Vibrio subtilis. 6. Vibrio bacillus
Ces six espèces, déjà en partie reconnues par les premiers micrographes des derniers siècles, ont été vues depuis par tous ceux qui se sont occupés des infusoires. Je réserve, en ce qui me concerne, la question de l'identité ou de la différence de ces espèces, de leurs variétés de formes subordonnées aux changements des conditions du milieu où elles vivent. Je les accepte provisoirement telles qu’elles ont été décrites. Quoi qu'il en soit, j'arrive à ce résultat, que ces six espèces de vibrions sont six espèces de ferments animaux, et que ce sont les ferments de la putréfaction. En outre, j'ai reconnu que tous ces vibrions peuvent vivre sans gaz oxygène libre, et qu’ils périssent au contact de ce gaz, si rien ne les préserve de son action directe.
Le fait que j'ai annoncé à l'Académie pour la première fois il y a deux années, et dont j'ai indiqué tout récemment un second exemple, à savoir, qu'il existait des animalcules-ferments du genre vibrion pouvant vivre sans gaz oxygène libre, n’était donc qu'un cas particulier se rattachant au mode de fermentation qui est peut-être le plus répandu dans la nature (?).
Les conditions dans lesquelles se manifeste la putréfaction peuvent varier beaucoup. Supposons, en premier lieu, qu'il s'agisse d’un liquide, c’est-à-dire d’une matière putrescible dont toutes les parties ont été exposées au contact de l'air. De deux choses l’une : ce liquide aéré sera renfermé dans un vase à l'abri de l'air, ou il sera placé dans
1. EnREx8ERG (Chr.-G.). Die [nfusionsthierchen als vollkommene Organismen. Leipzig, 1838, fol. (64 col. Taf.). Vibrio : p. 77-83 et fig. 1v-1x, Tab. V.
2. Pasreur. Animalcules infusoires vivant sans gaz oxygène libre et déterminant des fermentations. Comptes rendus de l'Académie des sciences, LIT, 1861, p. 344-347. — Nouvel exemple de fermentation déterminée par des animalcules infusoires pouvant vivre sans gaz oxygène libre, et en dehors de tout contact avec l'air de l'atmosphère. Zbid., LVTI, 1863, p. 416-421. Voir p. 186-138 et p. 159-164 du présent volume. (Notes de l'Édition.)
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un vase non bouché, à ouverture plus ou moins large. J’examinerai successivement ce qui se passe dans ces deux cas.
Il est de connaissance vulgaire que la putréfaction met un certain temps à se déclarer, temps variable suivant les circonstances de température, de neutralité, d’acidité ou d’alcalinité du liquide. Dans les circonstances les plus favorables, il faut au minimum environ vingtquatre heures pour que le phénomène commence à être accusé par des signes extérieurs. Pendant cette première période, un mouvement intestin s'effectue dans le liquide, mouvement dont l'effet est de soustraire entièrement l'oxygène de Pair qui est en dissolution, et de le remplacer par du gaz acide carbonique. La disparition totale du gaz oxygène, lorsque le milieu est neutre ou légèrement alcalin, est due en général au développement des plus petits des infusoires, notamment le monas crepusculum et le bacterium termo. Un très léger trouble se manifeste, parce que ces petits êtres voyagent dans toutes les directions. Lorsque ce premier effet de soustraction de l'oxygène en dissolution est accompli, ils périssent et tombent à la longue au fond du vase, comme ferait un précipité; et si, par hasard, le liquide ne renferme pas de germes féconds des ferments dont je vais parler, il reste indéfiniment dans cet état sans se putréfier, sans fermenter d'aucune façon. Ce cas est rare, mais j'en ai rencontré cependant plusieurs exemples. Le plus souvent, lorsque l’oxygène qui était en dissolution dans le liquide a disparu, les vibrions-ferments qui n'ont pas besoin de ce gaz pour vivre commencent à se montrer, et la putréfaction se déclare aussitôt. Elle s'accélère peu à peu, en suivant la marche progressive du développement des vibrions. Quant à la putridité, elle devient si intense que l'examen au microscope d’une seule goutte du liquide est chose très pénible, pour peu que cet examen dure quelques minutes. Mais je me hâte de faire remarquer que la fétidité de la liqueur et des gaz dépend surtout de la proportion de soufre qui entre dans la matière en putréfaction. L’odeur est peu sensible si la substance n’est pas sulfurée. Tel est, par exemple, le cas de la fermentation des matières albuminoïdes que l’eau peut enlever à la levüre de bière. Tel est aussi le cas de la fermentation butyrique; car, d’après les résultats mêmes que j'expose, rapprochés de mes études antérieures (!), la fermentation butyrique est, par la nature de son ferment, un phénomène exactement du même ordre que la putréfaction proprement dite. Voila pourquoi la manière dont on envisage la putréfaction est en quelque chose trop restreinte.