V. — PRIX ALHUMBERT POUR L'ANNÉE
RAPPORT SUR CE CONCOURS FAIT DANS LE COMITÉ SECRET DE LA SÉANCE DU 1° DÉCEMBRE (1)
Commissaires : MM. Miixe Enwanrps, FLourEexs, BRONGNIART, CosTE, CLaupe BERNARD rapporteur.)
La propagation des êtres vivants par génération sexuelle ou par parenté a toujours été de l’évidence la plus vulgaire en histoire naturelle. Cependant, pour des animaux et des végétaux placés dans certaines conditions, la filiation ne parut pas assez nette à tous les observateurs, et l’on put supposer que des êtres arrivaient à la vie sans parents ou sans aïeux. Telle fut l’origine de cette hypothèse dite des générations spontanées, équivoques, ou hétérogènes, etc. Cette idée eut cours dès le début de la science, et depuis Aristote jusqu'à nos jours la question des générations spontanées a suivi une évolution que chacun connaît.
Nous ferons seulement remarquer iei que les idées qui apparaissent dans les sciences présentent deux aspects opposés dans leur développement : les idées vraies, partant le plus souvent d'un très petit nombre de faits simples bien observés, grandissent à mesure que les connaissances augmentent et s'étendent de plus en plus; les idées erronées, embrassant ordinairement dès l’abord un grand nombre de faits obscurs et mal vus, s’amoindrissent au contraire et disparaissent en raison directe des progrès de la science. La question des générations spontanées s'est trouvée dans ce dernier cas, en ce sens qu'elle s’est toujours circonscrite de plus en plus devant les lumières de l’expérience. D'abord étendus aux mollusques, aux articulés, et jusqu'aux vertébrés, les cas de genérations spontanées étaient depuis longtemps relégués uniquement dans les parties restées les plus obscures de l’histoire naturelle, c’est à-dire dans les animaux infusoires. Mais nous venons de voir que le prix de physiologie expérimentale à été décerné cette année à un travail dans lequel la génération sexuelle des infusoires est mise en évidence: la science suit done sa marche naturelle, et il n'y a pas lieu de lui imprimer une autre direction. Il ne s’agit point ici, en effet, d’une question de métaphysique, mais d’une question de science purement expérimentale qui ne peut être résolue qu’en laissant de côté toute hypothèse sur l’origine des ètres et en procédant lentement du connu à l'inconnu.
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 29 décembre 1862, LV, p. 977-978.
Il y a quelques années cette question des générations spontanées, déjà sur son déclin, fut en quelque sorte réveillée et rajeunie par des vues nouvelles bien connues qu’on y introduisit. A cette occasion beaucoup de travaux furent adressés à l’Académie, et la Commission du prix Alhumbert, voulant encourager autant que possible les expériences sur ce sujet, mit au concours la question suivante :
« Essayer par des expériences bien faites de jeter un nouveau jour sur la question des generations dites spontanées. »
La Commission demande des expériences précises, rigoureuses, également étudiées dans toutes leurs circonstances et telles, en un mot, qu'il puisse en être déduit quelques résultats dégagés de toute confusion née des expériences mêmes.
Les termes de la question indiquent que la Commission n’a pas demandé une solution qui ne peut être fournie que par le temps: elle a voulu seulement appeler et faire surgir des expériences bien faites. Parmi les travaux soumis à son examen, la Commission a remarqué en première ligne le Mémoire de M. Pasteur sur les Corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère (*). Ce travail renferme un nombre considérable d'expériences originales et remarquables par leur précision, qui jettent une vive lumière sur les conditions de production et de développement d’un grand nombre d'organismes inférieurs, soit animaux, soit végétaux. La Commission a été à même de voir un certain nombre de ces expériences, de constater l’exactitude des résultats et d'admirer l’habileté expérimentale bien connue de leur auteur. En conséquence, le prix Alhumbert est accordé à l'unanimité au travail de M. Pasteur sur les Corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère.
