulier. Lorsque les huit facettes h existent, quatre d'entre elles, placées comme nous venons de le dire, se développent beaucoup plus que les autres.

Les faces des pans étant toujours striées et donnant lieu à des doubles images, je n'ai pas confiance dans les mesures que j'ai prises des angles du prisme. Quant à l'angle du biseau, il est de 106° à un 3 degré près. Ce qu'il importe surtout de remarquer, c'est que le prisme est droit et hémiédrique.

L'aspartate de soude inactif cristallise en prisme oblique à base rectangle modifié, comme l'indique la figure 8. L'obliquité du prisme est très marquée, et il y a incompatibilité complète entre les formes des deux aspartates. On a :

Il y a souvent hémitropie dans ce sel. Supposons un cristal identique avec le cristal de la figure 8 placé derrière celui-ci, le touchant suivant sa face g, mais sa base P inclinée en sens contraire de celle de la figure et faisant biseau avec celle-ci. Dans ce double cristal, les faces k se rejoignent deux à deux et donnent lieu à des angles rentrants. La projection du sommet du cristal hémitrope est dessinée figure 8 bis. (k, k), (k, k) sont les angles rentrants.

On peut encore se représenter le cristal hémitrope de la manière suivante : Supposons le solide (fig. 8) coupé par un plan vertical situé dans le plan de la figure et passant par les arêtes d'intersection des faces M. En faisant tourner de 180°, autour d'un axe horizontal, la moitié postérieure du cristal, on aura le cristal hémitrope. C'est la même hémitropie que dans l'acide aspartique inactif.

DISSYMETRIE MOLECULAIRE 171

Pouvoir rotatoire de l'aspartate actif.

Proportion d'asparlale de sonde rrisiallisé . . e = 0, 134031

Proportion d'eau e = 0,865969

Densité de la liqueur à 12° 5=1,12135

Température de l'observation = 12°

Déviation de la teinte de passage <x = L°68

Pouvoir rotatoire pour 100 millimètres .... [ajj = 2023 \ .

Aspartcttes d'argent actif et inactif basiques.

Si l'on dissout l'acide aspartique actif dans un excès d'ammoniaque et qu'on ajoute de l'azotate d'argent neutre, le précipité, qui prend naissance d'abord, se redissout ensuite par l'agitation. II persiste lorsqu'on a ajouté une assez grande quantité île sel d'argent, si les liqueurs ne sont pas trop étendues. Le précipité est blanc et amorphe. La Liqueur filtrée laisse déposer, en vingt-quatre heures, des cristaux réunis en petites masses sphériques. Ce sel cristallisé a la même composition que le précipité dont je viens de parler.

0 gr. 664 de matière desséchée à 100 degrés donnent 0,4125 d'argent

métallique, ou 62,1 pour 100.

La formule

G8H5Az06,2(AgO)

exige 62,2; d'autre pari, j'ai retiré, de 1 gr. 1925 de ce sel, après un traitement à l'hydrogène sulfuré, un poids d'acide aspartique actif égal à 0,453. La formule exige 0,457 (*).

L'acide aspartique inactif se comporte exactement, dans les condi-

1. J'ai fait deux analyses de ce sel d'argent cristallisé comprimé entre des doubles de papier, puis exposé à l'air pendant vingt-quatre heures, sans le dessécher préalablement à 100°, et j'ai trouvé dans un cas 60,7 pour 100 d'argent; dans l'autre cas 60,8. La formule

C'H'AzO', 2(AgO) exige 60,7.

Il semble, d'une part, qu'un sel cristallisé en très petits mamelons durs et sablonneux ne peut retenir de l'eau interposée. D'autre part, il est étonnant qu'un sel d'argent perde aussi facilement à 100° 1 équivalent d'eau. Je laisse à des chimistes plus exercés le soin de décider si l'aspartate d'argent cristallisé renferme en effet 1 équivalent d'eau.

L'aspartate de soude inactif additionné d'acétate de plomb ammoniacal donne un précipité caséeux. La liqueur filtrée, étendue de beaucoup d'eau, dépose en deux ou trois jours des cristaux nacrés réunis en mamelons sphériques, très durs, de structure rayonnée. J'ai trouvé que ce sel était anhydre, ne perdait rien à 100°, et avait pour formule

CHOAzO7, 2(PbO).

La formule correspond à 64,3 pour 100 d'oxyde de plomb, et l'on a obtenu 63,88. La formule

C'H'AzO', 2(PbO) exige 60,1.

