NEVERMORE
Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne Faisait voler la grive à travers l'air atone, Et le soleil dardait un rayon monotone Sur le bois jaunissant oii la bise détone.
Nous étions seul à seule et marchions en rêvant, Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent. Soudain, tournant vers ftioi son regard émouvant : « Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d'or vivant.
Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique. Un sourire discret lui donna la réplique. Et je baisai sa main blanche, dévotement.
— Ah ! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées !
Et qu'il bruit avec un murmure charmant
Le premier ou/ qui sort de lèvres bien-aimées !
POÈMES SATURSÎESS 17
APRÈS TROIS AMS
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, Je me suis promené dans le petit jardin Qu'éclairait doucement le soleil du matin, Pailletant chaque tleur d'une humide étincelle.
Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle De vigne folle avec les chaises de rotin... Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Les roses comme avant palpitent ; comme avant. Les grands lys orgueilleux se balancent au vent. Chaque alouette qui va et vient m'est connue.
Même j'ai retrouvé debout la Velléda, Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue, — Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.
Verlaine — Tome I
18 l'ERLAlSE
Ah ! les oarj'stis ! les premières maîtresses ! L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs. Et puis, parmi l'odeur des corps jeunes et chers, La spontanéité craintive des caresses !
Sont-elles assez loin, toutes ces allégresses Et toutes ces candeurs I Hélas ! toutes devers Le Printemps des regrets ont fui les noirs hivers De mes ennuis, de mes dégoûts, de mes détresses !
Si que me voilà seul à présent, morne et seul, Morne et désespéré, plus glacé qu'un a'ieul, Et tel qu'un orphelin pauvre, sans sœur aînée.
Ô la femme à l'amour câlin et réchauffant, Douce, pensive et brune, et jamais étonnée, Et qui parfois vous baise au front, comme un enfant !