1. Voir ce Mémoire p. 210-294 du présent volume. (Note de l'Édition.)
VI. — RAPPORT SUR LES EXPÉRIENCES RELATIVES A LA GÉNÉRATION SPONTANÉE E (1
(Commissaires : MM. FLourexs, Dumas, BroxGniarT, Mizxe Enwanps, BaLarD rapporteur.)
La culture des sciences d'observation soulève des questions qui ne peuvent jamais recevoir de l'expérience une solution absolue, et de ce nombre se trouve celle de la génération spontanée. L'idée qu'un être vivant peut, dans les conditions actuelles, prendre naissance sans l'existence antérieure d’un autre être, vivant aussi, qui en a fourni le germe, a été débattue dans tous les temps, et comme rien n’abonde à l’égal des observations vagues et sans précision, les raisons déduites, en apparence du moins, de l'expérience directe n'ont jamais manqué pour soutenir cette doctrine. Mais une étude plus sévère vient montrer que ces faits ont été mal observés, et les cas nouveaux où la matière semblait s'organiser d'elle-même rentrant alors dans la classe de ceux où l'existence d’un germe antérieur est évidente. la question semble disparaitre de l'arène scientifique. Bientôt cependant elle se représente appuyée encore en apparence sur l’observation, mais portant cette fois sur des êtres de dimensions de plus en plus petites, et pour lesquelles nos moyens d'investigation sont incertains. Mais, d’un côté, l'habileté plus grande des observateurs; de l’autre, les progrès dans la construction du microscope, font encore rentrer ces nouveaux faits dans la série des faits connus et ordinaires.
On concoit qu’en procédant ainsi, la science doit fatalement arriver à un point où, l’exiguité des organismes observés devenue extrême, et le pouvoir grossissant de nos microscopes, dont nous sommes bien près d’avoir atteint É limite, étant à peine suffisant pour montrer dans leur état de plus grand développement les êtres sur lesquels on discute, nous resterons dans Fimpuissance de voir les corps reproducteurs plus exigus qui peuvent leur avoir donné naissance; et à moins que la science ne s’enrichisse de moyens plus puissants d'observation tout nouveaux, et dont nous ne pouvons avoir aujourd’hui l’idée, la question arrivée à ce terme sortira du domaine des faits pour entrer dans celui de la discussion pure. Les uns, guidés par l'induction scientifique, concluront que la nature, toujours d° on avec elle-même (semper sibi consona), procède dans ces organismes inconnus
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, Séance du 20 février 1869, LX, p. 384-397.
comme elle le fait pour ceux que nous pouvons observer; d’autres, se fondant sur ce qu’à l'origine des choses la matière a été organisée sans germes antérieurs, penseront que cette puissance créatrice peut manifester encore ses effets dans les régions de l’infiniment petit dont l'accès nous est interdit, el qu'une opposition absolue dans leur mode de production sépare les êtres qu'il nous est possible d'étudier de ceux que l’exiguité de leurs dimensions soustrait pour toujours à nos observations. De là des discussions qui, aussi vieilles que le monde, doivent évidemment rester éternelles, et des opinions radicalement opposées, entre lesquelles l'Académie n’est pas appelée à faire de choix. Sa mission n’a jamais consisté à adopter telle ou telle doctrine, mais à contrôler les faits sur lesquels s'appuient les opinions diverses, et quand il s’en trouve d’une importance capitale qui, affirmés par les uns, sont niés par les autres, elle doit vérifier entre ces assertions opposées quelles sont celles qui, conformes à la vérité. méritent seules de servir d’élément à une discussion sérieuse.
Or, parmi les expériences dont les résultats sont présentés comme favorables ou contraires à la doctrine des générations spontanées, il en est une dont l'importance a frappé tous les esprits, et qui, d’un accord unanime, est regardée comme capitale.
