OBSERVATIONS (1) AU SUJET DU PROCÉS-VERBAL DE LA DERNIÈRE SÉANCE
J'ai deux observations à faire au sujet du procès-verbal de la dernière séance : la première, c’est que M. Trécul a refusé d’emporter les vases que j'avais préparés d’après ses indications, mais en éloignant les causes d’erreur que, suivant moi, il n’a pas évitées et qui lont conduit à un résultat erroné; la seconde, c’est que je tiens à dire à l’Académie que, pour faire amende honorable de la vivacité avec laquelle j'ai répondu à un de nos confrères, j'ai supprimé, dans ma Note de lundi dernier, les expressions qui ont paru blessantes. Par respect pour l’Académie, j'aurais dû ne pas me montrer froissé d’une lecture dans laquelle, huit pages durant de nos Comptes rendus, sans la moindre provocation de ma part, M. Trécul avait porté sur l’exposition de mes recherches des appréciations soupçonneuses (2). Je plaide là les circonstances atténuantes de ma mauvaise humeur, mais les torts d’autrui n’autorisent pas à pécher soi-même.
Par un respect encore plus grand pour la vérité, je maintiens de nouveau avec force que mes travaux de ces dix-sept dernières années ont établi définitivement que jamais on n’a vu les matières albuminoïdes, naturelles ou cuites, donner naissance, par voie de génération spontanée ou autrement, à des ferments organisés, ou à des 777coderma, où à des moisissures; que ces matières se comportent seulement comme des aliments de ces petits êtres, et que ces derniers ne se développent à leur aide qu'autant que leurs germes, nés de parents semblables à eux, ont été apportés du dehors.
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 22 décembre 1875, EXX VIT, p. 1441-1442.
2. Trécur. Réponse à M. Pasteur concernant l’origine de la levûre de bière. 1bëd., séance du 8 décembre 1873, LXX VII, p. 1313-1321. (Note de l'Édition.)
M. Trécul vient de dire qu'il n'avait pas voulu emporter /es flacons que j'avais préparés, parce que ces flacons ne remplissaient pas les conditions voulues.
M. Trécul a dit que ces flacons ne contenaient pas d’air. C’est une erreur. Si M. Trécul avait pris la peine de venir regarder les flacons déposés sur le bureau, il aurait vu qu’ils contenaient de l’air à l’origine, et que la meilleure preuve en est que les spores semées avaient germé, qu'un »ycelium même était visible, à l’œil nu, à travers les parois des flacons.
M. Trécul reproche également au ballon contenant du penicillium pur, fructifié, que j'avais apporté, de contenir des spores trop vieilles. C’est une erreur. Ce ballon avait été, comme les flacons dont je viens de parler, mis en expérience le mardi 9 décembre (#), le lendemain de la communication de M. Trécul, c’est-à-dire depuis six jours seulement. Enfin rien de plus facile que de faire traverser le ballon par un courant d’air pur et de placer la moisissure en contact avec autant d’air qu'on peut le désirer.
Les critiques de M. Trécul sont done sans fondement.
M. Trécul a rouvert la discussion par une lecture de huit pages, portant exclusivement sur le penicillium glaucum et le mycoderma vint.
J'ai accepté le débat sur ces deux productions. J'entends ly maintenir, en ce qui me concerne.
1. Comptes rendus de l'Académie des scrences, séante du 22 décembre 1873, LXXVII, p. 1444-1445.