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M. Donne intéressaient donc un point de doctrine de la plus haute importance ; aussi était-il nécessaire de faire de nouvelles recherches dans le but de les contrôler, et ce sont ces recherches, faites par M. Gayon dans mon laboratoire, qui donnent, ainsi que je l'ai dit plus haut, un grand intérêt scientifique à son Mémoire.
Les recherches de M. Gayon infirment les observations de M. Donné et confirment la corrélation que j'ai rappelée tout à l'heure. Il n’est pas exact de dire, comme M. Donné, que tous les œufs, lorsqu'ils sont brouillés, se putréfient : les uns s’altèrent, mais d’autres restent intacts, quoiqu'ils ne soient pas, sans doute, aussi frais qu’au moment où ils viennent d’être pondus. En outre, si l’on examine au microscope un œuf pourri, on y voit constamment des organismes, de préférence des bactéries, à la surface des membranes, tout près de Pair extérieur, et des vibrions loin de l'oxygène, au centre. L'ensemble des observations faites par l’auteur du Mémoire que j'ai honneur de présenter à la Société conduit à cette conclusion importante, que la putréfaction dans les œufs, en présence ou en l’absence de l'air, est toujours corrélative du développement et de la multiplication d’étres microscopiques de la famille des vibrioniens.
M. Gayon a recherché d’où peuvent venir ces organismes qui provoquent la putréfaction, et il a établi, de la manière la plus probable, que ces êtres ou leurs germes ont été recueillis par l'œuf pendant sa formation et son mouvement dans l’oviducte. M. Gayon a ouvert plusieurs poules pour rechercher si des organismes venus de l’extérieur pouvaient remonter le canal vecteur et jusqu'à quelle profondeur ils pouvaient pénétrer. Il a pu constater que, dans les poules qui pondent, les organismes qui vivent à la surface du cloaque peuvent remonter à des hauteurs variables dans loviducte, jusqu’à 10 et 15 centimètres du cloaque. Il en résulte que l'œuf, pendant la formation de ses divers éléments, peut recueillir ou non, suivant les circonstances, des organismes ou leurs germes, et porter en soi, par conséquent, après la ponte, la cause d’altérations ultérieures. On ne saurait comprendre autrement la présence, dans les œufs, de certains objets ou organismes que l’on y trouve accidentellement. Ainsi, d’après Burdach, on aurait trouvé des vers dans les intestins d’embryons, et des entozoaires auraient été vus par Eschholz dans des œufs de poule. M. Davaine a montré un ver trouvé dans un œuf par M. Chatin. M. Reiset a communiqué le fait d’une patte de hanneton qu'il a trouvée enveloppée de blanc dans un œuf cuit mou (!). M. Gayon a, d’ailleurs, fait une autre
1. loir, au sujet de ces faits, p. 91 de la Thèse de Gayon. (Note de l'Édition.)
expérience qui a le caractère et la force d’une démonstration, pour établir que les organismes qui se développent dans les œufs gâtés ont pour origine les germes recueillis sur l’oviducte, pendant la sécrétion du blanc ou des enveloppes. A laide d’une petite seringue, il à fait une série d’injections d’un liquide contenant environ cinq cents bactéries mobiles et immobiles par champ, dans l’oviducte d’une poule qu'il avait séparée du coq, afin que l'expérience ne fût point troublée par le rapprochement de ce dernier. L'influence de STIREURE a été manifeste, car il y a eu beaucoup plus d'œufs pourris après ces injections qu il n'y en avait eu avant.
Tels sont les fait$ principaux qui résultent du travail de M. Gayon et sur lesquels j'ai cru devoir appeler l'attention de la Société centrale d'agriculture (1).
1. Voir, à propos de ce Mémoire de M. Gayon, tome VI des Œuvres de Pasteur : Discussion sur la fermentation. (Bulletin de l'Académie de médecine, 2 sér., IV, 1875, p. 269-290.) — Voir aussi, à la fin du présent volume, Document VIII : Rapport fait par M. Pasteur sur l’ensemble des travaux de M. Gayon. (Note de l'Édition.)