Voir p. 466-467 du présent volume
h. Dans la séance du 19 février, une Commission fut nommée, composée de MM. Dumas, Milne Edwards et Boussingault (Comptes rendus de l'Académie des sciences, LXXXIN, 1877, p. 329).
Dans la séance du 35 mars 1877, fut lue une lettre du Dr Bastian à M. Dumas : « ...… Je suppose, dit le Dr Baslian, que la Commission jugera opportun de nous voir, M. Pasteur et moi, répéter nos expériences respeclives avant d'émettre son opinion. C'est pourquoi je m'empresse de vous prévenir que, si cela peut s'arranger, je serai très heureux d'aller passer trois jours à Paris pour faire mes expériences devant la Commission de l’Académie. » ({b24., p. 433).
Dans la séance du 16 juillet, M. Van Tieghem fut désigné pour remplacer M. Boussingault, « momentanément éloigné de l'Académie par un deuil. » (/bid., LXXXV, 1877, p. 130.)
Pasteur, dans la Note qui suit, rendil compte de l'expérience qu'il fit en présence de MM. Dumas, Boussingault et Milne Edwards. (Notes de l'Édition.)
NOTE AU SUJET DE L'EXPÉRIENCE DU D" BASTIAN, RELATIVE A L'URINE NEUTRALISÉE PAR LA POTASSE (!)
Cette expérience consiste, comme on le sait, à porter de lurine acide normale à Pébullition; puis une solution de potasse (en volume dosé pour la neutralisation du volume d'urine employé) est également portée à l’ébullition ; après refroidissement, les deux liquides sont mélangés, et le mélange placé dans une étuve à 50°. Le D° Bastian obtient alors, dans un intervalle de deux ou trois jours, certaines espèces de bactéries dans le liquide. Sa conclusion est qu'il a trouvé les conditions physico-chimiques de la génération spontanée de ces organismes inférieurs.
Cette expérience comporte trois causes d'erreur. Les germes peuvent venir de l'urine ; l’ébullition à 100° ne suffit pas pour priver de vie les germes de certaines bactéries, quand l'urine est neutre, légèrement alcaline ou faiblement acide.
Les germes peuvent venir de la solution de potasse, germes apportés par l’eau qui a servi à faire la dissolution et qui ne sont pas détruits à la température de 100.
La troisième cause d’erreur peut être fournie par les vases dont on se sert. Puisqu’il est démontré aujourd’hui, par les expériences que j'ai publiées en collaboration avec M. Joubert, le 29 janvier dernier (2), que les eaux qui sortent du sol à l’état de source et qui sont prises à la source même sont les seules qui ne contiennent pas de germes «le bactéries, il en résulte que tout vase de verre lavé avec l’eau d’un laboratoire quelconque est recouvert de germes que cette eau a abandonnés, pendant que le vase était mis à égoutter et à sécher après son lavage. J’ajoute que nous avons démontré, en outre, que, parmi ces germes, il en est qui peuvent supporter à l’état sec une température de 120 à 130° pendant plusieurs minutes et 100° au moins à l’état humide.
M. Bastian se sert toujours d’une urine normale, sensiblement acide, et il ne repousse pas l'emploi d’une dissolution de potasse
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 3 juillet 1877, LXXXV, p. 178-180 (1 fis.).
Par cette Note de Pasteur se termina la controverse avec le Dr Bastian.
2. Voir p. 467-469 du présent volume : Sur les germes des bactéries en suspension dans l'atmosphère et dans les eaux. (Notes de l’Édition.)
chauffée à 110 et 120° pendant plusieurs minutes; en conséquence, les deux premières causes d’erreur que je viens de mentionner sont complètement écartées. Reste la troisième, à laquelle M. Bastian n’a point songé, c'est du moins ce qu’il m'a dit itérativement.
M. le D* Bastian doit donc obtenir des bactéries, puisqu'il en apporte par les vases. Il pourrait ne pas voir apparaître ces organismes, soit dans le cas où il se servirait, à son insu, de vases qui n'auraient pas été lavés depuis qu'ils sont sortis de la verrerie où ils ont été fabriqués, soit quand, par les circonstances mêmes des manipulations de son expérience, il ferait périr, à son insu encore, tous les germes qui sont à la surface de ses vases. M. Le D' Bastian a bien voulu me confier, en effet, que son expérience, telle qu'il la fait, tantôt donne des bactéries, tantôt n’en donne pas, ce qui suffit, suivant moi, pour infirmer la conclusion qu'il a déduite de ses expériences. Toute cause d’erreur bénéficie, en effet, au résultat de son expérience. Dans ces sortes d’études, le résultat positif est celui qui ne donne pas d'organismes, et le résultat négatif est celui où l’on en rencontre.