Dans le Mémoire publié par M. Pasteur, ce savant affirme qu'il est tou- Jours possible de prélever, en un lieu déterminé, un volume notable d'air ordinaire n'ayant subi aucune modification physique ou chimique, et tout à fait impropre néanmoins à provoquer une altération quelconque dans une liqueur éminemment putrescible.
MM. Pouchet, Joly et Musset ont écrit à l’Académie que ce résultat est erroné.
M. Pasteur à porté à ces messieurs le défi de donner la preuve expérimentale de leurs assertions.
Ce défi a été accepté par MM. Pouchet, Joly et Musset, dans les termes que voici : St un seul de nos ballons demeure inaltéré, disent MM. Joly et Musset, nous avouerons loyalement notre défaite (1).
M. Pouchet a accepté le même défi dans les termes suivants : J'atteste que sur quelque lieu du globe où je prendrai un décimetre cube d'air, des que je mettrai celui-ci en contact avec une liqueur putrescible renfermée dans des matras hermétiquement clos, coxsramuexr ceux-ci se rempliront d'organismes vivants (?).
L'Académie, acceptant la mission de vider la question posée en ces termes, a nommé, dans sa séance du 4 janvier [1864], une Commission chargée de faire répéter en sa présence les expériences dont les résultats sont invoqués comme favorables ou contraires à la doctrine de la génération spontanée. 172
La Commission, vers la fin de février, s’est donc mise en communication avec MM. Pouchet, Joly et Musset, en indiquant les premiers jours de mars comme ceux où pourraient commencer les expériences. Mais cette époque de l’année ne parut pas convenable à ces savants, qui soutiennent ce qu'on
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1863, LVII, p. 845. 2. Ibid., p. 902. (Notes de l'Édition.)
appelle généralement la doctrine de l'hétérogénie. Ils demandèrent que les expériences fussent remises aux jours chauds de l'été, la température encore faible du mois de mars et les variations qu’elle subit pouvant devenir une cause d'insuccès pour la manifestation des faits qu'ils se proposaient de reproduire devant la Commission. Celle-ei n’attribuait certes aucune influence mystérieuse à la chaleur naturelle, la seule que MM. Pouchet, Joly et Musset voulaient employer : elle pensait qu'une étuve chauffée par une source artificielle de chaleur présentait plus de garantie d'obtenir telle température qui serait nécessaire et de la maintenir constante pendant longtemps, mais elle crut devoir obtempérer au désir de MM. Pouchet, Joly et Musset et ajourner les expériences projetées au mois de juin suivant.
Le 16 juin une première séance préparatoire réunit les membres de la Commission, ainsi que M. Pasteur et MM. Pouchet, Joly et Musset; mais au bout de quelques instants il fut facile de s'assurer qu'elle ne pourrait amener aucun résultat; car, priés par la Commission d'indiquer ce qui était nécessaire pour répéter les expériences en vases clos qu'ils opposaient à celles de M. Pasteur, les trois savants partisans de l’hétérogénie déclarèrent qu'ils ne s'étaient pas déplacés pour faire les expériences de M. Pasteur, mais les leurs propres (1).
Aux demandes de la Commission pour savoir quelles étaient parmi ces expériences celles qui leur paraissaient les plus importantes et qui, dans leur pensée, étaient tout à fait décisives, cruciales en un mot, selon l'expression consacrée, ils répondirent par un programme d'observations et d'expériences rangées par ordre d'importance. Il a été lu à l’Académie, qui a vu que l’expérience capitale dont nous avons parlé, et sur le résultat de laquelle ces savants avaient porté un jugement si précis, ne figurait qu'au dernier rang.
