AVEC LA COLLABORATION DE M. JOUBERT
L'Académie n'a pas oublié peut-être que, dans la séance du 10 juillet dernier, le D° Bastian, professeur d’Anatomie pathologique à l'University College de Londres, a annoncé avoir découvert les conditions physico-chimiques nécessaires et suffisantes pour la génération spontanée de certaines variétés d'organismes microscopiques du genre bactérie (2). L'expérience qui, d’après le savant anglais, réalise ces conditions, est fort simple : elle consiste à neutraliser exactement par une solution de potasse de l'urine privée de tout germe d'organismes, et à exposer le mélange à une température de 50°. Dans ces conditions, certaines variétés de bactéries apparaissent promptement.
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 8 janvier 1877, LXXXIV,
2, Basrrax. Loc. cit. (Note de l'Edition.
DA D ÉÉR
Le D°Bastian ne s'est pas mépris sur la portée de ses conclusions. Pour tous ceux qui sont attentifs au mouvement médical, il est sensible que le débat relatif à la génération spontanée s’est transporté dans le domaine de l’étiologie des maladies contagieuses.
J'ai répété immédiatement l'expérience du D' Bastian, et j'ai montré, entre autres choses, qu'il suffisait de déterminer la saturation de l'urine par de la potasse solide au lieu de potasse en dissolution aqueuse (ce qui ne modifie en quoi que ce soit les conditions physicochimiques dont il s’agit), pour que le mélange reste parfaitement stérile. J'ai conclu dès lors que l'interprétation donnée par le D' Bastian à son expérience était tout à fait inadmissible.
M. Bastian a répliqué (1). Il ne conteste pas du tout la légitimité de mon raisonnement, mais il affirme que j'ai dù mal reproduire son expérience, et dépasser le point exact de la neutralisation de l'urine. Telle est, suivant lui, la cause de la stérilité du liquide entre mes mains.
La question se trouve donc limitée à la connaissance de ce point : ai-je fait autre chose que de remplacer la potasse en solution par de la potasse fondue, et notamment ai-je dépassé le point de saturation de l'urine, et y a-t-il quelque inconvénient à le faire ?
J'ai examiné le débat réduit à ces ter mes, conjointement avec M. Joubert, avec toute l’attention dont nous sommes capables l’un et l’autre, et nous pouvons déclarer à l'Académie, sur la foi de nouvelles expériences, que la neutralisation exacte de l'urine par de la potasse solide qu'on vient de faire fondre laisse l'urine stérile. Nous ajoutons, quoique cela ne soit pas indispensable, qu'il n’y a aucun inconvénient, pour la fertilisation de celle-ci, dans l'expérience du D' Bastian, à dépasser le point de neutralisation, même sensiblement (2).
La conclusion de ma Réponse du 17 juillet dernier
est donc irréprochable ; par suite, il n’est point exact que le D' B
astian ait trouvé les conditions physico-chimiques de la génération Spontanée des bactéries.
Nous avons examiné expérimentalement, avec non moins d’atten-
tion, tous les autres points traités par le D'B
astian dans ses publicaions des 31 juillet et 21 août, postérieures
à sa Note originelle du
10 juillet. Nous sommes prêts à les discuter ; mais, comme ils pour-
1. Basriax. Nole sur la fermentation de l'urine, à propos d'une communication de M. Pasteur. Comptes rendus de l'Académie des sciences, Séance du 31 juillet 1876, LXXXIII, p. 362-363. — Sur la fermentation de l'urine, Ibid. séance du 21 août 1876, LXXXIII, p. 4$8- 490. (Note de l'Édition.)
2. Il n'est pas inutile de dire ici que, contrairement à ce que l’on admet généralement, se décompose à 100° et même à des températures bien inférieures. Le produit de la décomposition est le
l'urée en solution aqueuse ou dans l'urine
carbonate d'ammoniaque.
raient distraire l'attention du point vif du débat, nous y reviendrons plus tard s’il y a lieu. Une seule chose importe en ce moment, c’est de savoir si le D° Bastian est toujours convaincu que l’urine neutralisée exactement par la potasse donne des organismes microscopiques.
Ce que nous venons de dire de l'influence de la potasse solide peut se répéter pour la potasse en solution après qu'elle a été portée à 1109, Mais nous désirons répondre aujourd’hui au D' Bastian uniquement par les faits relatifs à la potasse solide qui suffisent, à eux seuls, pour condamner les conclusions qu'il a déduites de ses expériences.
Le lecteur fera sans doute la remarque que, dans la rédaction qui précède, nous avons évilé avec un soin scrupuleux de prononcer le mot de germe, et d'opposer une doctrine à une doctrine. Il s’agit d’un fait : oui ou non, l'urine qui a bouilli de façon à être stérile, et mieux encore l'urine fraiche, naturelle, sortant de la vessie, n'ayant subi aucune ébullition préalable, donne-t-elle à 50° des organismes après qu'on l’a neutralisée par la potasse ? M. le D Bastian dit oui, et c’est la sa prétendue grande découverte. Nous disons non, et nous le démontrons en prouvant que M. le D' Bastian eût obtenu un résultat absolument contraire à celui qu'il a annoncé, s’il se fût servi de la substance KO,HO, qui seule, dans l'espèce, quand elle est pure ou seulement associée à des matières minérales en petite quantité, a le
droit exclusif d’être appelée potasse.