Voici la suite des opérations par lesquelles j'ai passé successivement pour reproduire l'expérience du D' Bastian, en présence de MM. Dumas, Boussingault et Milne Edwards. En opérant comme je vais le dire, l'expérience
réussit cent fois sur cent, mille fois sur mille, c’est-à-dire que jamais elle ne donne des bactéries :
Recueillir lurine dans un vase qui a été flambé et qu’on a bouché avec un tampon de coton pendant son refroidissement.
40 à 50 centimètres cubes d'urine sont portés dans l’eau bouillante pendant dix minutes.
Prendre le titre acide de cette urine après son refroidissement. Introduire dans le tube à deux effilures, de la forme ci-jointe et flambé, un volume connu de solution de potasse correspondant à 15 centimètres cubes de l'urine dont l'acidité a été dosée.
Fermer le tube à deux effilures au-dessus du tampon de coton avec la lampe d’émailleur.
Porter ce tube dans le bain de chlorure de calcium à 110° pendant dix minutes. Laisser refroidir et laver le tube extérieurement pour enlever le chlorure de calcium adhérent.
Couper le haut de la branche du tube au-dessus du coton. Aspirer 17 à 18 centimètres cubes d'urine dans la branche ne contenant pas la
potasse.
Plonger dans l’eau bouillante à 100° pendant dix minutes. Laisser refroidir.
Faire passer 15 centimètres cubes de lurine dans la branche à potasse ; il reste ainsi 2 à 3 centimètres cubes d'urine non mélangée à la potasse et qui servent de témoin, afin de savoir si l'urine a bien été stérilisée par la température qu'on lui a fait subir; je le répète, ceci arrive toujours pour l'urine ayant une acidité convenable (1).
Porter le tube dans une étuve à 50°.
Résultat : jamais d'organismes formés. ,
1. C'est-à-dire avec une urine qui exige environ 1 à 2 centimètres cubes d’eau de chaux (saturée à la température ordinaire) pour 20 centimètres cubes d'urine, la neutralité étant obtenue avec certains papiers de tournesol. Si l'on se sert des papiers bleu tournesol et jaune cureuma anglais (tels que M. Bastian nous les a remis), on n’a la neutralité de l'urine qu'avec 5 à 7 centimètres cubes d'eau de chaux, alors qu'on l’obtient déjà pour d'autres papiers de tournesol en employant 1 à 2 centimêtres cubes de cette même eau de chaux. Pour certains papiers (papiers anglais), la neutralité correspond sensiblement à l'apparition (dans l'urine qu'on neutralise par l'eau de chaux) d’un très léger trouble floconneux. Ces diverses sortes de papier donnent les mêmes limites avec les sels minéraux à acides forts.
RÉPONSE VERBALE A M. TRÉCUL (1) ‘A PROPOS DE L'ORIGINE DES LEVURES ALCOOLIQUES] ()
J'ai le regret de dire que toutes les assertions que notre confrère vient d'émettre sont inexactes :
1° La Note de M. Gayon n’est pas relative à la levüre de mucor observée pour la première fois par Bail, non en 1860 comme vient de le dire M. Trécul, mais en 1856 [1857] (3. M. Gayon s'occupe d’un exemple tout nouveau d’une levüre analogue que lui ont fournie des mucor nouvellement décrits par M. Van Tieghem, notamment le mucor circinelloides.
2° M. Trécul pense qu'il a, le premier, fait observer que la levüre de Bail ne se transforme pas en levüre de bière, comme ce botaniste le pensait. Cette rectification, je l'avais faite dès le mois de mars 1861 devant la Société philomathique *. M. Trécul trouvera l'extrait textuel du Bulletin de cette Société, relatif à ma communication, dans mes Etudes sur la bière (Paris, 1876), p. 126 (5).
3° M. Trécul affirme de nouveau que le penicillium glaucum, ainsi qu'Hoffmann et d’autres ladmettaient, se transforme en une levüre de bière de petite dimension. J'ai combattu cette assertion dès 1861 et plus récemment devant l’Académie (6. M. Trécul pourra lire la réfutation expérimentale que j'en ai donnée, très détaillée, dans mes Études sur la bière, notamment aux Chap. IV et VI 7).
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 7 janvier 1878, LXXXVI, P. 56.
2. Pasteur avait lu une Note de M. Gayon « Sur l’inversion et sur la fermentation alcoolique du sucre de canne par les moisissures » (1bid., p. 52-54). M. Trécul, après la lecture de cette Note, avait présenté « Quelques remarques sur l'origine des levres alcooliques » ({bid., p. 94-56).