La Commission, convaincue qu'en suivant cette voie elle ne trouverait, au bout de laborieuses recherches, que des faits vagues et mal déterminés, source nouvelle &e doutes et de discussions: résolue, pour répondre au vœu de l’Académie, de rester dans le domaine de ceux qui sont observables avec certitude et dont le plus important avait donné lieu au débat, fit parvenir à MM. Pouchet, Joly et Musset une Note indiquant la marche qu'elle prétendait suivre, et qui fut communiquée à l’Académie dans la séance d’après. On lisait dans cette Note :
« L'Académie, er nommant, dans sa séance du 4 janvier, une Commission pour répéter en sa présence les expériences dont les résultats sont invoqués comme favorables ou contraires à la doctrine des générations sponlances, à eu surtout pour but de connaitre la vérité entre les deux assertions précises el contradictoires qui ont été émises devant elle. C’est aussi celles que la Commission désire élucider en premier lieu. Décidée à procéder dans cette étude,
1. Dans la séance du 20 juin 1864 (LVIITI, p. 1161), « M. le Secrétaire perpétuel annonce que la Commission qui a été chargée par l'Académie de discuter les expériences qui ont été ou seront produites relativement à la question des générations dites spontanées à rédigé un programme qui a été remis à MM. Pouchet, Joly et Musset. Ces expérimentateurs, après en avoir pris connaissance, n'ont pas eru pouvoir l’admettre dans les termes où il est concu, et en ont rédigé un nouveau. La Commission l'examinera et jugera si elle peut se départir de quelqu'une des conditions qu'elle avait posées, sans s’exposer à laisser introduire des causes d'erreur qu’elle a tenu surtout à écarter, » (Note de l'Édition.)
EXPÉRIENCES PAR EXPÉRIENCES BIEN CARACTÉRISÉES, € faisant successivement connaitre à l'Académie les résultats qu'elle aura constatés, elle désire répéter d'abord celle qui, devenue propre aux deux parties qui l'ont exécutée l'une et l'autre avec des résultats différents, est réputée par chacune d'elles comme également probante.» Suivaient ensuite quelques observations indiquant que les expériences seraient faites au laboratoire de chimie du Muséum d’Histoire naturelle ; que chacune des parties opérerait avec trois séries de vingt ballons chacune, M. Pasteur avec la liqueur dont il a coutume de faire usage, MM. Pouchet, Joly et Musset avec l’infusion de foin liquide dont ils s'étaient servis dans leurs expériences faites à Toulouse et sur la Maladetta, pourvu qu'il fût établi que cette infusion conservait sa limpidité absolue et ne pouvait, par un phénomène d'oxydation chimique, donner lieu à la formation d'un précipité susceptible de rendre les observations microscopiques moins probantes.
Comme MM. Pouchet, Joly et Musset avaient répondu à cette Note en présentant à l'Académie jee propre programme, dans la voie duquel aucun Membre de la Commission n'aurait voulu s'engager, le regardant comme tout à fait incapable d’amener un résultat net et à l'abri de la discussion, elle fut agréablement surprise en voyant les trois savants partisans dé l’hétérogénie exacts au rendez-vous qui avait été donné au Muséum d'Histoire naturelle pour le mardi suivant, le 22 juin.
M. Pasteur présenta d’abord à la Commission et à ses antagonistes lrois ballons remplis d'air en 1860 sur le Montanvert et contenant de l’eau de levüre, liqueur fermentescible sur laquelle il opère ordinairement. De l’aveu de tous, la transparence était parfaite et rien d’organique ne s'était développé. Mais ces ballons contenaient-ils de l'oxygène? La pointe de l’un d’eux fut cassée sous le mercure, et l'analyse de l'air qu'il contenait, faite par l'introduction de la potasse d’abord et de l'acide pyrogallique ensuite, montra à la fois qu'il ne contenait pas d'acide carbonique, et qu'il renfermait, comme l'air normal, 21 pour 100 d'oxygène. Dès lors, le liquide fermentescible qu'il contenait était resté près de quatre ans au contact de l'air, sans absorber une quantité appréciable d'oxygène.
