‹ Œuvres de PasteurChapitre 91 sur 138 · AVEC LA COLLABORATION DE M. JOUBERT · texte numérisé non relu

AVEC LA COLLABORATION DE M. JOUBERT

Parmi les organismes microscopiques. il n'en existe probablement pas de plus répandus que les bactéries, à la surface du globe. Il suffit de se reporter aux expériences faites il y a plus de quinze ans déjà, par l’un de nous, au sujet de la génération dite spontanée, pour être convaincu que les poussières, en suspension dans les couches inférieures de l'atmosphère, ou répandues à la surface de tous les objets, contiennent toujours des germes de ces organismes.

1. Comptes rendus de l’'Acadÿmie des sciences, séance du 29 janvier 1877, LXXXIV, p. 206-209.

Les eaux des fleuves et des rivières en sont constamment souillées, puisque la plus petite mare d’eau croupie en renferme par myriades, et que sans cesse les poussières atmosphériques en déposent sur le sol où les eaux de pluies les prennent et les rassemblent, toujours féconds pour la plupart; car les germes de ces organismes opposent une telle résistance à la destruction, qu'ils peuvent affronter le froid et le chaud, l'humide et le sec, et même des températures de 100 et quelques degrés dans des milieux neutres ou alcalins. Certains d’entre eux ne sont pas encore détruits à 120°, à l’état sec. Des expériences précises, confirmées par de nombreux observateurs allemands et anglais, ont démontré l'exactitude de ces principes, exposés d’abord dans le Mémoire publié en 1862, sur la question des générations dites spontanées (1).

Aussi, qu'elles sont nombreuses et difficiles à éviter les illusions, les causes d'erreur qui attendent un observateur, même avisé, lorsqu'il aborde le problème de l’origine de la vie, avec l’idée de découvrir dans l'apparition des bactéries les preuves de la doctrine de l’hétérogénese ! ’armi tous les adeptes passés et présents de cette doctrine, quel est celui qui n’a pas succombé sous les coups de ces êtres invisibles, les plus petits de la création? Ce sont encore quelques-unes des espèces de ce groupe, qui viennent de faire descendre le D' Bastian des hauteurs où il s'était placé pour annoncer avec éclat à l’Académie qu'il avait enfin découvert les vraies conditions physico-chimiques de la généralion spontanée, par la simple addition d’une solution de potasse bouillie à de lPurine stérile jusqu’à neutralisation, puis portant le mélange à 50° C. Le D° Bastian, malheureusement, n’a pas pris garde aux germes de bactéries que la température de 100° C. est impuissante à détruire, parce que le liquide où il chauffe ces germes est alcalin. Voir Pasreur, Mémoire de 1862) [p. 253 à 2591.

La discussion pendante avec le D'° Bastian nous a déterminés à entreprendre un travail étendu au sujet des germes des organismes iiférieurs que les eaux peuvent contenir; nous venons en présenter à l'Académie les premiers résultats ®

1. Vour p. 210-294 du présent volume : Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère. (Note de l'Edition.) », Un très habile exp'rimentateur, le Dr Burdon-Sanderson [The origin and destruction

of microzvmes (bacteria) in water, aud the circumstances which determine their existence in {h> tissues and liquids of the living body. Quarterly Journal of Microscopical Science, 323-352 (fig. )l a déjà, en 1871, fait des expériences directes avec divers liquides,

n.ser., XI, 1871, p.32 et notamment avec la solution dite de Pasteur (Pasteur's solution :: (artrate d'ammoniaque,

sacre, cendres de levûre), expériences qui établissent la présence des germes de bactéries dans les eaux de Londres et dans certaines eaux distillées. I1 a cru mème prouver, contrairement aux faits pourtant si précis de mon M“moire de 1862, mais qui paraissent lui avoir cchappé, que les poussiéres en suspension dans l'atmosphère ne contenaient pas de germes de

her.

1° Les germes de bactéries sont si nombreux dans certaines eaux. l’eau de la Seine par exemple, qu'une goutte de cette eau, prise en amont et à plus forte raison en aval de Paris, est toujours féconde et donne lieu à des développements de plusieurs espèces de bactéries, parmi lesquelles il en est dont les germes résistent à plus de 100° à l’état humide, dans les milieux qui ne sont pas acides, et à 130° pendant plusieurs minutes, dans l'air sec. Ces derniers germes sont identiques à ceux déjà étudiés dans le Mémoire précité de 1862, provenant des poussières de atmosphère, et qui avaient résisté à 100°.

2 Les eaux distillées de nos laboratoires renferment toujours des germes quoique en moindre nombre que les eaux ordinaires.

3° Les eaux distillées dans des vases absolument privés de germes étrangers sont d’une pureté parfaite, sous le point de vue qui nous occupe, c'est-à-dire qu'elles sont exemptes de germes d'organismes inférieurs.

4° Les eaux prises aux sources mêmes qui sortent de l’intérieur de la terre, que ni les poussières de l'atmosphère ou de la surface du sol, ni les eaux circulant à découvert n’ont encore souillées, ne renferment pas trace de germes de bactéries.

5° Les germes dont il s’agit sont d’un si petit diamètre qu'ils traversent tous les filtres, et, quoique en assez grand nombre dans une eau pour qu'une seule goutte de celle-ci en contienne toujours, ils n'en troublent pas le plus souvent la transparence qui peut sembler parfaite, comme c'est Le cas de nos eaux distillées.

6° Nonobstant, nous ferons bientôt connaître la méthode simple qui nous permet de recueillir, d'observer, de nombrer même au besoin par le microscope et de suivre le développement de ces germes, qui paraissent se rattacher, du moins pour la plupart, à la seconde forme de génération, distincte de la scissiparité, que l’un de nous a signalée, le premier, comme étant propre à plusieurs sortes de bactéries ou de vibrions (1).

L'obligeance bien connue de M. Belgrand, et qui déjà ne nous a pas fait défaut, nous permet d'espérer que nous pourrons mener à bonne fin ce travail. Si les ressources ne nous manquent pas, nous lui donnerons de grandes proportions.

bactéries et que celles-ci, lorsqu'elles apparaissent spontanément dans les expériences relatives à la génération spontanée, proviennent exclusivement de l'eau ayant servi au nettoyage des vases quand on ne les flambe pas. En opposition à cette assertion, voir surtout les expériences du Chap. VIL $ A, p. 76 et suivantes, et celles du Chap. VIII, p. % et suivantes, de mon Mémoire des Annales de chimie et de physique de 1862 [p. 268-273 et p. 282-287 du présent volume.] — Le Dr Lister d'Édimbourg a réfuté également cette opinion en 1873 et confirmé les résultats que j'avais obtenus en 1862.

1. Pasteur, entrainé par d'autres recherches, ne publia pas la méthode d'examen des sermes de l’eau. (Note de l'Édition.)

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