‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 4 sur 99 · LE PORT DE MER · texte numérisé non relu

LE PORT DE MER

Leur laine à des béliers, leur sucre à des roseaux, A l'Egypte ses blés, ses lins à Baltimore :

Non, mais vivre, mais voir, besoin qui me dévore ; Mais sentir de la mer la vaste liberté, Seul et de compagnie avec l'immensité ; Mais échapper au monde, à ses soins, à ses gênes. Prisonnier qui s'enfuit, brisant toutes ses chaînes ; Vivre, pour me lever défait de tout devoir, Pour jouir sans repos du matin et du soir, De la mouvante mer et du ciel immobile.

Orageux ou serein, turbulente ou tranquille ; Pour unir, amusé du spectacle des flots.

L'attrait du mouvement au charme du repos, Pour regarder, assis sous les voiles à l'ombre. Passer les bords nouveaux et les îles sans nombre, Et, de l'avide instinct d'un enfant sans raison, Chercher, poursuivre, atteindre au bout de l'horizon, Derrière cette ligne où l'œil toujours s'attache. Ce pays inconnu que sans fin il nous cache.

Ce pays plein d'azur, libre, immense, éternel, Que se figure l'âme et qui ressemble au ciel.

Intarissable soif d'absence et de voyages.

Que voulez-vous de moi ! vers les lointains rivages

Chaque vaisseau qui part m'entraîne, et le désir

D'un trouble singulier vient alors me saisir.

Quand la voile est au vent, quand la rade est passée.

J'envie au passager, d'une envie insensée,

Son départ, jusqu'aux pleurs de ce qui lui fut cher,

Le long regard d'adieu qui le suit sur la mer,

Les voix, les derniers mots, et la main agitée Dont flotte le mouchoir du haut de la jetée ; Souvenir que l'oubli suit déjà de si près!

Vains signes, qui du moins figurent les regrets!

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