Il n'était rentré dans ce ballon que du mercure provenant du fond de la cuve, et la liqueur en est restée inaltérée. Un autre ballon, non ouvert, qui est sous les yeux de l'Académie, conserve sa limpidité parfaite. Un troisième ballon fut cassé à son goulot, de manière que son col maintenu vertical pren à l'air une ouverture moindre que 1 centimètre carré. Le samedi 25 il s’y manifestait déjà cinq flocons d’un mycelium lâche qui s’est considérablement développé plus tard.
Ainsi, pour terminer ce qui est relatif à cette expérience, en admettant que les ballons présentés par M. Pasteur ont été remplis d’air en 1860, ce qui n'est l’objet d’un doute pour personne, il est bien établi que l’eau de levüre peut rester près de quatre ans en contact avec l'oxygène de l’air, à une température d'environ 25° maintenue constante, sans qu'il s’y développe le moindre organisme, et sans que l'air avec lequel cette matière organique est en Fe éprouve la moindre altération. À ce ballon unique, que MM. Joly et Musset regardaient comme suffisant pour les convaincre, M. Pasteur en aurait pu ajoutér bien d’autres, car les 73 vases de ce genre
qu'il a rapportés du Montanvert et du Jura lui ont permis, tout en expérimentant lui-même sur un grand nombre d’entre eux, d’en réserver pour les observations ultérieures un nombre plus grand encore, qui, comme celui que nous avons l'honneur de présenter à l’Académie, sont aussi restés inaltérés.
M. Pasteur, en présence des Membres de la Commission et de MM. Pouchet, Joly et Musset, se mit ensuite en mesure de remplir les 60 ballons, sur lesquels devaient porter ses propres expériences, de la liqueur fermentescible qu'il avait préparée en faisant une décoction de 100 grammes de levüre par litre d’eau. Chacun de ces ballons, de 250 à 300 centimètres cubes, fut rempli, au tiers environ, de ce liquide limpide contenu dans un grand flacon, dont le maniement seul donnait lieu à une fréquente agitation. Le col de ces ballons fut étiré à la lampe en tube très étroit, et le liquide qu'ils contenaient maintenu à l’ébullition pendant un temps sensiblement égal, deux minutes environ, après quoi chacun d'eux fut immédiatement fermé à la lampe. Il en resta 56 ayant résisté sans se casser à ces différentes opérations. Quatre autres ballons furent remplis du même liquide, mais leur col fut effilé, contourné et laissé ouvert; ces ballons furent aussi soumis à l’ébullition pendant deux minutes et abandonnés à eux-mêmes.
Dans le cas où MM. Pouchet, Joly et Musset n'auraient pas été convaincus par l’examen fait sous leurs yeux des ballons provenant du Montanvert, la Commission pensait qu'ils s'étaient mis en mesure d’opérer parallèlement avec le liquide fermentescible dont ils avaient coutume de se servir. Cependant, le temps qu'elle voulait n’employer qu’à l'observation des faits, ce qu’elle regardait comme la seule mission qu’elle eût à remplir, s’'écoulait en discussions générales et vaines sur le programme suivi et sur la convenance, que la Commission ne pouvait admettre, d'adopter pour ces expériences l’ordre indiqué par MM. Pouchet, Joly et Musset. Cet ordre, il est nécessaire de le rappeler, écartant l’objet du débat dont l’Académie nous avait saisis, placait, au premier rang, des expériences telles que celles-ci : analyse microscopique de l'air de l’amphithéâtre où nous opérions, analyse microscopique d’un litre de bière, etc., études dont il suffit d’énoncer l'indication pour que les personnes accoutumées au maniement du microscope en comprennent l’insoluble difficulté. Aussi la Commission se refusa-t-elle de nouveau à les suivre sur un terrain qui ne pouvait fournir aucun résultat. Pressés de conclure, ces messieurs, après s'être retirés et concertés ensemble, déclarèrent à la Commission que puisqu'elle ne voulait faire qu'une expérience, ils se retiraient du