‹ Œuvres de Paul ArèneChapitre 44 sur 49 · BRIN-DE-BOULEAU · texte numérisé non relu

BRIN-DE-BOULEAU

Dans cette lettre ingénue, comme une guêpe dans une fleur, s'en cachait une seconde, sévère et d'aspect officiel :

« Ile Saint-Honoratf calanque des fenouils

« Les soussignés, Trébaste et Miravail, pirates à bord du Singe'Rouge, s'étant, sur l'ordre de l'amirale Brinde-Bouleau, constitués en cour martiale à l'effet de juger et condamner le sieur Fabien, peintre-pirate déserteur ;

c Considérant que ledit Fabien s'est fait débarquer au Bigorneau de l'Ilette sous prétexte que la

Méditerranée doit être plus bleue là-bas qu'ailleurs, mais en réalité pour lier commerce d*amitié avec des bourgeois anthropophages ;

«c Considérant au surplus que huit jours suf&saient à un peintre, même de talent médiocre, pour constater la quantité d'azur que peut tenir en suspension la susdite mer ;

ff Sommons ledit Fabien de se présenter dans les 24 heures au mouillage du Singe-Rouge, à défaut de quoi ils se verraient obligés de sévir, conformément aux lois et règlements librement consentis par lui et jurés entre les pattes dudit Singe.

« Ont signé :

« MIRAVAIL, TRÉBASTE. »

Et plus bas :

« l'amirale brin-de-bouleau. »

— Des pirates ! je m'en étais toujours douté. . .

Aussi indigéré de romans maritimes que pouvait Tétre Brin-de-Bouleau, Saint-Aygous prit comme elle très au sérieux la mauvaise plaisanterie imaginée par Miravail et Trébaste pour charmer leur exil à la calanque des fenouils.

Bien plus, espérant, grâce à son indiscrète découverte, perdre son rival à la fois dans l'esprit du père et dans le cœur de la fille, il communiqua à Lancelevée la pièce qui convainquait Fabien de piraterie, et s'arrangea pour laisser tomber adroitement la missive de Brin-de-BouIeau dans une

petite anse où mademoiselle Cyprienne avait coutume de venir tous les jours avant dîner, chercher, du bout de son ombrelle, des brins de corail dans le sable.

— Mille sabords !... s'écria Lancelevée, d'un ton plus belliqueux qu'indigné, à la lecture du firman des pirates.

Quant à mademoiselle Cyprienne, en trouvant la lettre de Brin-de-Bouleau, elle devint subitement aussi rouge que le fragment de corail trouvé tout à l'heure, et qu'elle laissa tomber d'entre ses doigts.

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