UNE NUIT DANS LE GOLFE DE NAPLES
Et, du sein des rameurs se hâtant en silence, Le chant du matelot qui monte dans la nuit;
Sous les astres du ciel nombreux comme une armée , Le Vésuve qu'on voit, géant sombre et muet, Aux rayons dont la lune éclaire son sommet.
Comme un panache noir élever sa fumée;
Des rivages voilés les lointains vaporeux.
Où d'un feu de pécheur brille et jaunit la flamme ; Sur le désert des eaux ce jour vague et douteux. Tout d'un charme inconnu vient agiter mon âme.
Un réseau lumineux semble, immatériel.
Répandre sur les eaux sa gaze transparente ; Une étoile rayonne au-dessus de Sorrente Qui surpasse en éclat toutes ses sœurs du ciel.
Oh! les hommes jamais d'une telle nature Ont-ils pu méconnaître et troubler la douceur! Jamais une atmosphère et si calme et si pure Toucha-t-elle les sens sans attendrir le cœur!
N'estr-ce pas le Misène et son haut promontoire Qui font grandir uïïq ombre au milieu de la nuit? Et ce feu de pécheur sur cette rive noire.
N'est-ce pas à Baula qu'il s'allume et qu'il luit?
Dans mon esprit soudain se réveille l'histoire De ces temps trop fameux qu'ils virent autrefois. Du sein de leur silence, au fond de ma mémoire Tous ces lieux si muets semblent prendre une voix
m POKMES RT POÉSIES.
Je me suis rappelé ces jours, ces nuits de fête, Ces vaisseaux, pleins de chants, de joie et de festins. Ces mois voluptueux où, des fleurs sur la tète, Rome venait à Baie oublier ses destins.
C'était par une nuit semblable que, là mèxne^^, Agrippine voguait promenant son loisir, Quand s'ouvrit sous ses pieds la perfide trirème Qui lui cachait la mort sous l'attrait du plaisir.
C'était dans ce palais dont, sous Teau transparente, A mon passage, hier, là j'ai vu les débris.
Que le fils parricide, en sa pâle épouvante.
Entendait du tombeau sortir encor des cris.
Loin, loin ce souvenir. Sous l'azur de tes voiles Reprends, tranquille nuit, ces terribles tableaux ; Et rafraîchis mes yeux à ces pures étoiles.
Qui luisent dans le ciel et tremblent sur les eaux.
Mais la barque s'arrête; et Naples, loin encore. Cache à mes yeux ses bords par la nuit elfacés. En vain, de main en main, a circulé l'amphore Qui versait la vigueur aux matelots lassés.
Sur leurs bancs tout à coup ne rame plus personne; Tous s'affaissent, vaincus du nocturne travail. Lui-même le pilote au sommeil s'abandonne.
Et j'entends sous sa main flotter le gouvernail.
Me voilà laissé seul dans la barque immobile. Tout dort, rien ne se meut, si ce n'est dans les air$
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Cette lune qui marche, et, la face tranquille. Semble seule avec moi tenir les yeux ouverts.
Oh! que le monde est loin ! et combien solitaire La place où je me vois par la nuit enfermé!
Comme ici je me sons oublié de la terre !
Où sont tous ceux que j'aime et dont je suis aimé?
En Franco, que font-ils à cette heure? Peut-t^tre Vers cette môme lune où je porte les yeux.
D'autres rofiards aux miens se mêlent dans les cieux. Et quelque âme en secret se dit : Où peut-il ôtro ?
C'est rheuro où mon alcôvo a fermé ses rideaux. Celle que j'ai laissée en ma chère demour^.
Elle dort, sans songer que je veille h cette heure, Abandonné do tous au sein des vastes eaux.
Tandis que sur la mer la lune me re.s^arde.
Et me voit balancé jusqu'au nouveau soleil.
Une lampe de nuit qui la veille et la garde Éclaire doucement son paisible sommeil.
Elle dort, et peut-être, alors que si loin d'elle. Si loin de mon doux lit, je rappelle à mon tour. Dans ce même moment, en un songe fidèlo, Elle m'ouvre los bras et r,ive mon retour.