débat. En vain votre Commission, à plusieurs reprises, s’en référant au texte de sa Note, essaya-t-elle de montrer qu'en déclarant qu'elle voulait procéder expériences par expériences bien caractérisées, elle n’avait pas annoncé l'intention de se borner à une seule, mais que ne pouvant les exécuter toutes à la fois, forcée d'adopter un ordre et de faire un choix, elle avait naturellement assigné le premier rang à celle que l’Académie avait en vue en nommant la Commission, qui constituait l’objet même du dissentiment, et qui d’ailleurs lui paraissait la plus importante. Le reproche adressé à la Commission, de ne vouloir faire qu'une expérience, ayant été, malgré nos affirmations contraires, reproduit à plusieurs reprises, et la réponse réitérée et de plus en plus accentuée de
la Commission étant restée sans effet, elle fut obligée d'admettre qu’on était décidé à ne pas la comprendre. Toute discussion cessa. MM. Pouchet, Joly et Musset, renoncant à exécuter les expériences pour lesquelles surtout ils avaient été invités à se rendre à Paris, se retirèrent, et celle qui était commencée dut être continuée par M. Pasteur en présence des Membres seuls de la Commission.
Le col des ballons préparés fut brisé par M. Pasteur avec toutes les précautions qu'il a recommandées comme indispensables, et qui plus d’une fois ont dû être négligées par d'autres expérimentateurs comme excessives et inutiles, telles que “chauffage à la flamme de la partie effilée des ballons, chauffage de pinces qui servent à leur rupture, éloignement aussi grand que possible du corps de l’opérateur, ete., ete.
On y fit ainsi entrer de l’air pris à l’intérieur du grand amphithéâtre du Muséum, sur les gradins élevés, et les tubes effilés furent ensuite fermés avec l’éolipyle. On constata que le vase portant le n° 19 ne fit pas entendre le sifflement annonçant que l'air \ rentrait avec une crande vitesse, ce qui indiquait qu'il avait été mal fermé en premier lieu. il a été laissé dans cet état, sans le fermer de nouveau. Nous désignerons ces premiers vases par le nom de ballons de la premiere série. Dix-neuf autres de ces ballons furent ouverts à l'extérieur, sur le point le plus élevé du dôme de l’amphithéätre, et fermés de nouveau comme les précédents. Ces ballons ont été désignés sous le nom collectif de ballons de la deuxieme serie.
Comme, pendant l'ouverture de ces ballons, le vent était fort et traversait Paris, la Commission, pour varier les conditions de la prise d’air, et convaincue d’ailleurs qu’on ne se fait pas une idée juste de la dissémination des séminules organisées dans l'air pris au milieu des villes et dans l’air récolté au voisinage des végétaux vivants ou de leurs débris, crut convenable d'opérer à la campagne. Dix-huit ballons constituant la troisième série furent ouverts et fermés à Bellevue, au milieu d’un gazon, sous un massif de grands peupliers de l'habitation de l’un de nous.
Ces trois séries de ballons furent alors placées dans une armoire du Muséum fermée par un simple grillage, de telle sorte que les résultats généraux de l'expérience pouvaient ainsi être appréciés par tous ceux qui y avaient accès.
On plaça dans les mêmes conditions les quatre ballons à col effilé, contourné et ouvert, ainsi que trois verres à expérience remplis de la Fotets limpide qu'avait employée M. Pasteur.
Dès le lendemain, le liquide de ces trois verres, déjà trouble, indiquait la présence de myriades de bactéries. L'observation au microscope en démontra l'existence à la Commission trois jours plus tard. L'aspect louche de la liqueur contrastait, le 23 juin, avec la transparence parfaite du liquide
contenu dans les ballons.
L'examen de ces ballons fut fait par la Commission à différentes époques ; les tableaux suivants résument d'une manière synoptique les changements
qu'elle a constatés :
SPONTANÉI
DITIH