‹ Œuvres de Pasteur (volume 5)Chapitre 84 sur 99 · LA QUININE PAR LA CINCHONIDINE · texte numérisé non relu

LA QUININE PAR LA CINCHONIDINE

Notre savant correspondant M. Weddell, dont le nom fait autorité dans nos connaissances sur les quinquinas, a présenté récemment à l'Académie (séance du 22 janvier) une Note intéressante concernant les propriétés fébrifuges de la cinchonidine (2). En cela, il est tout à fait d'accord avec le célèbre quinologïste anglais, M. Elliot Howard. Dans celte Communication, M. Weddell dit incidemment que la cinchonidine a été découverte par moi. C'est trop m'attribuer, et je désire, par respect pour la vérité, qu'une rectification soit faite dans nos Comptes rendus.

Il y a vingt-cinq ans environ, lorsque je m'occupais de l'étude de la dissyniétrie moléculaire dans ses rapports avec la polarisation rotatoire et la cristallisation, j'ai publié, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, deux Notes relatives aux alcaloïdes des quinquinas (3).

En 1833, MM. Henry et Delondre avaient découvert un alcaloïde des quinquinas, qu'ils nommèrent quinidine. Un an après, ils revinrent sur leur travail et déclarèrent que le nouvel alcaloïde n'était autre chose que de la quinine sous une forme cristalline particulière.

En 1848, M. Winckler découvrit, lui aussi, un nouvel alcaloïde dans les quinquinas, qu'il appela également du nom de quinidine. Postérieurement parurent, sur ces questions, plusieurs travaux contradictoires et confus.

1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 26 mars 1877, LXXXIV. p. .V,7-578.

2. Weddell. Ibid., séance du 22 janvier 1877, LXXXIV, p. 168-172.

3. Pasteur. Note sur la quinidine. Comptes rendus de V Académie des sciences, XXXVI, 1853, p. 26-27. — Recherches sur les alcaloïdes des quinquinas. Ibid., XXXVII, 1853, p. 110-114. Voir ces deux Notes p. 250-251 et p. 252-256 du présent volume. {Notes de l'Édition.'.

. DISSYMETRIE MOLECULAIRE 367

Voici ce que je démontrai en 1853 :

1° Il existe, en effet, un alcaloïde qu'on peut légitimement appeler quinidine, car cet alcaloïde offre, avec la quinine, certaines propriétés remarquables, par exemple le caractère de la coloration verte par addition successive du chlore et de l'ammoniaque.

2° La quinidine est isomère de la quinine.

3° La quinine et la quinidine se transforment toutes deux, dans des conditions bien déterminées, en une nouvelle base isomère que j'ai appelée quinicine.

4° La quinidine d'Henry et Delondre diffère essentiellement de la quinine par son pouvoir rotatoire, qui est à droite et considérable, tandis que celui de la quinine est à gauche et beaucoup moindre.

5° La quinidine de Winckler diffère complètement de la véritable quinidine isomère de la quinine dont nous venons de parler.

6° La quinidine de Winckler est, au contraire, isomère de la cinchonine et, pour rappeler tout à la fois cette propriété et la propriété dont je vais parler, j'ai appelé cet alcaloïde du nom de cinchonidine.

7° La cinchonine et la cinchonidine se transforment toutes deux également en une nouvelle base organique isomère que j'ai nommée cinchonicine.

En résumé, et par suite des résultats que je viens de rappeler, il fut établi qu'il existe les deux séries d'alcaloïdes suivantes :

Quinine, quinidine, quinicine, toutes trois isomères.

Cinchonine, cinchonidine, cinchonicine, toutes trois isomères.

Je ne regrette pas que l'occasion m'ait été offerte par M. Weddell de revenir sur ces faits, à cause de la circonstance suivante :

Un chimiste allemand, M. Hesse, a inséré, dans les Annales de chimie et de pharmacie allemandes, des travaux intéressants, mais qui me paraissent apporter, sur un point capital, une confusion nouvelle dans nos connaissances relatives aux alcaloïdes des quinquinas. L'auteur dont je parle décrit en effet, sous le nom de cinchonine, un alcaloïde, qu'il croit nouveau, et qui semble n'être autre chose que la quinidine dont j'ai parlé ci-dessus (*).

C'est AL de Yrv, de La Haye, un des hommes qui connaissent le mieux les quinquinas et leurs alcaloïdes, qui a bien voulu appeler mon attention sur le travail de M. Hesse. Je rappellerai à ce propos que ces difficiles études doivent à M. de Vry la connaissance d'un réactif précieux pour la distinction de la quinidine et des autres alcaloïdes du quinquina.

1. Hesse. (O.) Ueber Cinchonin. Annalen <!<■,- Chemie u. Pharmacie, CXXII, 18(32, p. 226-240. {Xote de l'Édition.

M. de Vry, en elîet, a reconnu que la quinidine forme, avec l'acide iodhydrique, un sel neutre excessivement peu soluble, car il exige pour sa dissolution 1250 parlies d'eau à la température de 15". L'iodhydrate de quinidine est assez peu soluble pour que le sulfate de quinidine, qui n'es! lui-même que médiocrement soluble dans l'eau froide, précipite abondamment par l'iodure de potassium. Bien plus, une écorce qui contient de la quinidine forme, dans la teinture qu'on en fait avec de l'alcool fort, des cristaux d'iodhvdrate de quinidine par l'addition de quelques gouttes d'acide iodhydrique.

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