J'ai rencontré ici une cause d'erreur que je m'empresse de signaler. L'aspartate de soude actif se comporte avec l'acétate de plomb ammoniacal comme l'aspartate de soude inactif. Il se produit également un précipité qui se rassemble en masse molle, et par le repos des cristaux réunis en mamelons durs, rayonnes. Mais ces cristaux sont formés par un acétate de plomb basique particulier, qui renferme 65 pour 100 d'oxyde de plomb. J'ai pris d'abord et pendant long-

tions précédentes, comme l'acide actif. Le précipité formé dans la liqueur alcaline d'acide inactif, par le nitrate d'argent, se redissout d'abord et persiste ensuite. La liqueur filtrée et limpide laisse déposer, en vingt-quatre heures, des cristaux réunis en petites niasses sphériques, qui ont aussi la composition indiquée par la formule précédente.

1 gr. 054 de sel séché à 100° ont donné 0,657 d'argent, ou 62,3 pour 100.

Je pourrais multiplier les exemples de comparaison entre les dérivés des deux acides aspartiques. M. Dessaignes a reconnu, en effet, que l'acide aspartique donnait des combinaisons cristallisables non seulement avec l'acide chlorhvdrique, mais aussi avec les acides nitrique, sulfurique, etc. Il a étudié également des aspartates cristallisés autres que celui de soude (*); mais ces détails n'ont aujourd'hui aucune utilité. J'y reviendrai dans un travail ultérieur.

Les résultats précédents suffisent pour caractériser ce nouveau genre d'isomérie des substances douées de la propriété rotatoire moléculaire. Tout ce que l'on produit avec l'acide actif se peut effectuer dans les mêmes conditions avec l'acide inactif. Les produits obtenus ont constamment même composition, mêmes propriétés chimiques ; ils se distinguent par de faibles différences dans la solubilité, par l'existence de la propriété rotatoire dans les uns, et surtout, en général, par des formes cristallines incompatibles. Si l'on faisait abstraction de la propriété rotatoire, on aurait deux séries de substances respectivement aussi voisines que peuvent l'être les variétés de substances dimorphes. II n'y a pas plus de différence entre les deux acides aspartiques, les deux aspartates de soude, etc., qu'il n'y en a entre le spath d'Islande et l'arragonite, le soufre octaëdrique et le soufre prismatique, si l'on met de côté le phénomène rotatoire.

On peut s'étonner qu'une aussi grande similitude dans toutes les propriétés chimiques de ces corps actifs et inactifs ne soit pas accusée

temps cet acétate pour un aspartate de plomb de même composition que l'aspartate inactif, et comme sous l'influence d'un courant d'acide carbonique il donnait lieu à un précipité de carbonate de plomb, je trouvais là une preuve non équivoque que l'aspartate de plomb était un aspartate basique. L'acide aspartique s'ofl'rait ainsi comme un acide monobasique. En réalité, bien qu'il y ait plusieurs motifs d'adopter cette opinion, je crois qu'elle réclame encore de nouvelles études. Quel que soit d'ailleurs le résultat auquel on arrive, les idées de M. A. Laurent sur la capacité de saturation des acides amidés ne trouveront ici aucune exception. En effet, l'acide aspartique n'est pas l'acide malamique, et l'asparagine n'est pas la malamide. Ce résultat vient d'être constaté par M. Demondésir au laboratoire de la Faculté de Strasbourg, et je le confirme ici comme étant de la plus entière exactitude.

1. Les recherches de M. Dessaignes sur l'asparagine et l'acide aspartique ne se trouvent que par extraits dans les Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences ou dans le journal l'Institut. L'intérêt qu'offrent ces recherches, leur précision, font désirer vivement qu'elles soient publiées in extenso dans les Annales de chimie et de physique.

par certaines relations entre leurs formes cristallines; niais, outre que ces relations ne sont peut-être que cachées pour nous, le dimorphisme offre une difficulté du même ordre. Nous verrons tout à l'heure, du reste, en examinant les formes cristallines des bimalates d'ammoniaque et de chaux, que la constitution moléculaire des substances inactives n'est pas incompatible avec une forme cristalline identique à celle des substances actives correspondantes; et peut-être, dés lors, n'y a-t-il, dans certains cas, incompatibilité des formes des substances actives et inactives de même composition que par suite d'un dimorphisme. C'est ce que je m'efforcerai de rechercher dans mes études ultérieures.

La nécessité de l'examen du pouvoir rotatoire de tous les produits organiques n'a jamais paru si pressante. L'identité d'un produit naturel avec un produit artificiel de même composition ne pourra désormais être acquise à la science qu'après une étude attentive et de la forme cristalline et du pouvoir rotatoire. Tous les chimistes qui ont eu l'occasion d'annoncer de pareilles identités sentiront le besoin tic soumettre à ces nouvelles épreuves les résultats de leurs travaux, en s'aidant, dés à présent, de la remarque sur laquelle j'ai insisté tout à l'heure, savoir : que jamais on n'a obtenu une substance douée de la propriété rotatoire en partant de composés qui ne jouissaient pas euxmêmes de cette propriété. Les résultats, aujourd'hui acceptés, qui nécessiteraient une révision du genre de celles que je viens d'indiquer, sont nombreux dans la science, et je crois inutile de les énumérer ici («).

Acides malignes actif et inactif.

M. Piria a fait voir que l'asparagine et l'acide aspartique, soumis à l'action de l'acide nitrique nitreux, se transformaient en acide malique. J'ai répété plusieurs fois l'expérience de M. Piria, et je me suis assuré, par une étude rigoureuse de la forme cristalline du sel acide d'ammoniaque et par l'examen de la propriété rotatoire, que l'acide malique ainsi préparé était identique à l'acide malique du sorbier, des pommes et des raisins. Je crois inutile de rapporter ici les angles de la forme de ce bimalate et les détails de l'expérience qui m'a donné la mesure de son pouvoir rotatoire. J'ajouterai seulement qu'au lieu de recher-

1. Je ferai seulement remarquer que certains chimistes ont émis l'opinion que l'éther nitreux se transformait avec le temps en divers produits, parmi lesquels se rencontre l'acide malique. Si cette observation est juste, l'acide malique ainsi obtenu doit être inactif, et identique avec celui que je fais connaître dans ce travail. C'est ce que je rechercherai prochainement.

cher le pouvoir rotatoire du malate acide d'ammoniaque pur, je l'ai d'abord fait bouillir avec de l'oxyde d'antimoine. Le malate double d'ammoniaque et d'antimoine a un pouvoir rotatoire considérable à droite, ainsi que je L'ai déjà fait voir dans un travail antérieur. On peut, en profitant de ce fait, reconnaître et mesurer le pouvoir rotatoire d'une solution qui ne renferme que 1 ou 2 grammes de bimalate d'ammoniaque. N'ayant à ma disposition qu'une petite quantité d'acide malique de l'asparagine, j'ai dû recourir à ce procédé pour en étudier le pouvoir rotatoire.

Si l'on fait agir l'acide nitrique nitreux sur l'acide aspartique inactif, les choses se passent exactement comme avec l'acide aspartique actif; il se dégage de l'azote immédiatement et en grande quantité. La liqueur acide sursaturée par l'ammoniaque, lorsque le dégagement de gaz a cessé, puis précipitée par l'acétate de plomb, fournit du malate de plomb. Celui-ci, traité par l'hydrogène sulfuré, donne un liquide acide qui, évaporé au bain-marie jusqu'à consistance sirupeuse, fournit une cristallisation abondante, mamelonnée, d'un acide malique dénué de toute propriété rotatoire.

Acide malique inactif.

L'acide malique inactif est très soluble dans l'eau; sa dissolution sirupeuse se concrète, par le repos, en masse blanche, cristalline, mamelonnée, comme il arrive pour l'acide malique actif. Il cristallise plus facilement que ce dernier, parce qu'il est moins soluble et non déliquescent.

Desséché sous une cloche par l'acide sulfurique et amené à son plus grand état de siccité, l'acide malique inactif augmente très peu de poids si on l'expose à l'air. 603 milligrammes de cet acide pur et sec ont absorbé 0 gr. 0025 d'eau, ou 0,4 pour 100, après huit jours d'exposition dans un air peu humide. Pendant le même temps et dans le même air, 935 milligrammes d'acide actif pur et sec ont absorbé 49 milligrammes d'eau, ou 5,2 pour 100. Dans une autre expérience, l'air était plus humide: l'hygromètre de Daniel a donné 7° pour la température du point de rosée, la température extérieure étant de 12°. L'acide actif est tombé facilement en déliquescence. Le poids de l'acide inactif a, au contraire, très peu varié. 266 milligrammes ont absorbé rapidement 2 milligrammes d'eau, et le poids n'a plus changé, même pendant plusieurs jours. En général, l'acide inactif pur et sec, exposé à l'air, absorbe rapidement et en totalité, en une ou deux heures, la quantité d'eau, toujours faible, qu'il peut prendre à l'air, tandis que l'acide actif

absorbe l'eau Lentement jusqu'à ce qu'il soit réduit en un liquide visqueux, ce qui n'arrive que dans un air un peu humide. L'acide inactif ne se liquéfie pas. même dans un air saturé d'humidité.

0 gr. 816 d'acide inactif cristallisé, pur, qui avaient passé une nuit sous une cloche avec de l'acide sulfurique concentré, ont donné dans le tube à combustion 1,070 d'acide carbonique et 0,340 d'eau.

On déduit de là :

Carbone 35,76

Hydrogène 4,65

Oxygène 59,59

La formule de l'acide malique ordinaire

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